Être humain et société
Et Dieu créa un musée
Aux États-Unis, on achève la construction du plus grand musée créationniste au monde.
par Lisa-Marie Gervais
Le 7 décembre 2006 – Le paradis terrestre existe et il serait situé quelque part dans l’État du Kentucky, à 20 km au sud de Cincinnati. C’est du moins ce qu’affirme Mark Looy en parlant du Musée de la Création, un espace entièrement consacré à l’histoire de la Bible et dont il est le cofondateur. Lorsque l’établissement ouvrira ses portes, à l’été 2007, il s’agira du plus grand musée au monde qui soit voué à démontrer que Darwin était un imposteur.
Mark Looy est le directeur des communications de l’organisation créationniste Answers in Genesis, qui est à l'origine de ce projet de 25 millions $US. D’une superficie de 55 000 pieds carrés, l'établissement offrira aux visiteurs un voyage dans le temps, parmi les reconstitutions de l’arche de Noé et du jardin d’Éden, les dinosaures grandeur nature et les personnages bibliques. On y trouvera aussi une version géante d’une cellule humaine à l’intérieur de laquelle on pourra circuler, et des répliques de la structure en double hélice de l’ADN, censées démontrer que les organismes vivants sont si complexes que seule une force intelligente a pu gouverner leur évolution.
Cette version «Disney» de la Bible, imaginée par un ancien designer des studios Universal, vient raviver le sempiternel débat sur les origines de la vie. D’un côté, les créationnistes, farouchement opposés à la théorie de l’évolution, prétendent que Dieu a créé le monde en sept jours. De l’autre, la communauté scientifique s’en tient à la théorie de Darwin, selon laquelle toutes les espèces descendent d'un ancêtre commun et se sont développées par sélection naturelle et mutations aléatoires sur des milliards d'années. Par ailleurs, une version plus sophistiquée du créationnisme gagne des adeptes depuis une dizaine d’années: les tenants de la théorie du «dessein intelligent» se servent de la science et postulent que certaines observations de l'univers et du monde du vivant sont mieux expliquées par un «agent intelligent» (qui pourrait être Dieu) que par la sélection naturelle.
Mark Looy ne cache pas ses intentions: le Musée de la Création est une voix qui viendra s’ajouter au discours des créationnistes. «On veut prendre notre place dans le débat. On veut montrer aux gens que la Bible, c’est vrai, que l’arche de Noé, c’est vrai, tout comme le message de la Genèse», explique-t-il.
Mais ce projet n’a aucune crédibilité scientifique, affirme Yves Gingras, professeur à l’UQAM et spécialiste de l’histoire et de la sociologie des sciences. «Les concepteurs du musée sont des fondamentalistes, des croyants militants convaincus que toutes les réponses sont dans la Bible, dit-il. Le musée va-t-il convaincre quiconque à part ceux qui sont déjà convertis? J’en doute…»
par Lisa-Marie Gervais
Le 7 décembre 2006 – Le paradis terrestre existe et il serait situé quelque part dans l’État du Kentucky, à 20 km au sud de Cincinnati. C’est du moins ce qu’affirme Mark Looy en parlant du Musée de la Création, un espace entièrement consacré à l’histoire de la Bible et dont il est le cofondateur. Lorsque l’établissement ouvrira ses portes, à l’été 2007, il s’agira du plus grand musée au monde qui soit voué à démontrer que Darwin était un imposteur.
Mark Looy est le directeur des communications de l’organisation créationniste Answers in Genesis, qui est à l'origine de ce projet de 25 millions $US. D’une superficie de 55 000 pieds carrés, l'établissement offrira aux visiteurs un voyage dans le temps, parmi les reconstitutions de l’arche de Noé et du jardin d’Éden, les dinosaures grandeur nature et les personnages bibliques. On y trouvera aussi une version géante d’une cellule humaine à l’intérieur de laquelle on pourra circuler, et des répliques de la structure en double hélice de l’ADN, censées démontrer que les organismes vivants sont si complexes que seule une force intelligente a pu gouverner leur évolution.
Cette version «Disney» de la Bible, imaginée par un ancien designer des studios Universal, vient raviver le sempiternel débat sur les origines de la vie. D’un côté, les créationnistes, farouchement opposés à la théorie de l’évolution, prétendent que Dieu a créé le monde en sept jours. De l’autre, la communauté scientifique s’en tient à la théorie de Darwin, selon laquelle toutes les espèces descendent d'un ancêtre commun et se sont développées par sélection naturelle et mutations aléatoires sur des milliards d'années. Par ailleurs, une version plus sophistiquée du créationnisme gagne des adeptes depuis une dizaine d’années: les tenants de la théorie du «dessein intelligent» se servent de la science et postulent que certaines observations de l'univers et du monde du vivant sont mieux expliquées par un «agent intelligent» (qui pourrait être Dieu) que par la sélection naturelle.
Mark Looy ne cache pas ses intentions: le Musée de la Création est une voix qui viendra s’ajouter au discours des créationnistes. «On veut prendre notre place dans le débat. On veut montrer aux gens que la Bible, c’est vrai, que l’arche de Noé, c’est vrai, tout comme le message de la Genèse», explique-t-il.
Mais ce projet n’a aucune crédibilité scientifique, affirme Yves Gingras, professeur à l’UQAM et spécialiste de l’histoire et de la sociologie des sciences. «Les concepteurs du musée sont des fondamentalistes, des croyants militants convaincus que toutes les réponses sont dans la Bible, dit-il. Le musée va-t-il convaincre quiconque à part ceux qui sont déjà convertis? J’en doute…»