Février 2006

Février 2006

Innovation

Imprimez votre téléphone

Ne jetez plus vos vieux appareils électroniques: reproduisez-les en 3D!

par Isabelle Cuchet

La touche «lecture» de votre baladeur est brisée. Seule solution aujourd'hui: jeter votre appareil à la poubelle et foncer chez un détaillant. Mais d'ici quelques années, il y aura sans doute une solution de remplacement à ce scénario déchirant. Vous pourrez apporter votre appareil défectueux dans une boutique spécialisée. Un employé cherchera sur le site Internet du fabricant la carte d'identité de la touche à remplacer, c'est-à-dire les fichiers informatiques décrivant l'ensemble de ses caractéristiques physiques. Une fois ce fichier téléchargé, moyennant une faible redevance, le technicien enverra une commande de fabrication à une imprimante 3D installée derrière son comptoir.

«Deux heures après, une nouvelle touche de plastique, en tout point identique à l'ancienne, sortira de l'imprimante et l'employé l'installera sur votre baladeur», explique Philippe Lalande, professeur de design à l'Université de Montréal. Avec son collègue Martin Racine, de l'Université Concordia, il a imaginé ce concept d'éco-design révolutionnaire. «Aujourd'hui, un robot culinaire ou un téléphone auxquels il ne manquerait qu'une languette de plastique deviendraient inutilisables, même si la partie électronique ou le moteur de l'appareil fonctionnent encore, souligne Martin Racine. Et ils vont grossir nos sacs-poubelles.»

L'imprimante 3D est déjà utilisée par les entreprises. À partir d'un fichier informatique, elle permet aux industriels de réaliser des prototypes de leurs produits avant de les fabriquer en série. Certaines permettent de réaliser des objets dans un matériau plastique tandis que d'autres, comme celle installée dans les labos de l'Université Concordia, utilisent de la poudre de plâtre. «Un rouleau étale de la poudre sur un plateau, et la tête de l'appareil imprime littéralement le matériau avec un liant, selon les instructions de l'ordinateur», explique Philippe Lalande. Puis la tête de l'imprimante se retire, le plateau descend d'à peine un quart de millimètre, et un nouveau tapis de plâtre est déroulé pour permettre à l'imprimante d'y tracer de nouvelles formes. Couche après couche, l'objet se construit et, au bout de quelques heures, il peut être retiré de la machine.

Ces «machines à prototypage rapide» qui coûtent actuellement entre 35 000 $ et 500 000 $ ont déjà envahi les unités de recherche et développement des plus grosses entreprises. «Notre idée est de mettre désormais ces outils high-tech au service de la protection de l'environnement et du grand public», résume Martin Racine.

Le projet des deux chercheurs, baptisé PRéco et financé par l'Institut de recherche et création en art et technologies médiatiques Hexagram, a reçu le premier prix du Sustainable Innovation 2003, un congrès international d'éco-design qui a eu lieu à Stockholm en Suède. Les deux hommes cherchent aujourd'hui un partenaire commercial qui les aidera à évaluer le marché potentiel de leur concept.

Il faut toutefois régler certains problèmes techniques. «Les matériaux utilisés sont encore limités quant à leur nombre et seulement quelques couleurs sont disponibles, souligne Philippe Lalande. Il reste aussi à parfaire les finis et la texture des objets.» Pour être viable sur le plan économique, le concept PRéco devra aussi s'appuyer sur un réseau de fabricants qui accepteront de partager leurs fichiers sources moyennant une faible redevance. Ceux qui se soucient de l'environnement y verront, espérons-le, un outil d'avenir.

 
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