Avril 2008

Reportages

La route contre le rail (extrait)

A-t-on fait fausse route en privilégiant le camion plutôt que le train pour le transport de marchandise?

Par Catherine Dubé

Assis derrière le volant d’un rutilant camion aux couleurs de Robert Transport, Serge Madore est venu chercher son chargement dans la gigantesque cour de l’entreprise, à Boucherville. Ce matin, il a déjà livré une semi-remorque de papier hygiénique à Saint-Hyacinthe, et en est revenu avec une cargaison de chocolat. Camionneur depuis 12 ans, Serge Madore pratique le métier le plus commun au Canada, selon le dernier recensement.

Au Québec seulement, on compte 118 000 véhicules lourds et ce chiffre augmente chaque année de 5 000 à 10 000. Ces 6, 18 ou 22 roues roulent jour et nuit pour acheminer du bois, des jeans, des boîtes de céréales, des fraises, des pièces d’avion. Ils sont le lien vital entre les usines et les magasins; ils circulent dans les artères du pays comme le sang dans un être vivant.

Ces machines ne roulent malheureusement pas à l’eau claire, mais au diesel, un carburant qu’elles avalent goulûment, en recrachant du CO2. À elles seules, elles sont responsables d’environ 10% des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Québec.

En fait, la province s’est éloignée des objectifs fixés par le protocole de Kyoto à la même vitesse qu’a augmenté la consommation d’énergie et de biens. Alors que les industries ont réussi à diminuer leurs émissions de GES depuis 1990, c’est l’inverse pour le secteur des transports qui, personnes et marchandises confondues, constitue la principale source de gaz à effet de serre du Québec, avec près de 40% des émissions.

Comme les véhicules utilitaires sport, les poids lourds comptent donc parmi les grands responsables de cet échec environnemental: leurs émissions de gaz à effet de serre ont grimpé de 32% entre 1990 et 2001.

Et récession ou pas, les camions n’arrêteront pas de rouler. À moyen terme, le transport de marchandises continuera même de croître: le ministère québécois des Ressources naturelles a estimé que les GES attribuables au camionnage augmenteraient de 60% entre 1996 et 2021. «Sur le plan environnemental, ce n’est pas soutenable», affirme sans détour Claude Comtois qui pourtant n’a rien contre les camionneurs. «Je l’ai été quand j’étais étudiant!» précise-t-il.

Ce professeur de géographie de l’Université de Montréal, également chercheur au Centre de recherche sur les transports, est en train d’élaborer un énorme projet portant sur la «logistique verte». Après avoir évalué l’impact sur l’environnement du transport maritime, routier, ferroviaire et aérien, ainsi que les législations qui sous-tendent les meilleures pratiques, il formulera un programme de développement durable appliqué à l’industrie du transport.

Pour Claude Comtois, l’affaire est entendue: on devrait mettre une partie des marchandises sur des trains...


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