Chroniques
Billet
Le 400e en «Amnésique du nord»
Par Raymond Lemieux
On se croirait en «Amnésique du nord»! Les organisateurs du 400e de Québec ne semblent en effet vraiment pas enclins à souligner une histoire qui donnerait pourtant tout son sens aux festivités. Cela n’intéresserait pas «le gars de Brossard sur le bord de sa piscine», ont-ils déclaré lors du coup d’envoi des activités, en décembre dernier. La commémoration de la fondation de Québec doit donc avant tout être une fête, une belle fête où on ne se prendra pas trop la tête.
Une fête avec un immense karaoké, un spectacle de Céline Dion, un autre de Charles Aznavour. Mais Québec ne mérite-t-elle qu’une fête?
Le gars de Brossard aurait toutes les raisons de faire la gueule. On se moque de lui. La fête de Québec est, en réalité, la fête du Québec. Les quatre siècles de la ville, c’est un énorme pan de notre histoire. N’a-t-elle pas été l’épicentre de notre développement technologique, scientifique, militaire et politique?
Il n’y a pas si longtemps, en 1967, on a célébré, en grande pompe, le centième anniversaire d’un acte juridique qui créait un pays. C’était beau, c’était l’année de l’Expo… Il n’empêche que la signature de cet acte juridique, qui fédérait les provinces britanniques, n’avait rien en commun avec l’incroyable aventure vécue par les premiers colons, coureurs de bois, soldats, commerçants, filles du roi ou apothicaires. Rien en commun avec l’audace et le courage dont ces hommes et ces femmes ont dû faire preuve pour survivre au scorbut et à l’hiver au cap Diamant. L’histoire du gars de Brossard a commencé là, il y a 400 ans. Tout comme celle de madame Tremblay de Saguenay, de monsieur Potvin de Montréal, de monsieur Hébert de Trois-Rivières ou de madame Roy de Sherbrooke. Elle a commencé quand leurs ancêtres ont dû se relever les manches pour défricher; quand ils ont rencontré des peuples différents; quand ils ont embrassé l’immensité du pays qu’ils venaient d’adopter. Ce n’est pas rien.
Outre-Atlantique, on semble avoir pris la bonne mesure de cet anniversaire. Près de 5 000 villages et communes de France célébreront la fondation de Québec, c’est-à-dire l’implantation durable de la francophonie en Amérique. Un musée de la migration sera inauguré à La Rochelle, nombre d’artistes québécois seront mis à l’honneur, deux traversées auront lieu (une transat et une traversée populaire à laquelle va se joindre le Belem, un des plus beaux voiliers du monde). Une exposition sur la Nouvelle-France se tient déjà à Tourouvre, dans le Perche, lieu d’origine d’un petit – mais ô combien important! – noyau de pionniers. À croire que la fête du 400e y trouve plus d’échos que chez nous!
Qu’à cela ne tienne, lecteurs et lectrices, Québec Science s’est invité aux célébrations. Nous sommes en train de préparer un numéro assez spécial sur nos origines. Il vous sera livré le jour où Champlain est arrivé au Québec; c’était à Gaspé, un 30 mai. Déjà, chaque entrevue que nous avons réalisée, chaque livre que nous avons consulté, chaque rencontre que nous avons faite nous révèlent les morceaux d’une aventure fascinante et bien méconnue que l’on a hâte de partager avec vous. Car l’histoire du Québec ne commence pas seulement avec la construction de l’habitation du valeureux Samuel de Champlain pour se terminer au bord d’une piscine de Brossard, en Amnésique du nord! C’est tellement plus. Comment pouvait-on imaginer passer à coté?
Et puis, cela ne nous empêchera pas de faire un karaoké ou d’entendre Céline Dion!
Par Raymond Lemieux
On se croirait en «Amnésique du nord»! Les organisateurs du 400e de Québec ne semblent en effet vraiment pas enclins à souligner une histoire qui donnerait pourtant tout son sens aux festivités. Cela n’intéresserait pas «le gars de Brossard sur le bord de sa piscine», ont-ils déclaré lors du coup d’envoi des activités, en décembre dernier. La commémoration de la fondation de Québec doit donc avant tout être une fête, une belle fête où on ne se prendra pas trop la tête.
Une fête avec un immense karaoké, un spectacle de Céline Dion, un autre de Charles Aznavour. Mais Québec ne mérite-t-elle qu’une fête?
Le gars de Brossard aurait toutes les raisons de faire la gueule. On se moque de lui. La fête de Québec est, en réalité, la fête du Québec. Les quatre siècles de la ville, c’est un énorme pan de notre histoire. N’a-t-elle pas été l’épicentre de notre développement technologique, scientifique, militaire et politique?
Il n’y a pas si longtemps, en 1967, on a célébré, en grande pompe, le centième anniversaire d’un acte juridique qui créait un pays. C’était beau, c’était l’année de l’Expo… Il n’empêche que la signature de cet acte juridique, qui fédérait les provinces britanniques, n’avait rien en commun avec l’incroyable aventure vécue par les premiers colons, coureurs de bois, soldats, commerçants, filles du roi ou apothicaires. Rien en commun avec l’audace et le courage dont ces hommes et ces femmes ont dû faire preuve pour survivre au scorbut et à l’hiver au cap Diamant. L’histoire du gars de Brossard a commencé là, il y a 400 ans. Tout comme celle de madame Tremblay de Saguenay, de monsieur Potvin de Montréal, de monsieur Hébert de Trois-Rivières ou de madame Roy de Sherbrooke. Elle a commencé quand leurs ancêtres ont dû se relever les manches pour défricher; quand ils ont rencontré des peuples différents; quand ils ont embrassé l’immensité du pays qu’ils venaient d’adopter. Ce n’est pas rien.
Outre-Atlantique, on semble avoir pris la bonne mesure de cet anniversaire. Près de 5 000 villages et communes de France célébreront la fondation de Québec, c’est-à-dire l’implantation durable de la francophonie en Amérique. Un musée de la migration sera inauguré à La Rochelle, nombre d’artistes québécois seront mis à l’honneur, deux traversées auront lieu (une transat et une traversée populaire à laquelle va se joindre le Belem, un des plus beaux voiliers du monde). Une exposition sur la Nouvelle-France se tient déjà à Tourouvre, dans le Perche, lieu d’origine d’un petit – mais ô combien important! – noyau de pionniers. À croire que la fête du 400e y trouve plus d’échos que chez nous!
Qu’à cela ne tienne, lecteurs et lectrices, Québec Science s’est invité aux célébrations. Nous sommes en train de préparer un numéro assez spécial sur nos origines. Il vous sera livré le jour où Champlain est arrivé au Québec; c’était à Gaspé, un 30 mai. Déjà, chaque entrevue que nous avons réalisée, chaque livre que nous avons consulté, chaque rencontre que nous avons faite nous révèlent les morceaux d’une aventure fascinante et bien méconnue que l’on a hâte de partager avec vous. Car l’histoire du Québec ne commence pas seulement avec la construction de l’habitation du valeureux Samuel de Champlain pour se terminer au bord d’une piscine de Brossard, en Amnésique du nord! C’est tellement plus. Comment pouvait-on imaginer passer à coté?
Et puis, cela ne nous empêchera pas de faire un karaoké ou d’entendre Céline Dion!