Médecine et santé
Réparer un coeur sans chirurgie
Des cardiologues montréalais ont posé, sans chirurgie, une bio-prothèse dans le cœur d’une patiente: une première en Amérique du Nord.
par Gaëlle Lussiaà-Berdou
Le 18 janvier 2006 – Des médecins de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) ont posé une nouvelle valve dans le cœur d’une dame de 64 ans sans ouvrir sa cage thoracique, mais en l’introduisant à travers la peau.
C’est un cathéter, une minuscule sonde qui se faufile dans les vaisseaux sanguins, qui a transporté jusqu’au cœur la membrane de rechange, une valve de nouvelle génération faite de tissu animal. En décembre dernier, Rosa Cipriano est devenue la première patiente en Amérique du Nord à subir une telle intervention.
La patiente était atteinte d’une «sténose aortique», une affection fréquente chez les personnes âgées. Il s’agit d’un rétrécissement de la valve aortique, la membrane qui contrôle les flux sanguins entre le cœur et l’aorte. La valve devait donc être remplacée.
Mais une opération conventionnelle à cœur ouvert aurait été périlleuse, vu la maladie pulmonaire grave dont souffre la dame, et qui l’oblige à porter un masque à oxygène en permanence.
«Pendant une opération à cœur ouvert, on diminue la capacité respiratoire du patient pendant une courte période. Les fonctions pulmonaires de la patiente en auraient trop souffert et elle n’aurait pas survécu à l’intervention», explique le chirurgien cardiaque Raymond Cartier, qui a participé à l’opération.
Pour contourner le problème, les médecins de l’Institut de cardiologie de Montréal ont utilisé une technique de pointe. À travers une incision pratiquée dans l’aine de la patiente, un cathéter est introduit dans son artère fémorale. Le cathéter transporte jusqu’au cœur un tuteur métallique en forme de tube, sur lequel la nouvelle valve est cousue. Le tuteur est ensuite inséré dans la valve déficiente, où il se déploie de lui-même, permettant à la nouvelle valve d’entrer en action.
Seuls une quinzaine de patients dans le monde auraient déjà reçu une telle prothèse. Il s’agit d’une «bio-prothèse» faite de tissus porcins. Sa durée de vie est limitée, puisqu’elle a tendance à se calcifier au fil des ans.
«Chez les patients âgés de moins de 60 ans, on choisit plutôt les prothèses mécaniques, qui peuvent durer plusieurs dizaines d’années», mentionne Raymond Cartier. Chez les plus vieux, on privilégie les bio-prothèses, que les patients supportent mieux.
Pour l’instant, l’intervention ne sera offerte qu’à ceux qui ne peuvent pas subir une opération à cœur ouvert. Mais le protocole de recherche qui a permis aux médecins de l’ICM de réaliser leur percée se poursuivra pendant encore quatre ou cinq ans. Et si les résultats sont concluants, un bassin plus large de patients pourrait en profiter d’ici quelques années.
par Gaëlle Lussiaà-Berdou
Le 18 janvier 2006 – Des médecins de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) ont posé une nouvelle valve dans le cœur d’une dame de 64 ans sans ouvrir sa cage thoracique, mais en l’introduisant à travers la peau.
C’est un cathéter, une minuscule sonde qui se faufile dans les vaisseaux sanguins, qui a transporté jusqu’au cœur la membrane de rechange, une valve de nouvelle génération faite de tissu animal. En décembre dernier, Rosa Cipriano est devenue la première patiente en Amérique du Nord à subir une telle intervention.
La patiente était atteinte d’une «sténose aortique», une affection fréquente chez les personnes âgées. Il s’agit d’un rétrécissement de la valve aortique, la membrane qui contrôle les flux sanguins entre le cœur et l’aorte. La valve devait donc être remplacée.
Mais une opération conventionnelle à cœur ouvert aurait été périlleuse, vu la maladie pulmonaire grave dont souffre la dame, et qui l’oblige à porter un masque à oxygène en permanence.
«Pendant une opération à cœur ouvert, on diminue la capacité respiratoire du patient pendant une courte période. Les fonctions pulmonaires de la patiente en auraient trop souffert et elle n’aurait pas survécu à l’intervention», explique le chirurgien cardiaque Raymond Cartier, qui a participé à l’opération.
Pour contourner le problème, les médecins de l’Institut de cardiologie de Montréal ont utilisé une technique de pointe. À travers une incision pratiquée dans l’aine de la patiente, un cathéter est introduit dans son artère fémorale. Le cathéter transporte jusqu’au cœur un tuteur métallique en forme de tube, sur lequel la nouvelle valve est cousue. Le tuteur est ensuite inséré dans la valve déficiente, où il se déploie de lui-même, permettant à la nouvelle valve d’entrer en action.
Seuls une quinzaine de patients dans le monde auraient déjà reçu une telle prothèse. Il s’agit d’une «bio-prothèse» faite de tissus porcins. Sa durée de vie est limitée, puisqu’elle a tendance à se calcifier au fil des ans.
«Chez les patients âgés de moins de 60 ans, on choisit plutôt les prothèses mécaniques, qui peuvent durer plusieurs dizaines d’années», mentionne Raymond Cartier. Chez les plus vieux, on privilégie les bio-prothèses, que les patients supportent mieux.
Pour l’instant, l’intervention ne sera offerte qu’à ceux qui ne peuvent pas subir une opération à cœur ouvert. Mais le protocole de recherche qui a permis aux médecins de l’ICM de réaliser leur percée se poursuivra pendant encore quatre ou cinq ans. Et si les résultats sont concluants, un bassin plus large de patients pourrait en profiter d’ici quelques années.