Février 2006

Février 2006

Les découvertes de l'année

Les aventures de SLAM, FynT et SAP

Le système immunitaire a un secret de moins; et l’industrie pharmaceutique, des atouts de plus dans la mise au point de médicaments contre le diabète, l’arthrite ou le lupus.

par Catherine Dubé

Pourquoi un pancréas devient-il tout à coup dysfonctionnel chez les diabétiques de type 1? Pourquoi les arthritiques souffrent-ils d’articulations douloureuses? Pourquoi les victimes de lupus ont-ils les viscères enflammées et des éruptions cutanées?

On l’ignore. Ce que l’on sait, c’est que le système immunitaire des personnes atteintes de ces maladies considère soudainement un de leurs organes comme un ennemi.

André Veillette, chercheur à l’Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM), n’a pas encore trouvé la clé de l’énigme quant à ces maladies appelées auto-immunes. Mais il a soutiré un important secret aux lymphocytes T. Il a découvert ce qui se passe à l’intérieur même de ces globules blancs quand ils reçoivent et transmettent les messages du système immunitaire.

Cette découverte, qui a fait l’objet d’une publication dans la revue Immunity, pourrait un jour permettre la mise au point de médicaments efficaces contre le lupus, le diabète juvénile et l’arthrite rhumatoïde, notamment.

Pour soulager leurs patients, les médecins ne disposent à l’heure actuelle que de traitements lourds, comme des corticostéroïdes, qui soulagent tant bien que mal les symptômes, souvent avec beaucoup d’effets secondaires et sans s’attaquer à la cause du mal.

Chez un patient souffrant de diabète, par exemple, les lymphocytes T estiment que le pancréas est devenu un adversaire à éliminer. Ils émettent donc des messagers chimiques qui appellent en renfort les lymphocytes B, d’autres globules blancs qui produisent des anticorps et s’attaquent aux cellules du pancréas.

Loin de se calmer, la communication défectueuse entre lymphocytes T et B s’amplifie. «Ils se parlent trop et à propos d’un ennemi qui n’en est pas un», illustre André Veillette. Le pancréas fonctionne de moins en moins bien, puis plus du tout.

Dans toutes les maladies auto-immunes – il en existe des dizaines –, c’est le même scénario. Seul l’organe attaqué change. Depuis plusieurs années, André Veillette cherche donc à comprendre ce qui cloche avec les lymphocytes de ces malades.

En 2004, il a révélé un mécanisme complexe qui se met en branle au cœur des lymphocytes T. Présentons les trois protagonistes de ce que le chercheur nomme joliment une «cascade moléculaire».

Il y a d’abord SLAM, un récepteur, enfoncé à la surface du lymphocyte. Il est chargé de recevoir des messages en provenance du système immunitaire. Ensuite, il y a FynT, une enzyme située à l’intérieur du lymphocyte. Entre les deux, on trouve SAP, une protéine qui joue le rôle de relais grâce à un «bras» qui touche à la fois SLAM et FynT.

Jusqu’à présent, personne ne savait trop quel rôle jouaient ces trois protagonistes. C’est précisément ce qu’a découvert André Veillette.

Quand SLAM reçoit un message en provenance du système immunitaire, il avertit SAP. Ce dernier s’empresse d’ordonner à FynT de produire d’autres messagers chimiques. Ces messagers quittent les lymphocytes T et vont demander aux lymphocytes B de produire des anticorps. Si l’un ou l’autre des trois éléments n’est pas là, la chaîne de communication est rompue et la production d’anticorps s’interrompt.

Pour vérifier cette subtile interaction, l’équipe du laboratoire dirigé par le docteur Veillette a produit des souris génétiquement modifiées, certaines sans SLAM, d’autres sans SAP et d’autres encore sans FynT. À tout coup, FynT ne produisait plus – ou presque – de messagers chimiques. Les anticorps aussi se raréfiaient considérablement.

C’est exactement l’effet recherché pour guérir les maladies auto-immunes! Il s’agit maintenant de mettre au point des substances capables d’empêcher SLAM, SAP ou FynT d’accomplir leur tâche pour que l’inutile production d’anticorps cesse.

Mais il y a une difficulté de taille: cette cascade moléculaire est essentielle au bon fonctionnement du système immunitaire puisqu’elle permet de combattre les microbes.

Il faudra donc trouver le moyen d’aller porter le médicament uniquement dans l’organe malade. Ou encore trouver un dosage adéquat qui ralentirait suffisamment les ardeurs du système immunitaire, tout en lui permettant de continuer à faire son travail.

«À défaut d’une guérison totale, on pourrait au moins soulager les symptômes et peut-être empêcher la progression de la maladie», dit André Veillette. Ce serait déjà beaucoup.

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