Être humain et société

Cerveau chef d'orchestre

Une région cérébrale reconnaît les différents mouvements d’une symphonie, qu’on soit musicien ou profane.

par Julie Picard

Le 16 août 2007 – Pas besoin d’être musicien ou mélomane pour repérer les transitions entre les mouvements d’une symphonie. Des chercheurs de l’Université McGill viennent de découvrir la petite région du cerveau, dans le cortex frontal, qui permet même aux néophytes de faire pareille distinction.

Pour Daniel Levitin, professeur de psychologie et directeur du Laboratoire de perception, de cognition et d’expertise musicales de McGill, ce sujet d’étude est une façon comme une autre de comprendre comment le cerveau enregistre l’information. Pour distinguer le passage d’un mouvement à l’autre dans une symphonie, le cerveau doit repérer le début et la fin d’un épisode musical. Il en va de même pour tous les types de stimuli. Notre ordinateur cérébral doit d’abord segmenter le flot d’information dont il est bombardé afin de bien encrypter les données.

Cette segmentation n’est pas aléatoire; elle doit avoir un sens. «La mémoire n’est pas comme une bande vidéo qui roule continuellement et qui capte toutes les choses qui nous arrivent sans interruption. C’est plutôt comme un DVD, avec des titres de chapitres», explique le professeur, co-auteur de l’étude parue récemment dans la revue Neuron.

Avec des collègues de l’Université Stanford, en Californie, Daniel Levitin a mis le doigt sur l’aire cérébrale qui accomplit la segmentation. On savait déjà que «l’aire de Brodmann 47», une zone située dans le lobe frontal, tout juste derrière les yeux, est sensible à la structure du langage et à celle de la musique. On sait maintenant que c’est une subdivision de cette zone, pas plus grosse qu’une pièce de monnaie, qui sépare l’information auditive en morceaux.

Pour le découvrir, Daniel Levitin a fait écouter de la musique à des sujets alors qu’ils étaient couchés dans un scanneur: il s’agissait de symphonies de William Boyce, un compositeur britannique de l’époque baroque. «Nous cherchions un style musical qui leur serait familier, mais des pièces peu connues afin d’éviter d’introduire un biais dans l’étude», précise-t-il. Lorsqu’ils percevaient une transition entre deux mouvements, les participants devaient appuyer sur un bouton. Non seulement ils reconnaissaient ces changements sans être musiciens, mais la même zone du cerveau s’allumait chaque fois, dans la fameuse aire de Brodmann 47.

Plus étonnant encore, la zone en question s’activait au maximum dans les moments de silence. «C’est comme si le cerveau profitait de ces pauses dans la musique pour encoder les transitions et les signaler à la mémoire», dit Daniel Levitin.

Selon le professeur, ces résultats pourraient permettre d’élucider une autre énigme: dans un lieu bondé où le bruit nous empêche de nous concentrer, comment fait-on pour tenir une conversation?

 
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