Être humain et société

Neandertal mis à nu

La course au séquençage du génome de Neandertal est commencée. Au fil d’arrivée: la clé des mystères qui entourent ce lointain cousin.

par Olivier Rey

Le 28 novembre 2006 – L’homme de Neandertal pourrait enfin révéler quelques-uns de ses secrets. Grâce à une nouvelle méthode d’analyse de l’ADN, une équipe de l’Institut d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig, en Allemagne, est en train de décoder le génome de cet homme préhistorique disparu il y a une trentaine de milliers d’années, éclipsé par l’humain moderne.

Un million de gènes – sur un total de 3,2 milliards – ont été analysés jusqu’à maintenant, selon les résultats parus récemment dans la revue Nature. À partir du même échantillon d’ADN, une équipe californienne, qui publiait ses conclusions au même moment dans Science, a réussi à identifier quelque 60 000 gènes.

À ce rythme, une carte grossière du génome tout entier pourrait être terminée d’ici deux ans. Mais déjà, des découvertes intéressantes en ressortent. «Le groupe fondateur des hommes de Neandertal comptait sans doute moins d’une dizaine de milliers d’individus, explique Svante Pääbo, directeur du département de génétique de l’institut allemand et co-auteur de l’étude parue dans Nature. Un point commun avec l’homme moderne.» Un de plus, devrait-il dire, car le génome du disparu est identique au nôtre à 99,5%!

L’équipe allemande tentera aussi de répondre à une question qui turlupine les anthropologues depuis longtemps: Neandertal et l’homme de Cro-Magnon ont-ils couché ensemble? Une plaisanterie qui cache une interrogation réelle: ces deux espèces du genre Homo se sont-elles métissées, ou l’homme de Neandertal s’est-il éteint sans descendance? «Des indices suggèrent qu’il y a sûrement eu des croisements entre les deux populations, spécule Svante Pääbo, bien que cela ne soit pas encore prouvé. Il semble que ces croisements se soient produits dans un seul sens. En effet, des rejetons de Neandertal et d’Homo sapiens auraient été intégrés dans la population des Neandertal mais non l’inverse.» Apparemment, l’homme moderne supportait moins les mélanges.

Du profil génétique complet de Neandertal, les chercheurs espèrent également tirer des précisions sur le physique de ce cousin dont on sait déjà qu’il possédait une puissante musculature, un front fuyant et qu’il était probablement bien adapté au dernier âge glaciaire. Peut-être découvrira-t-on aussi s’il parlait! Les scientifiques vont notamment s’attarder au gène FOXP2, qu’on associe au langage chez l’homme moderne. Si Neandertal possédait une version de ce gène qui ressemble à celle qu’on trouve chez les grands singes plutôt qu’à la nôtre, on pourra en conclure qu’il ne maîtrisait probablement pas le langage syntaxique.

Cela fait plus de dix ans que Svante Pääbo tente de décortiquer les gènes de Neandertal. Après avoir fouillé les musées de l’Europe et testé des dizaines de spécimens, il a mis la main sur un tout petit os néandertalien, vieux de 38 000 ans, qui croupissait dans un recoin d’un musée de Zagreb avec d’autres fragments jugés sans intérêt. Miracle, cet os avait été suffisamment épargné des manipulations pour que l’ADN encore présent ne soit pas trop contaminé par celui des hommes d’aujourd’hui.

Une aubaine pour Svante Pääbo. «Après tout, Neandertal est le plus proche parent que l’homme ait jamais eu! En revanche, nos recherches n’éclairciront pas le grand mystère qui plane sur cet ancien cousin», déclare le scientifique en faisant référence à sa disparition. En effet, alors même qu’Homo sapiens conquérait l’Europe, Neandertal en disparaissait peu à peu. Pourquoi? Tout reste encore à deviner, mais ce ne sont pas les gènes qui donneront le fin mot de l’histoire.
 
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