Être humain et société

Petit frère ou lointain cousin?

On l’avait annoncé comme une nouvelle espèce humaine. Trop beau pour être vrai, l’homme de Flores?

par Charles-Philippe Giroux

Le 29 juin 2006 — La découverte de fossiles de nains, sur l’île indonésienne de Flores, en 2003, promettait de faire faire un pas de géant à la science. Une équipe de paléontologues australiens et indonésiens affirmaient que les ossements, vieux de 18 000 ans, appartenaient à une espèce humaine distincte: l’homme de Flores, ou Homo floresiensis. Trop beau pour être vrai?

Descendants lointains d’Homo erectus, ceux qu’on surnomme «hobbits» mesuraient 1 m et avaient un cerveau de la grosseur d’un pamplemousse – trois fois plus petit que le nôtre! Leur petite stature aurait été le résultat de plusieurs milliers d'années de vie insulaire. Les espèces isolées sur une île ont en effet tendance à voir leur taille diminuer à cause de la rareté de la nourriture et de l'absence de prédateurs.

Aussi petit soit-il, l'homme de Flores suscite l’une des plus grandes controverses jamais vues dans le monde de la paléontologie. Un groupe de sceptiques, dirigés par Robert Martin, doyen du Field Museum de Chicago, a récemment exprimé ses doutes dans la revue Science. Selon eux, les hobbits auraient plutôt appartenu à une tribu d’Homo sapiens atteints de microcéphalie, une maladie qui limite la croissance du cerveau.

Certes, leur petite taille aurait pu être le résultat de la vie insulaire, mais si c’était le cas, le cerveau n'aurait pas rapetissé autant, affirment-ils. Et puisque ce mal est d’origine génétique, il ne serait pas surprenant qu'un groupe isolé sur une île y ait été exposé de génération en génération. «Quoiqu’il est généralement très difficile pour ces individus de se reproduire», nuance Alison Brooks, anthropologue à l'Université George Washington, dans la capitale américaine.

Quelques semaines après ce pavé dans la mare, un article dans Nature est venu accréditer la thèse voulant qu’Homo floresiensis forme une espèce distincte. Selon une équipe australienne, les outils retrouvés avec les fossiles de l'homme de Flores sont issus de la même technologie que ceux trouvés à Java, une autre île indonésienne, et qui sont vieux de 800 000 ans. Or, Homo sapiens, lui, n’a jamais fabriqué ce type d’instrument! Cela appuierait l’idée que les hobbits sont plutôt des descendants directs d’Homo erectus qui ont évolué, sur leur île, en une nouvelle espèce humaine. Et cela même si la petite taille de leur cerveau avait d'abord laissé croire qu'ils n'étaient pas assez intelligents pour confectionner des outils.

Le débat risque de se poursuivre encore un certain temps. La découverte d’une nouvelle espèce humaine n’est pas si dure à avaler, estime Alison Brooks, mais trouver d'autres artéfacts pour le confirmer ne sera pas si simple. «Explorer des sites archéologiques dans les forêts tropicales du sud-est asiatique est vraiment problématique. Rien n'est facilement visible et la matière organique ne s'y conserve pas très bien. D’un point de vue politique autant que logistique, c'est un endroit où il est difficile de travailler.»
 
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