Médecine et santé

La course au vaccin

Une trentaine de vaccins contre la grippe aviaire sont en développement dans les labos de la planète. Sauront-ils freiner une éventuelle pandémie?

par Charles-Philippe Giroux

Le 10 août 2006 – Si la grippe aviaire vous donne toujours la chair de poule, GlaxoSmithKline a peut-être de quoi vous rassurer. La compagnie pharmaceutique vient d’annoncer qu’elle pourrait fabriquer, d’ici 2007, un vaccin contre le virus H5N1 en quantité suffisante pour faire face à une pandémie humaine. Lors des premiers essais cliniques, le taux de succès a atteint 80%, un résultat comparable à celui des vaccins contre la grippe ordinaire.

GlaxoSmithKline n'est pas seule dans la course. Pas moins de 31 prototypes de vaccins sont en développement dans le monde, selon la Fédération internationale de l'industrie du médicament.

Les spécialistes n’ont-ils pourtant pas prévenu qu'il serait impossible de fabriquer un vaccin tant qu’une mutation n’aura pas rendu le virus transmissible entre humains? «Puisqu'on ne connaît pas la souche qui sera responsable de la pandémie humaine, il faudrait idéalement attendre que la pandémie apparaisse», reconnaît le Dr. Karl Weiss, professeur au département de microbiologie et d’infectiologie de l'Université de Montréal.

Les recherches en cours permettent toutefois d’en apprendre davantage sur le virus H5N1, ajoute-t-il. Les prototypes ont notamment permis d'identifier quelques obstacles à la mise au point du vaccin parfait. «Dans certains cas, on pourrait devoir administrer deux vaccins, à quelques semaines d'intervalle, pour obtenir une immunité suffisante.»

La dose d’antigène requise pose également problème : fabriquée à partir du virus en question, cette substance stimule la production d'anticorps. Les vaccins contre l'influenza traditionnelle ne requièrent que 2 microgrammes d’antigène pour immuniser un patient. Or, les prototypes de vaccins contre la grippe aviaire peuvent en contenir jusqu'à 180! Celui qu’a mis au point GlaxoSmithKline, lui, est constitué de deux doses de 3,8 microgrammes chacune. Dans l’éventualité d’une pandémie, des centaines de millions de doses seraient nécessaires; un vaccin à faible concentration d’antigène sera plus facile à fabriquer à grande échelle.

Impossible de prévoir si le vaccin sera toujours efficace une fois que le virus aura muté. Mais si la mutation s'avérait mineure, le vaccin pourrait conserver une partie de son efficacité. «Pour fabriquer un vaccin, on doit identifier une partie du virus qui est toujours présente et très stable. Il faut ensuite que tout le monde puisse développer des anticorps contre cette zone du virus, explique Karl Weiss. Si le virus se transforme tout en conservant ce segment, les anticorps continuent à fonctionner.»

Depuis 2003, au moins 232 personnes ont été infectées par le virus H5N1 et 134 en sont mortes. L'Indonésie est le principal théâtre de la crise, mais des cas ont été répertoriés dans une dizaine de pays.
 
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