Sciences de la vie
Dolly a dix ans
Il y a dix ans, la plus célèbre brebis de l’histoire entrait en scène: Dolly, premier mammifère cloné à partir d'une cellule adulte.
par Thomas Gervais
Le 27 février 2007 – Le 27 février 1997, le professeur Ian Wilmut livre au monde entier les résultats troublants de plusieurs années de recherche: un jeune mouton cloné à partir d’une cellule mammaire. La brebis Dolly, baptisée en l’honneur de l’actrice américaine Dolly Parton (pour l’abondance de ses cellules mammaires, dit-on), devient ainsi le premier mammifère doté d’une jumelle identique de six ans son aînée.
La nouvelle fait instantanément le tour du globe. En moins de deux semaines, l’équipe du Roslin Institute, en Écosse, reçoit plus de 2000 demandes d’entrevues de journalistes de partout dans le monde. Certains talk-shows américains auraient même essayé, en vain, de recevoir l’animal comme invité spécial.
Sur le plan scientifique, l’annonce fait aussi éclat. Il s’agit du premier clonage réussi à partir d’une cellule adulte somatique, c’est-à-dire ni ovule, ni spermatozoïde. Pour ce faire, l’équipe du Dr Wilmut a dû extraire le noyau cellulaire d’un ovule et le remplacer par celui de la cellule mammaire choisie. Une méthode qui fonctionne pourvu que le zygote artificiel ainsi créé ressemble suffisamment à l’original pour tromper le système utérin. «Chez la mère porteuse, il existe plusieurs mécanismes de rejet des embryons non-conformes», explique Patrick Blondin, chercheur en physiologie de la reproduction animale à L’Alliance Boviteq, un groupe québécois spécialisé en clonage bovin. Pour réussir à faire naître la célèbre brebis, 277 mères porteuses ont reçu un de ces ovules trafiqués. Dolly seule a survécu, et dans quelles conditions!
Deux ans après sa naissance, il devient de plus en plus évident que le jeune animal montre des signes de vieillissement prématuré attribuables à des télomères anormalement courts. Ces petits bouts d’ADN qui recouvrent les extrémités de chacun des chromosomes raccourcissent chaque fois que la cellule se divise, protégeant le matériel génétique et marquant en quelque sorte l’âge de l’organisme. Dolly a reçu le noyau d’une cellule provenant d’un animal de six ans. Elle a donc hérité de télomères de cet âge.
Avant son cinquième anniversaire de naissance, la pauvre bête souffre déjà d’une arthrite anormalement avancée pour son jeune âge. Un an plus tard, après six années de vie oisive sous les feux de la rampe, Dolly succombe finalement à une grave pneumonie causée par un virus ovin. Les restes empaillés de cette martyre de la science peuvent toujours être observés au Musée national de l’Écosse, à Édimbourg.
Et si c’était à refaire? Selon Patrick Blondin, les progrès rapides de la dernière décennie conféreraient maintenant une bien meilleure qualité de vie à l’animal. «Dolly serait sûrement encore en vie dans dix ans si elle naissait aujourd’hui», explique le chercheur qui a travaillé au clonage du taureau Starbuck, fierté de Saint-Hyacinthe et père de millions de vaches laitières dans le monde. Six ans après sa naissance, Starbuck II ne montre aucun signe de vieillissement. Ses télomères sont intacts et sa constitution, de fer. Ses rejetons ne semblent pas non plus souffrir d’un quelconque malaise.
Les problèmes de santé largement réglés, le défi de la prochaine décennie sera d’améliorer le rendement des techniques de clonage, estime Patrick Blondin. Aujourd’hui, de 5 à 10% à peine des clones portés deviennent des fœtus viables. C’est mieux qu’au temps de Dolly mais, selon le chercheur, il y a encore place à l’amélioration avant que la technique ne puisse être utilisée industriellement.
Mais le défi ultime reviendra certainement aux politiciens qui auront pour tâche de réglementer l’énorme potentiel du clonage dans les domaines de l’agriculture et des sciences de la vie. Veaux, vaches, cochons, humains peut-être? Tous ces futurs clones pourront se targuer d’être, en quelque sorte, des rejetons de la célèbre Dolly.
par Thomas Gervais
Le 27 février 2007 – Le 27 février 1997, le professeur Ian Wilmut livre au monde entier les résultats troublants de plusieurs années de recherche: un jeune mouton cloné à partir d’une cellule mammaire. La brebis Dolly, baptisée en l’honneur de l’actrice américaine Dolly Parton (pour l’abondance de ses cellules mammaires, dit-on), devient ainsi le premier mammifère doté d’une jumelle identique de six ans son aînée.
La nouvelle fait instantanément le tour du globe. En moins de deux semaines, l’équipe du Roslin Institute, en Écosse, reçoit plus de 2000 demandes d’entrevues de journalistes de partout dans le monde. Certains talk-shows américains auraient même essayé, en vain, de recevoir l’animal comme invité spécial.
Sur le plan scientifique, l’annonce fait aussi éclat. Il s’agit du premier clonage réussi à partir d’une cellule adulte somatique, c’est-à-dire ni ovule, ni spermatozoïde. Pour ce faire, l’équipe du Dr Wilmut a dû extraire le noyau cellulaire d’un ovule et le remplacer par celui de la cellule mammaire choisie. Une méthode qui fonctionne pourvu que le zygote artificiel ainsi créé ressemble suffisamment à l’original pour tromper le système utérin. «Chez la mère porteuse, il existe plusieurs mécanismes de rejet des embryons non-conformes», explique Patrick Blondin, chercheur en physiologie de la reproduction animale à L’Alliance Boviteq, un groupe québécois spécialisé en clonage bovin. Pour réussir à faire naître la célèbre brebis, 277 mères porteuses ont reçu un de ces ovules trafiqués. Dolly seule a survécu, et dans quelles conditions!
Deux ans après sa naissance, il devient de plus en plus évident que le jeune animal montre des signes de vieillissement prématuré attribuables à des télomères anormalement courts. Ces petits bouts d’ADN qui recouvrent les extrémités de chacun des chromosomes raccourcissent chaque fois que la cellule se divise, protégeant le matériel génétique et marquant en quelque sorte l’âge de l’organisme. Dolly a reçu le noyau d’une cellule provenant d’un animal de six ans. Elle a donc hérité de télomères de cet âge.
Avant son cinquième anniversaire de naissance, la pauvre bête souffre déjà d’une arthrite anormalement avancée pour son jeune âge. Un an plus tard, après six années de vie oisive sous les feux de la rampe, Dolly succombe finalement à une grave pneumonie causée par un virus ovin. Les restes empaillés de cette martyre de la science peuvent toujours être observés au Musée national de l’Écosse, à Édimbourg.
Et si c’était à refaire? Selon Patrick Blondin, les progrès rapides de la dernière décennie conféreraient maintenant une bien meilleure qualité de vie à l’animal. «Dolly serait sûrement encore en vie dans dix ans si elle naissait aujourd’hui», explique le chercheur qui a travaillé au clonage du taureau Starbuck, fierté de Saint-Hyacinthe et père de millions de vaches laitières dans le monde. Six ans après sa naissance, Starbuck II ne montre aucun signe de vieillissement. Ses télomères sont intacts et sa constitution, de fer. Ses rejetons ne semblent pas non plus souffrir d’un quelconque malaise.
Les problèmes de santé largement réglés, le défi de la prochaine décennie sera d’améliorer le rendement des techniques de clonage, estime Patrick Blondin. Aujourd’hui, de 5 à 10% à peine des clones portés deviennent des fœtus viables. C’est mieux qu’au temps de Dolly mais, selon le chercheur, il y a encore place à l’amélioration avant que la technique ne puisse être utilisée industriellement.
Mais le défi ultime reviendra certainement aux politiciens qui auront pour tâche de réglementer l’énorme potentiel du clonage dans les domaines de l’agriculture et des sciences de la vie. Veaux, vaches, cochons, humains peut-être? Tous ces futurs clones pourront se targuer d’être, en quelque sorte, des rejetons de la célèbre Dolly.