Médecine et santé
L'avoir dans le sang
Avec une simple prise de sang, on pourra bientôt dépister des maladies neurodégénératives comme celles de Creutzfeldt-Jacob ou d’Alzheimer.
par Charles-Philippe Giroux
Le 3 mai 2006 — Il est à peu près impossible de savoir qu’un patient souffre de la forme humaine de la maladie de la vache folle… à moins qu’il y succombe. Cette affection neurodégénérative, la «variante de la maladie de Creutzfeldt-Jacob» (vMCJ), n’est en effet décelable qu’à la mort de ses victimes, à l’aide d’une biopsie du cerveau.
Mais une nouvelle technologie, mise au point par le neurologue Neil Cashman, de l'Université de la Colombie-Britannique, pourrait permettre aux médecins de la dépister grâce à une simple prise de sang!
La technique, appelée «épreuve de protection des épitopes», permet de repérer les prions, ces protéines anormales qui sont responsables de la maladie, dans un échantillon de sang. Ce n’est pas si simple: dans un millilitre de plasma sanguin d’un patient atteint de la vMCJ, on ne trouve qu’un seul amoncellement de prions dans une mer de plusieurs millions de protéines saines. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin…
« À l’aide d’un agent chimique, nous arrivons à masquer les protéines normales», explique Neil Cashman. On soumet ensuite l'échantillon sanguin à un traitement de désagrégation. Les prions, liés les uns aux autres en bouquets qu’on appelle agrégats, sont alors libérés et peuvent être facilement repérés par un test de détection conventionnel.
Un dépistage précoce n’augmenterait pas nécessairement les chances de survie des patients, puisqu’il n'existe encore aucun remède contre la vMCJ. L’invention de Neil Cashman permettrait au moins de passer au crible les banques de sang: bien que la plupart des victimes la contractent en consommant du bœuf contaminé, trois cas récents ont prouvé que la maladie est transmissible par transfusion sanguine.
En plus d'ouvrir de nouvelles portes dans la recherche sur les maladies à prions, cette technologie pourrait faciliter le diagnostic de maladies neurodégénératives plus courantes, comme celles d’Alzheimer, de Parkinson ou de Lou Gehrig. Pour dépister l’alzheimer, notamment, les médecins doivent actuellement se contenter de tests cognitifs qui ne sont pas fiables à 100%.
On soupçonne que ces troubles sont le résultat d'un mauvais repliement de protéines. Comme dans le cas de la vMCJ, ce défaut structurel toucherait un nombre très faible de protéines, ce qui le rend indétectable pour l’instant.
«Nous entamons des recherches pour appliquer notre technologie au dépistage de l’alzheimer, indique le Dr Cashman. Mais dans le meilleur des cas, on devra attendre au moins cinq ans avant de voir arriver un test sur les tablettes.»
par Charles-Philippe Giroux
Le 3 mai 2006 — Il est à peu près impossible de savoir qu’un patient souffre de la forme humaine de la maladie de la vache folle… à moins qu’il y succombe. Cette affection neurodégénérative, la «variante de la maladie de Creutzfeldt-Jacob» (vMCJ), n’est en effet décelable qu’à la mort de ses victimes, à l’aide d’une biopsie du cerveau.
Mais une nouvelle technologie, mise au point par le neurologue Neil Cashman, de l'Université de la Colombie-Britannique, pourrait permettre aux médecins de la dépister grâce à une simple prise de sang!
La technique, appelée «épreuve de protection des épitopes», permet de repérer les prions, ces protéines anormales qui sont responsables de la maladie, dans un échantillon de sang. Ce n’est pas si simple: dans un millilitre de plasma sanguin d’un patient atteint de la vMCJ, on ne trouve qu’un seul amoncellement de prions dans une mer de plusieurs millions de protéines saines. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin…
« À l’aide d’un agent chimique, nous arrivons à masquer les protéines normales», explique Neil Cashman. On soumet ensuite l'échantillon sanguin à un traitement de désagrégation. Les prions, liés les uns aux autres en bouquets qu’on appelle agrégats, sont alors libérés et peuvent être facilement repérés par un test de détection conventionnel.
Un dépistage précoce n’augmenterait pas nécessairement les chances de survie des patients, puisqu’il n'existe encore aucun remède contre la vMCJ. L’invention de Neil Cashman permettrait au moins de passer au crible les banques de sang: bien que la plupart des victimes la contractent en consommant du bœuf contaminé, trois cas récents ont prouvé que la maladie est transmissible par transfusion sanguine.
En plus d'ouvrir de nouvelles portes dans la recherche sur les maladies à prions, cette technologie pourrait faciliter le diagnostic de maladies neurodégénératives plus courantes, comme celles d’Alzheimer, de Parkinson ou de Lou Gehrig. Pour dépister l’alzheimer, notamment, les médecins doivent actuellement se contenter de tests cognitifs qui ne sont pas fiables à 100%.
On soupçonne que ces troubles sont le résultat d'un mauvais repliement de protéines. Comme dans le cas de la vMCJ, ce défaut structurel toucherait un nombre très faible de protéines, ce qui le rend indétectable pour l’instant.
«Nous entamons des recherches pour appliquer notre technologie au dépistage de l’alzheimer, indique le Dr Cashman. Mais dans le meilleur des cas, on devra attendre au moins cinq ans avant de voir arriver un test sur les tablettes.»