Médecine et santé
Des neurones dans la peau
Des neurones produits en laboratoire pourraient servir dans le traitement de l’Alzheimer. Ils sont faits à partir de peau!
par Fanny Rollin
Le 16 avril 2007 – Le neurobiologiste François Berthod et son équipe de l’Université Laval ont réussi à produire in vitro des neurones à partir de cellules souches de peau adulte. Leurs résultats ont été publiés dans le Journal of Cellular Physiology.
Tout a commencé en 2001, à l’Université McGill, alors que Freda Miller démontre la présence de cellules souches multipotentes dans la peau. Peu spécialisées (ou différenciées), elles ont la capacité de se transformer en différents types de cellules: musculaires, graisseuses (adipocytes) ou nerveuses.
Ces résultats attirent l’attention de François Berthod, chercheur au Laboratoire d'organogénèse expérimentale (LOEX), spécialiste du tissu cutané, qui s’attache alors à produire des neurones fonctionnels à partir de cellules souches de la peau. «Ce qui est original dans cette découverte, c’est que nous pouvons produire des neurones humains in vitro à partir d’un tissu qui n’en contient pas», s’enthousiasme M. Berthod qui travaille sur ce projet depuis 5 ans. Car la peau ne contient pas de neurones entiers, seulement des prolongements de cellules nerveuses de la moelle épinière.
Les neurobiologistes en salivent d’avance. Jusqu’à présent, leurs travaux se basaient sur des modèles animaux, une méthode contraignante et assez éloignée de la réalité humaine. Comme les neurones ne peuvent pas se multiplier in vitro, chaque expérience implique le sacrifice d’un animal de laboratoire. D’où l’idée d’utiliser des cellules souches de peau, faciles d’accès et peu dommageables pour le patient.
Mais la route vers l’application clinique risque d’être encore longue. «Actuellement, notre technique n’est pas assez efficace pour que nous puissions envisager de l’appliquer à des patients. Il faudrait leur prélever beaucoup trop de peau», regrette le chercheur qui utilise de la peau obtenue après des interventions de chirurgie esthétique. Pour un prélèvement d’un cm² de tissu cutané, on obtient moins de 10 000 neurones, un nombre encore insuffisant selon le chercheur. «On ignore le nombre exact de cellules souches contenues dans la peau et, pour une raison encore inconnue, ces cellules ne sont pas toutes capables de former des neurones», explique-t-il.
François Berthod n’en est pas moins très enthousiaste. D’ici 5 à 10 ans, il espère pouvoir reproduire in vitro des modèles des maladies dégénératives en faisant pousser des neurones à partir du prélèvement de peau d’un malade. «Par comparaison avec des neurones de patient sain, on pourrait étudier et comprendre les mécanismes et les causes de la maladie», souligne M. Berthod. Car l’origine de ces maladies demeure souvent inconnue, ce qui empêche l’administration d’un traitement efficace.
Pour contrer la maladie de Parkinson, le chercheur envisage de greffer dans le cerveau d’un malade des neurones cultivés à partir de sa propre peau, ce qui élimine tout risque de rejet et tout problème éthique. Car l’implantation de cellules souches prélevées sur des embryons semble efficace pour soigner le Parkinson, mais les questions éthiques qu’elle soulève empêchent toute application à l’échelle clinique. Avec la technique de François Berthod, ces questions ne se posent même pas!
par Fanny Rollin
Le 16 avril 2007 – Le neurobiologiste François Berthod et son équipe de l’Université Laval ont réussi à produire in vitro des neurones à partir de cellules souches de peau adulte. Leurs résultats ont été publiés dans le Journal of Cellular Physiology.
Tout a commencé en 2001, à l’Université McGill, alors que Freda Miller démontre la présence de cellules souches multipotentes dans la peau. Peu spécialisées (ou différenciées), elles ont la capacité de se transformer en différents types de cellules: musculaires, graisseuses (adipocytes) ou nerveuses.
Ces résultats attirent l’attention de François Berthod, chercheur au Laboratoire d'organogénèse expérimentale (LOEX), spécialiste du tissu cutané, qui s’attache alors à produire des neurones fonctionnels à partir de cellules souches de la peau. «Ce qui est original dans cette découverte, c’est que nous pouvons produire des neurones humains in vitro à partir d’un tissu qui n’en contient pas», s’enthousiasme M. Berthod qui travaille sur ce projet depuis 5 ans. Car la peau ne contient pas de neurones entiers, seulement des prolongements de cellules nerveuses de la moelle épinière.
Les neurobiologistes en salivent d’avance. Jusqu’à présent, leurs travaux se basaient sur des modèles animaux, une méthode contraignante et assez éloignée de la réalité humaine. Comme les neurones ne peuvent pas se multiplier in vitro, chaque expérience implique le sacrifice d’un animal de laboratoire. D’où l’idée d’utiliser des cellules souches de peau, faciles d’accès et peu dommageables pour le patient.
Mais la route vers l’application clinique risque d’être encore longue. «Actuellement, notre technique n’est pas assez efficace pour que nous puissions envisager de l’appliquer à des patients. Il faudrait leur prélever beaucoup trop de peau», regrette le chercheur qui utilise de la peau obtenue après des interventions de chirurgie esthétique. Pour un prélèvement d’un cm² de tissu cutané, on obtient moins de 10 000 neurones, un nombre encore insuffisant selon le chercheur. «On ignore le nombre exact de cellules souches contenues dans la peau et, pour une raison encore inconnue, ces cellules ne sont pas toutes capables de former des neurones», explique-t-il.
François Berthod n’en est pas moins très enthousiaste. D’ici 5 à 10 ans, il espère pouvoir reproduire in vitro des modèles des maladies dégénératives en faisant pousser des neurones à partir du prélèvement de peau d’un malade. «Par comparaison avec des neurones de patient sain, on pourrait étudier et comprendre les mécanismes et les causes de la maladie», souligne M. Berthod. Car l’origine de ces maladies demeure souvent inconnue, ce qui empêche l’administration d’un traitement efficace.
Pour contrer la maladie de Parkinson, le chercheur envisage de greffer dans le cerveau d’un malade des neurones cultivés à partir de sa propre peau, ce qui élimine tout risque de rejet et tout problème éthique. Car l’implantation de cellules souches prélevées sur des embryons semble efficace pour soigner le Parkinson, mais les questions éthiques qu’elle soulève empêchent toute application à l’échelle clinique. Avec la technique de François Berthod, ces questions ne se posent même pas!