Médecine et santé

Comme un poison dans l'eau

Pratiquer la natation a un prix: l’irritation des voies respiratoires et des yeux.

par Charles-Philippe Giroux

Le 28 juin 2006 – Les bons nageurs retiennent facilement leur souffle sous l'eau, mais cela ne les met pas à l’abri des problèmes de respiration en dehors de la piscine. C’est ce qu’ont constaté des chercheurs de l'Institut national de santé publique du Québec auprès de quelque 800 jeunes athlètes inscrits à des programmes de sports-études. Ceux qui pratiquent la natation manifestaient au moins trois fois plus de symptômes respiratoires que les joueurs de soccer intérieur, selon leurs résultats publiés en avril dernier dans International Archives of Occupational and Environmental Health. Les irritations aux yeux, quant à elles, étaient 12 fois plus fréquentes chez les nageurs que chez les adeptes du ballon rond; les otites externes, quatre fois plus courantes.

«Les gens considèrent qu’il est naturel de tousser et d'avoir les yeux qui brûlent lorsqu’ils se baignent. Mais ça n’a rien de normal!», affirme le chercheur principal, le Dr Benoît Lévesque. Le grand coupable: le chlore. S’il reste le produit le plus efficace pour désinfecter l’eau des piscines, les choses se gâtent lorsqu'il entre en contact avec la sueur ou l'urine des nageurs. «Ces composés organiques vont alors générer des contaminants irritants, des sous-produits du chlore appelés chloramines», explique le spécialiste. C'est à elles qu’on doit l'odeur si distinctive des piscines intérieures. Plus la concentration de chloramines dans l'air et dans l'eau était élevée, plus les nageurs rapportaient d’irritation aux yeux et aux voies respiratoires.

Cela n’avait pourtant rien à voir avec la propreté des piscines. La qualité de leur eau était conforme aux standards de l'Organisation mondiale de la santé. Mais s'il est relativement simple de vérifier le niveau de chloramines dans l'eau, évaluer leur présence dans l'air requiert des analyses en laboratoire autrement plus complexes.

De meilleures normes de ventilation et des systèmes de purification plus efficaces pourraient aider à assainir l’air que respirent les nageurs, souligne Benoît Lévesque. «L'idée n'est pas de vider les piscines, dit-il, mais d'améliorer la qualité des environnements.»
 
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