Être humain et société

Les céréales détrônées

L’être humain ne serait pas devenu cultivateur en domestiquant les céréales. Tout un revirement pour les archéologues.

par Marie-Claude Bourdon

Le 21 novembre 2006 – L’invention de l’agriculture, il y a environ 10 000 ans, a joué un rôle déterminant dans l’histoire de l’humanité. Mais comment nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se sont-ils transformés en cultivateurs? Pour répondre à cette question, on avait élaboré, en bons mangeurs de pain que nous sommes, des théories fondées principalement sur la domestication des céréales. Ce sont ces théories que vient d’ébranler Manon Savard avec une étude parue récemment dans la revue World Archeology.

«On présumait que l’exploitation des céréales avait été un élément déterminant de la sédentarisation, une condition essentielle au développement de l’agriculture», explique la spécialiste de l’archéobotanique, une sous-discipline de l’archéologie qui s’intéresse aux restes végétaux. On a donc cherché des signes de leur domestication sur les lieux où vivaient autrefois des chasseurs-cueilleurs sédentaires.

Mais la chercheuse a découvert tout autre chose lorsqu’elle a examiné des restes recueillis dans quatre de ces sites, en Irak et en Turquie, dans le nord du croissant fertile. «Parmi les plantes qui y ont été domestiquées, les légumineuses sont beaucoup plus abondantes que les céréales», affirme cette diplômée de Cambridge qui enseigne à l’Université du Québec à Rimouski.

C’est dire à quel point les légumineuses étaient importantes pour la subsistance des chasseurs-cueilleurs sédentaires, qui étaient encore loin d’avoir un régime à base de céréales. «Les chasseurs-cueilleurs sont très opportunistes et mangent tout ce qui est comestible dans leur entourage», rappelle Manon Savard. Ceux qui vivaient sur les lieux de ses recherches, par exemple, se nourrissaient de légumineuses et de graminées, mais aussi de viande, d’amandes et de joncs, des plantes abondantes au fond des vallées dont on mangeait les bulbes et les graines, en plus d’en utiliser les fibres pour la construction.

Par ailleurs, l’idée que l’agriculture constitue un mode de vie supérieur à celui des chasseurs-cueilleurs est aujourd’hui considérée comme dépassée. «Cela dépend des endroits, mais les chasseurs-cueilleurs travaillent en général beaucoup moins que les agriculteurs pour obtenir leur nourriture, note l’archéologue. On voit aussi de nouvelles pathologies apparaître chez les agriculteurs, notamment les caries.» Pour les chasseurs-cueilleurs sédentaires, l’agriculture, ce n’était pas nécessairement un progrès.

Alors comment expliquer le choix de l’agriculture, et plus particulièrement celui des céréales? «Certains pensent que c’est la découverte du pain qui aurait rendu les céréales aussi populaires.»
 
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