Médecine et santé

Un vaccin désuet?

On a de plus en plus de difficultés à combattre la tuberculose. On commence à comprendre pourquoi.

par Marie-Claude Bourdon

Le 3 mai 2007 - Le vaccin contre la tuberculose, administré deux millions de fois par semaine à l’échelle du globe, est-il dégénéré au point d’avoir perdu son efficacité? Pour en avoir le cœur net, il faudrait mener de nouvelles études cliniques, estime Marcel Behr.

Ce chercheur à l’Université McGill a participé aux travaux d’une équipe internationale visant à analyser le code génétique du bacille Calmette-Guérin (BCG), qui sert à fabriquer le vaccin. «On n’a aucune preuve que le vaccin employé aujourd’hui est aussi efficace qu’il l’a été dans le passé, car ce n’est plus le même produit.»

Mis au point par deux chercheurs français, le microbiologiste Albert Calmette et le vétérinaire Camille Guérin, le vaccin antituberculeux BCG, un dérivé du bacille (un type de bactérie) de la tuberculose bovine, a subi de nombreuses mutations depuis sa première utilisation, en 1921. Jusque dans les années 60, moment où l’on a commencé à utiliser des techniques de congélation pour conserver les vaccins, les bacilles étaient cultivés sur des tranches de pommes de terre enrobées de glycérol. C’est dans cet environnement, qui n’a rien à voir avec celui d’un hôte humain ou animal qu’ils auraient perdu de leur efficacité.

«Les bactéries sécrètent des protéines qui favorisent l’interaction avec l’hôte infecté, explique Marcel Behr. Mais pendant toutes les années où elles ont vécu sur des pommes de terre, elles ont progressivement cessé de produire ces protéines dont elles n’avaient plus besoin, ce qui a conduit à une atténuation de leur virulence.» La sélection naturelle a donc favorisé l’évolution de bactéries parfaitement adaptées à la vie sur les pommes de terre, mais pas très virulentes!

Il existe différentes souches du bacille à travers le monde, qui ont été conservées dans les laboratoires où elles avaient été expédiées au début du siècle dernier par les créateurs du vaccin. Certaines sont plus anciennes que d’autres. Les travaux de Marcel Behr et de ses collègues, publiés parmi les articles en ligne de l’Académie des sciences des États-Unis, ont permis de comparer le profil génétique de 10 souches différentes. Ils montrent que la composition génomique et l’expression des gènes varient grandement de l’une à l’autre.

À partir des données génomiques, les chercheurs ont dressé l’arbre généalogique des diverses souches. Ils ont constaté que les souches les plus anciennes, et donc plus proches du vaccin original, sécrétaient une plus grande quantité de certaines protéines jouant un rôle dans l’immunité. Une des rares études cliniques existantes semble confirmer ce fait : selon cette étude, le vaccin japonais, plus ancien (et l’un des moins souvent utilisés) suscite une réponse immunitaire plus vigoureuse chez les nouveau-nés que le vaccin danois, plus récent.

Marcel Behr espère bien pouvoir mettre au point un nouveau vaccin contre la tuberculose. «Nous avons corrigé des mutations afin que le bacille sécrète des protéines qui induisent une réponse immunitaire», affirme-t-il.

Un vaccin plus efficace pourrait contribuer à enrayer la résurgence de cette maladie qui frappe particulièrement les personnes dont le système immunitaire est affaibli et qui tue encore près de deux millions de personnes chaque année dans le monde.
 
.