Médecine et santé

Sur la piste de la surdité

Une chercheuse québécoise a peut-être mis le doigt sur une nouvelle cause de la surdité.

par Marie-Eve Cousineau

Le 2 mars 2006 – Un chapitre vient de s’ajouter aux connaissances médicales sur la surdité: une chercheuse québécoise pourrait avoir identifié une nouvelle cause de cette affection qui touche neuf enfants sur 1000 au Québec.

On savait déjà que la surdité complète, détectée durant les premiers mois de la vie, pouvait être due à un défaut du conduit auditif externe, du tympan, de l’oreille moyenne ou interne, du nerf ou du cortex auditifs.

Mais on ne se doutait pas que le handicap pouvait être le résultat d’un problème de développement cérébral appelé «anomalie de migration».

«L’embryon est composé de trois couches de cellules, dont l’ectoderme, qui donne naissance à la peau, aux nerfs et au système nerveux central, explique Annie Lapointe, oto-rhino-laryngologiste pédiatrique à l’Hôpital Sainte-Justine. Il y a anomalie de migration quand les cellules ectodermiques destinées au système nerveux central arrêtent leur développement avant de migrer vers leur destination finale, le cerveau.»

Ce phénomène peut provoquer des retards dans le développement du langage et même l’épilepsie. Et, surprise, il pourrait aussi contribuer à la surdité.

C’est la découverte qu’a faite Annie Lapointe, un peu par hasard, lors de son post-doctorat au Baylor College of Medicine, à Houston. Avec des collègues américains, elle a étudié 40 enfants sourds qui devaient passer un test d’imagerie par résonance magnétique (IRM) de la région de l’oreille.

On fait toujours passer ce test pour vérifier si les patients sont de bons candidats pour un implant cochléaire, une prothèse auditive. «On s’est dit: “Pourquoi ne pas vérifier le cerveau du même coup?”» raconte-t-elle.

Pas moins de 20% des patients présentaient des anomalies de migration au cerveau, constatent les chercheurs dans l’étude publiée en novembre dernier dans le International Journal of Pediatric Otorhinolaryngology.

Annie Lapointe soupçonne que ce désordre pourrait avoir un impact sur la réadaptation des personnes sourdes.

Lorsqu’un enfant reçoit un implant cochléaire, il doit apprendre à interpréter les signaux qu’il entend avec l’aide de spécialistes et de ses parents, un processus qui peut durer de deux à trois ans.

«Cet apprentissage sera plus difficile pour les enfants atteints d’anomalies de migration, croit la spécialiste. Il faudrait peut-être les encadrer davantage.»

Annie Lapointe compte mener d’autres recherches sur le rôle des anomalies de migration dans la surdité.

Elle analyse présentement les résultats des IRM de 150 patients de Houston sourds à divers degrés, afin d’établir si ces anomalies se manifestent davantage chez ceux qui souffrent de surdité complète.
 
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