Médecine et santé

Protéine de choc

Une protéine mortelle se cache chez certaines personnes de descendance africaine. On comprend maintenant son mécanisme.

par Marie-Claude Bourdon

Le 18 décembre 2006 – Environ 20% de la population noire dans le monde est porteuse d’une molécule qui la prédispose au choc septique, une réaction déclenchée par un agent infectieux et qui peut conduire à la mort. «Lorsqu’ils sont admis aux soins intensifs en choc septique, les patients porteurs de cette molécule, une variante d’une protéine nommée "caspase-12", ont trois fois plus de risque de mourir que les autres», explique Maya Saleh, professeure à la faculté de médecine de l’Université McGill. C’est que la caspase-12 bloque la production des cytokines nécessaires pour engendrer la réaction inflammatoire qui permet au corps de combattre l’infection.

Chez l’humain, il existe deux versions de la caspase-12: la version longue, dont les effets peuvent être mortels et qu’on retrouve seulement chez certaines personnes de descendance africaine, et la version courte, plus commune. Dans un article qui vient tout juste de paraître dans la revue Nature, l’équipe de Maya Saleh élucide le mécanisme d’action de la version longue de la capsase-12 chez les souris. «La molécule bloque l’activité d’une protéine de la même famille, la caspase-1, qui joue un rôle dans la production des cytokines responsables de l’inflammation», explique la biochimiste. À long terme, cela permet d’envisager un traitement: il s’agirait de trouver un inhibiteur capable d’empêcher l’interaction entre la caspase-12 et la caspase-1.

«Des généticiens britanniques ont montré que la protéine caspase-12 courte est le fruit d’une mutation qui serait apparue en Afrique il y a 100 000 ans, juste avant la grande migration des humains vers l’Europe et l’Asie», précise Maya Saleh. Dans les peuplements européens et asiatiques en forte croissance démographique, cette mutation qui confère une meilleure résistance au choc septique s’est avérée très avantageuse du point de vue de la sélection naturelle. En effet, l’exposition aux maladies infectieuses augmente avec la taille des populations, d’où l’intérêt d’une mutation qui permet de les combattre.

Il y a 60 000 ans, la version longue de la caspase-12 est disparue complètement, sauf chez certaines populations africaines. Pourquoi celles-ci l’ont-elles conservée? «Peut-être parce que la version longue offrait une protection contre les maladies inflammatoires, auto-immunes ou parasitaires, suggère la chercheuse, et que dans certaines régions d’Afrique, on est particulièrement susceptible de souffrir de ces maladies.»
 
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