Les découvertes de l'année
Terrasser l'ennemi
Le cancer du côlon serait en partie héréditaire. On pourra mieux le dépister et peut-être un jour le guérir.
par Louise-Maude Rioux Soucy
Dans la lutte contre le cancer, il y a ceux qui montent au front comme les oncologues, et il y a ceux qui restent derrière pour affiner les stratégies guerrières, comme le docteur Jeremy R. Jass.
Cette année, le pathologiste attaché à l’Université McGill a fait une percée remarquée dans la lutte contre l’ennemi numéro un au Québec. Selon l'article qu'il a publié dans le Clinical Gastroenterology and Hepatology, l’hérédité joue un rôle décisif dans le développement du cancer colorectal, le plus meurtrier au Canada après celui du poumon.
De concert avec des collègues japonais et australiens, le docteur Jass a étudié 11 familles. De celles-ci, 43 membres au total ont été affectés très tôt par un cancer colorectal; parfois dès l’âge de 25 ans, alors que l’âge moyen pour ce genre d’affection est de 70 ans.
Ces familles présentaient toutes une variation chimique qui favorise le développement d’un cancer en inactivant certains gènes. Ce phénomène, que les scientifiques nomment méthylation, s’accompagnait d’une mutation répétée d’un gène qui favorise l’apparition de tumeurs, l’oncogène BRAF.
La découverte n’est pas anodine, puisqu’elle remet en question la théorie généralement admise selon laquelle la méthylation serait un phénomène initié exclusivement par le vieillissement ou des facteurs environnementaux, comme le tabagisme.
Les patients présentant la fameuse combinaison méthylation-mutation semblaient tous avoir développé leur cancer par le biais de polypes dits dentelés, pourtant considérés comme inoffensifs. «Nous croyons que ces polypes sont moins innocents qu’il n’y paraît», explique Jeremy R. Jass.
Généralement, les médecins enlèvent tous les polypes qui leur paraissent suspects, à commencer par les adénomes, reconnus pour être précancéreux. Le chercheur croit qu’il faudrait désormais en faire autant avec les polypes dentelés qui semblent être les précurseurs de la redoutable combinaison.
«Jusqu’à ce que nous en sachions davantage, je pense que les familles qui présentent ces caractéristiques génétiques devraient être suivies, comme tous les patients considérés à haut risque, à raison d’une colonoscopie par année, dès l’âge de 20 ans.»
En étudiant le cas de nombreuses familles aux quatre coins du globe, l’équipe a pu confirmer son intuition quant à l’importance du bagage génétique dans le développement de ce type de cancer.
«Le phénomène se retrouve plus fréquemment chez les familles d’origine celte et celles provenant du nord-ouest de l’Europe, précise le pathologiste. À l’inverse, on voit très peu de cancers colorectaux en Asie du Sud-Est.»
Dans l’échantillon étudié, les femmes étaient davantage touchées que les hommes (27 femmes pour 16 hommes), alors que le cancer colorectal affecte généralement les deux sexes dans la même proportion (0,3% des Canadiens et 0,3% des Canadiennes).
Mais toutes ces informations ne sont guère utiles si on ne réussit pas à décortiquer les rouages de la méthylation.
Pour l’instant, les chercheurs sont uniquement en mesure de déterminer si un polype a subi une telle variation ou non. Pour Jeremy R. Jass, c’est déjà beaucoup: «Accepter la possibilité qu’il puisse y avoir des causes génétiques est un très grand pas.»
Cette hypothèse admise, la guerre prend une toute autre tournure, croit le pathologiste: «Pour l’instant, on se contente de combattre la maladie en utilisant les mêmes méthodes pour tous les types de cancers. Cela donne des résultats très différents selon les individus. Mais plus on en apprend sur le cancer, plus on peut affiner nos stratégies et plus on a de chances d’atteindre notre cible.»
Derrière cette découverte se cache même peut-être le secret qui permettra de terrasser l’ennemi pour de bon. «Si on arrive à comprendre la méthylation, on pourra espérer l’inverser et ainsi restaurer les fonctions normales de la cellule.»
Participez à notre concours:
Votez pour VOTRE découverte de l'année
par Louise-Maude Rioux Soucy
Dans la lutte contre le cancer, il y a ceux qui montent au front comme les oncologues, et il y a ceux qui restent derrière pour affiner les stratégies guerrières, comme le docteur Jeremy R. Jass.
Cette année, le pathologiste attaché à l’Université McGill a fait une percée remarquée dans la lutte contre l’ennemi numéro un au Québec. Selon l'article qu'il a publié dans le Clinical Gastroenterology and Hepatology, l’hérédité joue un rôle décisif dans le développement du cancer colorectal, le plus meurtrier au Canada après celui du poumon.
De concert avec des collègues japonais et australiens, le docteur Jass a étudié 11 familles. De celles-ci, 43 membres au total ont été affectés très tôt par un cancer colorectal; parfois dès l’âge de 25 ans, alors que l’âge moyen pour ce genre d’affection est de 70 ans.
Ces familles présentaient toutes une variation chimique qui favorise le développement d’un cancer en inactivant certains gènes. Ce phénomène, que les scientifiques nomment méthylation, s’accompagnait d’une mutation répétée d’un gène qui favorise l’apparition de tumeurs, l’oncogène BRAF.
La découverte n’est pas anodine, puisqu’elle remet en question la théorie généralement admise selon laquelle la méthylation serait un phénomène initié exclusivement par le vieillissement ou des facteurs environnementaux, comme le tabagisme.
Les patients présentant la fameuse combinaison méthylation-mutation semblaient tous avoir développé leur cancer par le biais de polypes dits dentelés, pourtant considérés comme inoffensifs. «Nous croyons que ces polypes sont moins innocents qu’il n’y paraît», explique Jeremy R. Jass.
Généralement, les médecins enlèvent tous les polypes qui leur paraissent suspects, à commencer par les adénomes, reconnus pour être précancéreux. Le chercheur croit qu’il faudrait désormais en faire autant avec les polypes dentelés qui semblent être les précurseurs de la redoutable combinaison.
«Jusqu’à ce que nous en sachions davantage, je pense que les familles qui présentent ces caractéristiques génétiques devraient être suivies, comme tous les patients considérés à haut risque, à raison d’une colonoscopie par année, dès l’âge de 20 ans.»
En étudiant le cas de nombreuses familles aux quatre coins du globe, l’équipe a pu confirmer son intuition quant à l’importance du bagage génétique dans le développement de ce type de cancer.
«Le phénomène se retrouve plus fréquemment chez les familles d’origine celte et celles provenant du nord-ouest de l’Europe, précise le pathologiste. À l’inverse, on voit très peu de cancers colorectaux en Asie du Sud-Est.»
Dans l’échantillon étudié, les femmes étaient davantage touchées que les hommes (27 femmes pour 16 hommes), alors que le cancer colorectal affecte généralement les deux sexes dans la même proportion (0,3% des Canadiens et 0,3% des Canadiennes).
Mais toutes ces informations ne sont guère utiles si on ne réussit pas à décortiquer les rouages de la méthylation.
Pour l’instant, les chercheurs sont uniquement en mesure de déterminer si un polype a subi une telle variation ou non. Pour Jeremy R. Jass, c’est déjà beaucoup: «Accepter la possibilité qu’il puisse y avoir des causes génétiques est un très grand pas.»
Cette hypothèse admise, la guerre prend une toute autre tournure, croit le pathologiste: «Pour l’instant, on se contente de combattre la maladie en utilisant les mêmes méthodes pour tous les types de cancers. Cela donne des résultats très différents selon les individus. Mais plus on en apprend sur le cancer, plus on peut affiner nos stratégies et plus on a de chances d’atteindre notre cible.»
Derrière cette découverte se cache même peut-être le secret qui permettra de terrasser l’ennemi pour de bon. «Si on arrive à comprendre la méthylation, on pourra espérer l’inverser et ainsi restaurer les fonctions normales de la cellule.»
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