Médecine et santé
Donner sans risque
On sait maintenant pourquoi certains patients ne tolèrent pas les transplantations de moelle osseuse. C’est la faute aux donneurs.
par Sophie Doucet
Le 12 mars 2007 – L’une des pires choses qui puissent arriver à un patient leucémique à qui l’on fait une greffe de moelle osseuse, c’est un rejet. Ça arrive à 60% des greffés. Et plusieurs en meurent. Mais des chercheurs de l’Université de Montréal ont fait une découverte majeure qui pourrait faire chuter ces statistiques: ils sont parvenus à identifier les donneurs dangereux. Mieux, ils ont tracé leur profil génétique.
«Jusqu’à aujourd’hui, on n’avait aucune façon de savoir si tel ou tel patient allait souffrir d’un rejet ou pas. On ne savait même pas que le problème se trouvait du côté des donneurs», dit le Dr Claude Perreault, chercheur à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie, à l’Université de Montréal, et directeur des travaux publiés récemment dans la revue Public Library of Science Medicine.
Le chercheur a découvert que le danger se situe précisément dans les lymphocytes T, des cellules immunitaires présentes dans le greffon (le tissu transplanté) et qui sont censées détruire les cellules cancéreuses du malade. Or, certains donneurs ont dans leur moelle osseuse des lymphocytes T un peu trop zélés qui, après avoir détruit les cellules malsaines, s’attaquent aux cellules saines.
La réaction du greffon contre l’hôte, ou RGCH, c’est exactement cela. «En transplantation d’organe, c’est le receveur qui rejette l’organe greffé. Mais en greffe de moelle, c’est le contraire: le greffon rejette le receveur», explique le Dr Perreault.
L’équipe a aussi identifié 17 gènes qui déterminent si le donneur est susceptible de provoquer une RCGH. «Pour repérer ces donneurs dangereux, le test est très facile, on peut le faire en une heure dans n’importe quel hôpital», dit le chercheur.
Cette percée scientifique est riche de promesses pour le traitement des leucémies et des lymphomes (une autre forme de cancer). Au Canada, plus de 10 000 patients cancéreux ont été guéris grâce à une transplantation de moelle osseuse depuis 1981. Et le nombre de transplantations progresse chaque année de 12 à 15%. Néanmoins, on n’offre pas ce traitement à tous les malades, car les plus vieux et les plus faibles ne pourraient pas surmonter d’éventuelles complications.
La découverte du Dr Perreault pourrait donc faire augmenter en flèche le nombre de transplantations de ce genre. En plus de les faciliter. «Souvent, on se retrouve avec plusieurs donneurs compatibles, dit le chercheur. On pourra choisir parmi eux un donneur plus sûr et minimiser les risques de complications.» De plus, dans les cas où seuls des donneurs dangereux sont disponibles, on pourra d’avance administrer au malade un traitement immunosuppresseur plus puissant pour prévenir le rejet.
Les patients ne peuvent pas encore profiter de ces greffes de moelle osseuse revues et corrigées. Si les résultats ont été concluants sur un groupe de 50 patients d’origine québécoise francophone, il reste encore à les valider auprès d’une cohorte plus large et plus hétéroclite. Une deuxième étude, portant sur 400 personnes, dans plusieurs centres hospitaliers, débutera bientôt et devrait se terminer dans deux ans. Après quoi on pourrait voir se généraliser dans le monde la sélection des donneurs de moelle osseuse.
par Sophie Doucet
Le 12 mars 2007 – L’une des pires choses qui puissent arriver à un patient leucémique à qui l’on fait une greffe de moelle osseuse, c’est un rejet. Ça arrive à 60% des greffés. Et plusieurs en meurent. Mais des chercheurs de l’Université de Montréal ont fait une découverte majeure qui pourrait faire chuter ces statistiques: ils sont parvenus à identifier les donneurs dangereux. Mieux, ils ont tracé leur profil génétique.
«Jusqu’à aujourd’hui, on n’avait aucune façon de savoir si tel ou tel patient allait souffrir d’un rejet ou pas. On ne savait même pas que le problème se trouvait du côté des donneurs», dit le Dr Claude Perreault, chercheur à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie, à l’Université de Montréal, et directeur des travaux publiés récemment dans la revue Public Library of Science Medicine.
Le chercheur a découvert que le danger se situe précisément dans les lymphocytes T, des cellules immunitaires présentes dans le greffon (le tissu transplanté) et qui sont censées détruire les cellules cancéreuses du malade. Or, certains donneurs ont dans leur moelle osseuse des lymphocytes T un peu trop zélés qui, après avoir détruit les cellules malsaines, s’attaquent aux cellules saines.
La réaction du greffon contre l’hôte, ou RGCH, c’est exactement cela. «En transplantation d’organe, c’est le receveur qui rejette l’organe greffé. Mais en greffe de moelle, c’est le contraire: le greffon rejette le receveur», explique le Dr Perreault.
L’équipe a aussi identifié 17 gènes qui déterminent si le donneur est susceptible de provoquer une RCGH. «Pour repérer ces donneurs dangereux, le test est très facile, on peut le faire en une heure dans n’importe quel hôpital», dit le chercheur.
Cette percée scientifique est riche de promesses pour le traitement des leucémies et des lymphomes (une autre forme de cancer). Au Canada, plus de 10 000 patients cancéreux ont été guéris grâce à une transplantation de moelle osseuse depuis 1981. Et le nombre de transplantations progresse chaque année de 12 à 15%. Néanmoins, on n’offre pas ce traitement à tous les malades, car les plus vieux et les plus faibles ne pourraient pas surmonter d’éventuelles complications.
La découverte du Dr Perreault pourrait donc faire augmenter en flèche le nombre de transplantations de ce genre. En plus de les faciliter. «Souvent, on se retrouve avec plusieurs donneurs compatibles, dit le chercheur. On pourra choisir parmi eux un donneur plus sûr et minimiser les risques de complications.» De plus, dans les cas où seuls des donneurs dangereux sont disponibles, on pourra d’avance administrer au malade un traitement immunosuppresseur plus puissant pour prévenir le rejet.
Les patients ne peuvent pas encore profiter de ces greffes de moelle osseuse revues et corrigées. Si les résultats ont été concluants sur un groupe de 50 patients d’origine québécoise francophone, il reste encore à les valider auprès d’une cohorte plus large et plus hétéroclite. Une deuxième étude, portant sur 400 personnes, dans plusieurs centres hospitaliers, débutera bientôt et devrait se terminer dans deux ans. Après quoi on pourrait voir se généraliser dans le monde la sélection des donneurs de moelle osseuse.