Médecine et santé

Clonage: L’imposture de Hwang Woo-suk

L’équipe sud-coréenne qui prétendait avoir réussi le premier clonage humain a fabriqué ses résultats de toutes pièces.

par Marie-Eve Cousineau

Le 18 janvier 2006 – Douche froide pour la communauté scientifique: Hwang Woo-suk n’a jamais produit d’embryons humains par clonage. Un rapport de l’Université nationale de Séoul, publié plus tôt ce mois-ci, confirme que le chercheur sud-coréen a fabriqué de toutes pièces ses résultats, publiés dans la revue Science.

En février 2004, Hwang Woo-suk avait prétendu avoir extrait une lignée de cellules souches d’un embryon humain cloné, une première mondiale. L’année suivante, il récidivait en annonçant avoir obtenu 11 lignées.

«C’est d’autant plus choquant que la découverte aurait eu des conséquences importantes pour l’être humain, souligne Jacques Drouin, directeur du laboratoire de génétique moléculaire de l’Institut de recherches cliniques de Montréal. Les cellules souches pourraient un jour permettre de générer des tissus de remplacement pour des organes malades, et de mettre au point des traitements contre des maladies dégénératives comme celles de Parkinson et d’Alzheimer.»

Les cellules souches sont des cellules indifférenciées, capables de se diviser indéfiniment. Elles ont le potentiel de devenir les cellules de n’importe quel organe, y compris les neurones. Si on arrivait à cloner un embryon à partir des gènes d’un patient malade, on pourrait ensuite lui «greffer» des cellules souches sans risque de rejet, puisqu’elles seraient composées de son propre code génétique.

Les 11 lignées de cellules souches présentées en 2005 provenaient en fait d’embryons conçus par fécondation in vitro, et non par clonage. Hwang Woo-suk, qui a démissionné de son poste en décembre, a aussi admis avoir utilisé des ovules fournis par des collaboratrices, ce qui est contraire à l’éthique.

Mais, selon le rapport, il a bel et bien cloné le premier chien au monde, un lévrier afghan du nom de Snuppy.

Les revues scientifiques ne sont pas à l’abri des fraudes, estime Jacques Drouin, même si les articles sont en général révisés par trois jurés externes.

«Les concepts présentés sont parfois tellement nouveaux qu’on n’a pas les bases pour évaluer leur bien-fondé, dit le généticien, qui agit parfois à titre d’arbitre. Lorsqu’on ne relève pas de contradictions flagrantes avec les connaissances dans le domaine, on tient pour acquis que les auteurs ont fait leur travail avec rigueur et bonne foi.»
 
Et dans 99,9 % des cas, les chercheurs sont honnêtes, selon lui. Les autres sont tôt ou tard épinglés, grâce au «test des pairs».

«Dès qu’une découverte est rendue publique, d’autres scientifiques tentent de la reproduire afin de pousser la recherche un peu plus loin.»
 
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