Médecine et santé

Des antidépresseurs inspirés du pot?

Une nouvelle gamme d’antidépresseurs pourrait voir le jour: elle stimulerait le «cannabis» naturel produit par le cerveau.

par Marie-Eve Cousineau

Le 13 janvier 2006 – Le cerveau produit son propre cannabis! Lors d’un stress ou d’un exercice physique, il libère des «endocannabinoïdes»: des lipides qui interagissent avec les mêmes récepteurs qui sont stimulés par l’inhalation de marijuana. Une équipe internationale menée par le Dr. Gabriella Gobbi, professeure au département de psychiatrie de l’Université McGill, a démontré qu’en favorisant la production du «cannabis» naturel du cerveau, on peut combattre la dépression.

Cette découverte, présentée en décembre 2005 dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences, pourrait mener au développement d’une nouvelle gamme d’antidépresseurs, moins néfastes pour la santé que le pot.

Les chercheurs ont découvert un médicament – une molécule appelée «URB597», synthétisée par un chimiste italien – qui bloque la dégradation des endocannabinoïdes, ce qui augmente leur circulation dans le cerveau.

Cette hausse entraîne à son tour une augmentation du taux de sérotonine et de noradrénaline, deux neurotransmetteurs qui font défaut lors d’une dépression. «L’URB597 a un effet antidépresseur sur les animaux de laboratoire», dit Gabriella Gobbi.

Comme tous les antidépresseurs disponibles sur le marché, la molécule a notamment passé le «test de la nage forcée». Des rongeurs sont plongés dans une piscine deux jours d’affilée: quinze minutes la première journée, cinq minutes le lendemain. Le second stress paralyse généralement les animaux. «Ceux qui avaient reçu une injection d’URB597 avant la deuxième baignade ont nagé davantage que les autres.»

On sait que la marijuana peut agir contre la dépression et la douleur. Mais l’URB597 est une piste d’autant plus intéressante qu’elle n’entraîne pas de dépendance à long terme, contrairement au cannabis fumé, souligne Gabriella Gobbi.

C’est sans compter que seulement le tiers des patients répondent parfaitement aux antidépresseurs actuellement sur le marché, dit-elle. Plus de 30% des gens n’en retirent aucun bienfait! L’URB597 pourrait donc aider ceux pour qui les autres médicaments ne sont pas efficaces.

 
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