Sciences de la vie
Le choléra fait de la résistance
Les bactéries sont munies d’un segment d’ADN appelé ICE. Pour comprendre la résistance aux antibiotiques, c'est lui qu’il faut examiner.
par Marie-Claude Bourdon
Le 18 avril 2007 — Si le C. difficile fait tant de ravages dans les hôpitaux, c’est parce qu’on n’arrive plus à le combattre efficacement à l’aide d’antibiotiques. Ce n’est pas la seule bactérie à faire de la résistance. Le choléra, qui sévit dans les coins les plus pauvres de la planète, aussi. «Avant 1992, il existait très peu de souches de choléra résistantes. Aujourd’hui, on en trouve partout et certaines résistent à six ou sept antibiotiques, dit le chercheur Vincent Burrus. C’est dramatique.»
Quand une bactérie devient résistante à un antibiotique, elle transmet cette résistance à sa descendance. Mais elle peut aussi la transmettre à d’autres souches de bactéries. Comment? C’est ce que cherche à comprendre Vincent Burrus. Dans son laboratoire de l’Université de Sherbrooke, le biologiste s’intéresse aux éléments intégratifs et conjugatifs, ou «ICE». Ce sont de larges segments d’ADN portés par les chromosomes bactériens qui, dans la nature, passent fréquemment d’une bactérie à l’autre. En transportant des gènes de résistance aux antibiotiques, ils agissent comme de véritables messagers entre les souches bactériennes.
Car les ICE ne respectent pas la barrière entre les espèces. «Ils peuvent donc transmettre une résistance acquise par une bactérie peu ou pas pathogène à une autre bactérie qui cause une maladie mortelle.» L’effet est exponentiel: une fois la résistance acquise par la nouvelle bactérie, celle-ci, ainsi que toutes ses descendantes, sont susceptibles de la propager, à d’autres souches, par la formation de nouveaux ICE.
Mais pourquoi ces segments d’ADN sont-ils si actifs? «C’est probablement l’utilisation massive des antibiotiques qui a causé la prolifération des ICE, dont le premier a été découvert en 1981 et qui sont encore très peu connus», observe Vincent Burrus.
Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biologie moléculaire, évolution et impact des éléments mobiles bactériens, Vincent Burrus tente de mieux comprendre les facteurs environnementaux qui favorisent la production et la dissémination des ICE. Après avoir étudié attentivement le choléra, il s’attaque maintenant à des bactéries responsables d'infections nosocomiales comme le staphylocoque doré ou le Clostridium difficile.
Il espère ainsi trouver des moyens de contrer la résistance aux antibiotiques, mais aussi identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. «Les ICE ne propagent pas seulement la résistance, précise le chercheur. Ils permettent également l’échange de gènes modulant la virulence. En trouvant une protéine qui inhibe ces transferts, on pourrait empêcher l’apparition de souches vraiment virulentes contre lesquelles il est difficile, voire impossible de lutter.»
Et sauver la vie de milliers de personnes.
par Marie-Claude Bourdon
Le 18 avril 2007 — Si le C. difficile fait tant de ravages dans les hôpitaux, c’est parce qu’on n’arrive plus à le combattre efficacement à l’aide d’antibiotiques. Ce n’est pas la seule bactérie à faire de la résistance. Le choléra, qui sévit dans les coins les plus pauvres de la planète, aussi. «Avant 1992, il existait très peu de souches de choléra résistantes. Aujourd’hui, on en trouve partout et certaines résistent à six ou sept antibiotiques, dit le chercheur Vincent Burrus. C’est dramatique.»
Quand une bactérie devient résistante à un antibiotique, elle transmet cette résistance à sa descendance. Mais elle peut aussi la transmettre à d’autres souches de bactéries. Comment? C’est ce que cherche à comprendre Vincent Burrus. Dans son laboratoire de l’Université de Sherbrooke, le biologiste s’intéresse aux éléments intégratifs et conjugatifs, ou «ICE». Ce sont de larges segments d’ADN portés par les chromosomes bactériens qui, dans la nature, passent fréquemment d’une bactérie à l’autre. En transportant des gènes de résistance aux antibiotiques, ils agissent comme de véritables messagers entre les souches bactériennes.
Car les ICE ne respectent pas la barrière entre les espèces. «Ils peuvent donc transmettre une résistance acquise par une bactérie peu ou pas pathogène à une autre bactérie qui cause une maladie mortelle.» L’effet est exponentiel: une fois la résistance acquise par la nouvelle bactérie, celle-ci, ainsi que toutes ses descendantes, sont susceptibles de la propager, à d’autres souches, par la formation de nouveaux ICE.
Mais pourquoi ces segments d’ADN sont-ils si actifs? «C’est probablement l’utilisation massive des antibiotiques qui a causé la prolifération des ICE, dont le premier a été découvert en 1981 et qui sont encore très peu connus», observe Vincent Burrus.
Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biologie moléculaire, évolution et impact des éléments mobiles bactériens, Vincent Burrus tente de mieux comprendre les facteurs environnementaux qui favorisent la production et la dissémination des ICE. Après avoir étudié attentivement le choléra, il s’attaque maintenant à des bactéries responsables d'infections nosocomiales comme le staphylocoque doré ou le Clostridium difficile.
Il espère ainsi trouver des moyens de contrer la résistance aux antibiotiques, mais aussi identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. «Les ICE ne propagent pas seulement la résistance, précise le chercheur. Ils permettent également l’échange de gènes modulant la virulence. En trouvant une protéine qui inhibe ces transferts, on pourrait empêcher l’apparition de souches vraiment virulentes contre lesquelles il est difficile, voire impossible de lutter.»
Et sauver la vie de milliers de personnes.