Être humain et société
Mal de crâne
Des archéologues ont déterré la plus ancienne craniotomie du Nouveau Monde, œuvre du... chirurgien-barbier de Champlain.
Le 18 décembre 2006 – Le scorbut s’attaque-t-il au cerveau? Le chirurgien-barbier de Samuel de Champlain se serait non seulement posé la question, il aurait scié le crâne d’un macchabée dans l’espoir d’y débusquer le mal mystérieux. Voici l’histoire de la première craniotomie authentifiée en terre d’Amérique.
Lorsqu’en 1604, Samuel de Champlain jette l’ancre à l’île Sainte-Croix, aujourd’hui située dans le Maine, pour y établir le premier établissement français en Amérique du Nord, il est loin de se douter qu’au cours de l’hiver, 35 de ses 79 compagnons périront d’une maladie bien connue des marins: le scorbut.
Pris de court par l’ampleur de l’épidémie, le chirurgien-barbier de l’expédition aurait scié la boîte crânienne d’une victime pour exposer son cerveau. Des archéologues canadiens et américains ont fait cette découverte en analysant les ossements d’un jeune homme décédé au cours du funeste hiver.
«On savait que des autopsies avaient été réalisées dès l’époque des voyages de Jacques Cartier. Ses écrits mentionnent qu’on a ouvert des corps et qu’on a découvert que les poumons étaient noirs, que les chairs suaient, que les muscles des jambes commençaient à se décomposer. Mais on était loin de se douter qu’en 1604, lors du voyage de Champlain, on était allé jusqu’à découper la boîte crânienne d’un patient», explique l’archéologue Robert Larocque, professeur d’histoire à l’Université Laval, qui a participé aux fouilles sur l’île Sainte-Croix.
Par contre, ce qui a le plus surpris ce spécialiste de l’étude des squelettes, c’est l’adresse du chirurgien-barbier qui a effectué l’opération. «Cette découverte nous a fait prendre conscience qu’à cette époque-là, on pratiquait déjà des craniotomies avec une grande précision. On trouve des découpes beaucoup moins franches dans des sites datant du XIXe siècle!»
Les fouilles, réalisées à la demande du Service national des parcs des États-Unis, ont également révélé ce qui pourrait bien être les premières chirurgies buccales du Nouveau Monde. On a observé de larges traces de coupes sur les mâchoires de certaines victimes du scorbut, à qui on avait probablement tenté de retirer les morceaux de chair enflée qui les empêchaient de se nourrir. Robert Larocque demeure tout de même circonspect devant cette interprétation. «Ça reste plausible dans la mesure où le scorbut cause une importante enflure des gencives. En tentant de découper les chairs qui pendaient, il est possible qu’on ait attaqué l’os par mégarde.»
Nul doute cependant, le chirurgien-barbier de Champlain se trompait de cible en cherchant le scorbut dans le crâne des trépassés. On sait aujourd’hui que la maladie est causée par une carence en vitamine C, à laquelle contribuaient les longs mois de la traversée et les hivernages sur le nouveau continent. Les colons de l’île Sainte-Croix n’ont malheureusement pas eu la chance des compagnons de Cartier à qui, 70 ans plus tôt, les Iroquoiens de Stadaconé avaient révélé le remède contre ce terrible mal.
Le 18 décembre 2006 – Le scorbut s’attaque-t-il au cerveau? Le chirurgien-barbier de Samuel de Champlain se serait non seulement posé la question, il aurait scié le crâne d’un macchabée dans l’espoir d’y débusquer le mal mystérieux. Voici l’histoire de la première craniotomie authentifiée en terre d’Amérique.
Lorsqu’en 1604, Samuel de Champlain jette l’ancre à l’île Sainte-Croix, aujourd’hui située dans le Maine, pour y établir le premier établissement français en Amérique du Nord, il est loin de se douter qu’au cours de l’hiver, 35 de ses 79 compagnons périront d’une maladie bien connue des marins: le scorbut.
Pris de court par l’ampleur de l’épidémie, le chirurgien-barbier de l’expédition aurait scié la boîte crânienne d’une victime pour exposer son cerveau. Des archéologues canadiens et américains ont fait cette découverte en analysant les ossements d’un jeune homme décédé au cours du funeste hiver.
«On savait que des autopsies avaient été réalisées dès l’époque des voyages de Jacques Cartier. Ses écrits mentionnent qu’on a ouvert des corps et qu’on a découvert que les poumons étaient noirs, que les chairs suaient, que les muscles des jambes commençaient à se décomposer. Mais on était loin de se douter qu’en 1604, lors du voyage de Champlain, on était allé jusqu’à découper la boîte crânienne d’un patient», explique l’archéologue Robert Larocque, professeur d’histoire à l’Université Laval, qui a participé aux fouilles sur l’île Sainte-Croix.
Par contre, ce qui a le plus surpris ce spécialiste de l’étude des squelettes, c’est l’adresse du chirurgien-barbier qui a effectué l’opération. «Cette découverte nous a fait prendre conscience qu’à cette époque-là, on pratiquait déjà des craniotomies avec une grande précision. On trouve des découpes beaucoup moins franches dans des sites datant du XIXe siècle!»
Les fouilles, réalisées à la demande du Service national des parcs des États-Unis, ont également révélé ce qui pourrait bien être les premières chirurgies buccales du Nouveau Monde. On a observé de larges traces de coupes sur les mâchoires de certaines victimes du scorbut, à qui on avait probablement tenté de retirer les morceaux de chair enflée qui les empêchaient de se nourrir. Robert Larocque demeure tout de même circonspect devant cette interprétation. «Ça reste plausible dans la mesure où le scorbut cause une importante enflure des gencives. En tentant de découper les chairs qui pendaient, il est possible qu’on ait attaqué l’os par mégarde.»
Nul doute cependant, le chirurgien-barbier de Champlain se trompait de cible en cherchant le scorbut dans le crâne des trépassés. On sait aujourd’hui que la maladie est causée par une carence en vitamine C, à laquelle contribuaient les longs mois de la traversée et les hivernages sur le nouveau continent. Les colons de l’île Sainte-Croix n’ont malheureusement pas eu la chance des compagnons de Cartier à qui, 70 ans plus tôt, les Iroquoiens de Stadaconé avaient révélé le remède contre ce terrible mal.