Trous de mémoire
Dans les couloirs du sanatorium (extrait)
Une grande cure d’air! C’est le remède prescrit contre la tuberculose au début du siècle dernier. Au Québec, on a alors construit loin des villes près d’une vingtaine d’hôpitaux spécialisés pour soigner les tuberculeux.
Par Marie-Claude Bourdon
«La nuit, quand on entendait le bruit d’une civière qui roulait dans le couloir, on savait que quelqu’un était mort, raconte Janette Bertrand. C’était terrifiant.» Aujourd’hui âgée de 82 ans, la célèbre animatrice et auteure pour la télévision a passé ses 20 ans au sanatorium de Sainte-Agathe-des-Monts, le plus ancien du Québec. Lieu mythique où nombre d’écrivains, forcés à la réclusion, ont découvert leur vocation, le sanatorium était aussi, en 1945, une sorte de pavillon des pestiférés.
«Les gens avaient peur de nous, se souvient Janette Bertrand. On ne peut pas imaginer le rejet que nous subissions.» Comme le sida aujourd’hui, la tuberculose, qui a sévi jusqu’à la moitié du XXe siècle, déclenchait des réflexes de peur, de honte et de culpabilisation des malades, souligne l’historienne Louise Côté, auteure d’En garde!, un livre sur l’évolution des idées qui ont entouré cette maladie. Dans la rue, on s’éloignait du tuberculeux, craignant ses microbes! Il faut dire que la maladie était très contagieuse. Au sanatorium, les patients pouvaient être des mois sans recevoir la moindre visite. Et ceux qui en revenaient restaient pour toujours stigmatisés.
C’est un médecin allemand, lui-même guéri de cette affection des poumons après un séjour dans l’Himalaya, qui a ouvert le premier sanatorium, en 1856. À l’époque, on ne connaissait pas encore le caractère contagieux de la maladie. La phtisie, ou la consomption comme on l’appelait alors, était la maladie romantique par excellence, affligeant de préférence poètes et âmes sensibles. Convaincu que l’air froid de la montagne l’avait sauvé, le docteur Hermann Brehmer avait mis au point une cure basée sur l’exposition au grand air, l’alimentation et le repos, qui allait bientôt se répandre en Europe et faire la fortune de nombreux établissements dans les Alpes. «Au départ, les sanatoriums étaient réservés à une clientèle de privilégiés et ressemblaient à des hôtels de luxe en montagne», rappelle Louise Côté.
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Par Marie-Claude Bourdon
«La nuit, quand on entendait le bruit d’une civière qui roulait dans le couloir, on savait que quelqu’un était mort, raconte Janette Bertrand. C’était terrifiant.» Aujourd’hui âgée de 82 ans, la célèbre animatrice et auteure pour la télévision a passé ses 20 ans au sanatorium de Sainte-Agathe-des-Monts, le plus ancien du Québec. Lieu mythique où nombre d’écrivains, forcés à la réclusion, ont découvert leur vocation, le sanatorium était aussi, en 1945, une sorte de pavillon des pestiférés.
«Les gens avaient peur de nous, se souvient Janette Bertrand. On ne peut pas imaginer le rejet que nous subissions.» Comme le sida aujourd’hui, la tuberculose, qui a sévi jusqu’à la moitié du XXe siècle, déclenchait des réflexes de peur, de honte et de culpabilisation des malades, souligne l’historienne Louise Côté, auteure d’En garde!, un livre sur l’évolution des idées qui ont entouré cette maladie. Dans la rue, on s’éloignait du tuberculeux, craignant ses microbes! Il faut dire que la maladie était très contagieuse. Au sanatorium, les patients pouvaient être des mois sans recevoir la moindre visite. Et ceux qui en revenaient restaient pour toujours stigmatisés.
C’est un médecin allemand, lui-même guéri de cette affection des poumons après un séjour dans l’Himalaya, qui a ouvert le premier sanatorium, en 1856. À l’époque, on ne connaissait pas encore le caractère contagieux de la maladie. La phtisie, ou la consomption comme on l’appelait alors, était la maladie romantique par excellence, affligeant de préférence poètes et âmes sensibles. Convaincu que l’air froid de la montagne l’avait sauvé, le docteur Hermann Brehmer avait mis au point une cure basée sur l’exposition au grand air, l’alimentation et le repos, qui allait bientôt se répandre en Europe et faire la fortune de nombreux établissements dans les Alpes. «Au départ, les sanatoriums étaient réservés à une clientèle de privilégiés et ressemblaient à des hôtels de luxe en montagne», rappelle Louise Côté.
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