Médecine et santé

Le noyau du bonheur

Le bonheur est en soi? On ne croyait pas si bien dire… Il se logerait dans une petite zone au cœur du cerveau.

par Patrick Forget

Le 13 septembre 2007 – Et si la propension au bonheur dépendait de la taille d’une toute petite structure, logée en plein milieu du cerveau? C’est ce que suggère une étude réalisée par des chercheurs de l’Institut Douglas, à Montréal, et publiée récemment dans la revue Molecular Psychiatry.

Cette découverte ouvre la voie à un dépistage plus rapide de certaines maladies mentales. L’anhédonie, l’antithèse du bonheur, est un symptôme clé de la dépression majeure et de la schizophrénie. «Ce n’est pas de la déprime», précise Martin Lepage, co-auteur de l’étude et professeur de psychiatrie à l’Université McGill. C’est plutôt une perte de la capacité à éprouver du plaisir, à ressentir des émotions positives.

Pour la première fois, on a établi un lien entre l’anhédonie et le volume d’une structure cérébrale: le noyau caudé, une petite zone enfouie sous le cortex, au centre du cerveau, et qui fait partie d’un ensemble appelé «ganglions de la base». Le noyau caudé joue un rôle de premier plan dans l’initiation des mouvements volontaires et dans le système de récompense, qui nous permet d’apprendre les comportements qui nous procurent du plaisir. Or, cette zone «apporte-bonheur» est plus petite que la normale chez les personnes présentant un niveau élevé d’anhédonie.

Les sujets de l’étude n’avaient jamais, eux, souffert de troubles mentaux. Mais grâce à ces résultats, on pourrait éventuellement mettre au point des outils de dépistage plus précoce de la dépression majeure et la schizophrénie. «Les traitements psychiatriques sont plus efficaces lorsque l’état du patient n’a pas encore dégénéré», explique Martin Lepage. Même dans le cas de la schizophrénie, une prise en charge rapide peut parfois empêcher la personne de chavirer.

Mais il faudra d’abord décortiquer comment le noyau caudé interagit avec d’autres régions du cerveau, notamment le cortex pré-frontal médian, qui participe au traitement des émotions. Une plus grande activité dans cette zone est également observée chez les gens qui ont davantage de difficulté à jouir des plaisirs de la vie. C’est comme si le cerveau tentait, par ce travail, de compenser pour le handicap que lui cause un noyau caudé moins volumineux, et donc moins performant. À défaut d’être doué pour le bonheur, il semble qu’on puisse lui donner un petit coup de pouce!
 
.