Espace

Poubelles spatiales

Avec des millions de déchets en orbite autour de la Terre, l’espace est en train de devenir un dangereux dépotoir.

par Olivier Rey

Le 21 février 2007 – Les Chinois l’ont confirmé: ils ont bien effectué l’essai d’un missile anti-satellite le 11 janvier dernier, provoquant l’explosion d’un de leurs vieux appareils en orbite autour de la Terre. Résultat: ce n’est pas un, mais au moins 900 déchets supplémentaires qui tournicotent désormais dans l’espace.

«À cause de la force de la déflagration, les morceaux se sont dispersés à différentes orbites, y compris celle de la Station spatiale internationale, précise Heiner Klinkrad, responsable du bureau des débris spatiaux à l’Agence spatiale européenne. Cela a augmenté de 50 à 100% le risque que le bouclier de la station soit un jour percé par un débris.»

L’essai chinois a donc encore alourdi le fardeau de ces morceaux de ferraille, de plastique et autres sangles qui auraient davantage leur place dans une poubelle qu’en orbite.

À l’heure actuelle, on suit la trace d’environ 10 000 débris de plus de 10 cm. «On estime cependant qu’il y a 300 000 déchets de plus d’un centimètre et 35 millions qui font plus d’un millimètre!» précise Christophe Bonnal, représentant du Centre national d’études spatiales français au Comité international des débris spatiaux, qui rassemble les 11 agences spatiales mondiales pourvoyeuses de rebus.

Si les satellites actifs comptent pour 6% des objets en orbite, les satellites inactifs en représentent 20% et les étages de lanceurs, 25%. Le reste se compose de morceaux de plus en plus petits dont des outils, des capots mais aussi des résidus de fragmentations dues à diverses causes: explosions de vieux engins aux réservoirs incomplètement vidés, collisions de débris entre eux ou encore impacts d’astéroïdes.

Pour les deux experts, la solution devra passer par la législation. «Je pense que d’ici cinq ans, une résolution des Nations unies pourrait être prise pour appliquer les recommandations du comité international, espère Christophe Bonnal. Notamment pour ne rien laisser pendant plus de 25 ans dans deux zones critiques et déjà encombrées: de zéro à environ 2000 km d’altitude, et l’orbite géostationnaire à 35 000 km. Dans ces zones-là, les pays devront s’engager à faire disparaître les appareils qu’ils y envoient.»

Pour l’orbite géostationnaire, il suffirait, par exemple, de laisser suffisamment de carburant dans un satellite pour l’expédier 300 km plus haut à la fin de sa carrière. «À cette altitude-là, on est certain qu’il ne redescendra jamais gêner les appareils encore en fonction», précise Heiner Klinkrad.

De grands progrès ont déjà été accomplis. Aujourd’hui, un lancement ne produit en moyenne que 2,2 objets de plus dans l’espace, dont le satellite lui-même et un étage du lanceur. Il était temps! Car même si l’activité spatiale s’arrêtait totalement, les déchets continueraient de se multiplier, notamment en orbite basse. Simplement à cause d’un effet de réaction en chaîne. Une collision entraîne une augmentation du nombre de débris, ce qui accroît les risques de nouvelles collisions, et ainsi de suite.

Il faudrait donc trouver aussi des solutions pour se débarrasser des déchets existants. Malheureusement, toutes les pistes envisagées restent pour l’instant chères, difficiles à mettre en œuvre ou peu efficaces. Pour Christophe Bonnal, l’une des avenues les plus réalistes consiste à faire appel à des filins. «On imagine un mini-satellite, un chasseur, qui irait s’agripper à un déchet à l’aide d’un filin, explique-t-il. En coupant ensuite ce câble, la partie basse du couple (le débris) serait désorbitée vers le bas et tomberait peu à peu dans l’atmosphère où elle se consumerait. La partie haute, le chasseur, serait désorbitée vers le haut où elle pourrait aller s’arrimer à un autre débris. Et on recommence. On pourrait imaginer détruire ainsi jusqu’à 50 déchets avec un seul appareil.»

Quant à la Chine, qui siège au Comité international des débris spatiaux, elle risque fort de se faire tirer l’oreille à la réunion des Nations unies sur l’espace qui a lieu en ce moment. La question des débris est justement inscrite au programme.