Être humain et société
Il suffit d'un regard
Étonnant! Les bébés savent distinguer deux langues différentes seulement en regardant le visage.
par Julie Picard
Le 26 juillet 2007 - Les poupons ont des secrets bien gardés! Ils seraient en effet capables de distinguer deux langues différentes uniquement en regardant des visages sur un écran de télévision sans bande audio. C’est ce qu’a réussi à montrer une équipe de chercheurs internationale menée par Athena Vouloumanos, chercheuse au département de psychologie de l’Université McGill.
«Le but de l’étude était d’essayer de comprendre comment les humains apprennent le langage», explique Athena Vouloumanos. Comme l’aspect auditif du langage avait déjà été étudié sur les enfants précédemment par Janet Werker de l’Université de Colombie-Britannique, l’équipe s’est ici attardée à l’aspect visuel de la parole. Les résultats ont été publiés dans la revue Science du 25 mai dernier.
Les chercheurs ont donc soumis 60 bébés, certains provenant d’un milieu unilingue anglais et d’autres d’un milieu bilingue anglais-français, à une expérience. Le protocole est simple: les enfants étaient placés devant un écran de télévision où le son était coupé et on mesurait leur temps d’attention. À cause du phénomène d’habituation, les enfants se lassent assez rapidement d’une présentation visuelle répétitive. Ainsi, quand le temps d’attention descendait sous un certain seuil, la langue utilisée par la personne apparaissant à l’écran changeait. On passait alors du français à l’anglais ou vice-versa. Résultat : les bébés de quatre et six mois démontraient un regain d’attention lors du changement de langue. À huit mois par contre, seulement les bébés bilingues conservaient l’aptitude.
La chercheuse a quelques hypothèses pour expliquer cette capacité de distinguer les langues. «L’enfant remarque peut-être certains mouvements de la bouche, des lèvres ou des joues caractéristiques des deux langues.» Le rythme particulier à chaque langue pourrait aussi être un indice.
Mais pourquoi cette aptitude n’est-elle pas conservée? Autour de huit mois, les mécanismes psychologiques se spécialisent. Ainsi, l’enfant unilingue anglais n’aurait plus «besoin» de savoir distinguer le français de l’anglais. Son cerveau se concentre donc uniquement sur une langue, celle qu’il a absolument besoin de comprendre.
Une nouvelle technique d’imagerie optique utilisant la lumière infrarouge aidera peut-être l’équipe de chercheurs à y voir plus clair. Cette technique non invasive permettra de sonder le cerveau des poupons pour vérifier si les zones du cerveau activées lors de la reconnaissance des langues sont différentes selon l’âge.
Mais un enfant baignant dans un univers espagnol, par exemple, pourrait-il tout aussi bien différencier le français de l’anglais? Apparemment oui. «La langue qui constitue l’environnement de l’enfant n’aurait pas d’effet», croit la chercheuse qui étudiera plus en profondeur cet aspect prochainement. Et un enfant sourd? Il pourrait lui aussi distinguer les langues. «Cette aptitude est certainement innée», pense Athena Vouloumanos, qui n’a cependant pas eu la chance de le vérifier avec des bébés sourds en chair et en os.
par Julie Picard
Le 26 juillet 2007 - Les poupons ont des secrets bien gardés! Ils seraient en effet capables de distinguer deux langues différentes uniquement en regardant des visages sur un écran de télévision sans bande audio. C’est ce qu’a réussi à montrer une équipe de chercheurs internationale menée par Athena Vouloumanos, chercheuse au département de psychologie de l’Université McGill.
«Le but de l’étude était d’essayer de comprendre comment les humains apprennent le langage», explique Athena Vouloumanos. Comme l’aspect auditif du langage avait déjà été étudié sur les enfants précédemment par Janet Werker de l’Université de Colombie-Britannique, l’équipe s’est ici attardée à l’aspect visuel de la parole. Les résultats ont été publiés dans la revue Science du 25 mai dernier.
Les chercheurs ont donc soumis 60 bébés, certains provenant d’un milieu unilingue anglais et d’autres d’un milieu bilingue anglais-français, à une expérience. Le protocole est simple: les enfants étaient placés devant un écran de télévision où le son était coupé et on mesurait leur temps d’attention. À cause du phénomène d’habituation, les enfants se lassent assez rapidement d’une présentation visuelle répétitive. Ainsi, quand le temps d’attention descendait sous un certain seuil, la langue utilisée par la personne apparaissant à l’écran changeait. On passait alors du français à l’anglais ou vice-versa. Résultat : les bébés de quatre et six mois démontraient un regain d’attention lors du changement de langue. À huit mois par contre, seulement les bébés bilingues conservaient l’aptitude.
La chercheuse a quelques hypothèses pour expliquer cette capacité de distinguer les langues. «L’enfant remarque peut-être certains mouvements de la bouche, des lèvres ou des joues caractéristiques des deux langues.» Le rythme particulier à chaque langue pourrait aussi être un indice.
Mais pourquoi cette aptitude n’est-elle pas conservée? Autour de huit mois, les mécanismes psychologiques se spécialisent. Ainsi, l’enfant unilingue anglais n’aurait plus «besoin» de savoir distinguer le français de l’anglais. Son cerveau se concentre donc uniquement sur une langue, celle qu’il a absolument besoin de comprendre.
Une nouvelle technique d’imagerie optique utilisant la lumière infrarouge aidera peut-être l’équipe de chercheurs à y voir plus clair. Cette technique non invasive permettra de sonder le cerveau des poupons pour vérifier si les zones du cerveau activées lors de la reconnaissance des langues sont différentes selon l’âge.
Mais un enfant baignant dans un univers espagnol, par exemple, pourrait-il tout aussi bien différencier le français de l’anglais? Apparemment oui. «La langue qui constitue l’environnement de l’enfant n’aurait pas d’effet», croit la chercheuse qui étudiera plus en profondeur cet aspect prochainement. Et un enfant sourd? Il pourrait lui aussi distinguer les langues. «Cette aptitude est certainement innée», pense Athena Vouloumanos, qui n’a cependant pas eu la chance de le vérifier avec des bébés sourds en chair et en os.