Juillet-Août 2006

Juillet-Août 2006

Actualités

Et pourtant, elle roule

La ZENN est la première voiture entièrement électrique de série assemblée au Québec. Compacte, silencieuse et non polluante. Pincez-moi, je rêve!

par Joël Leblanc

Avec son grand pare-brise, sa silhouette moderne, ses roues en alliage et ses freins à disque aux quatre roues, elle ressemble à une voiture compacte comme en dessinent chaque année les grands constructeurs. Mais l’observateur attentif remarquera qu’il lui manque un pot d’échappement et qu’à la place du bouchon du réservoir, on trouve une prise de courant. Lorsqu’elle démarre, c’est le silence. La ZENN (Zero Emission No Noise) est la première voiture entièrement électrique de série assemblée au Québec.

“Avec une vitesse maximale de 40 km/h, la ZENN n’est pas conçue pour la route, mais pour les déplacements de proximité dans un environnement à basse vitesse. Les anglophones parlent de NEV, pour Neighborhood Electrical Vehicle”, explique Hugo Marsolais, ingénieur et directeur des opérations à l’Institut du transport avancé du Québec (ITAQ), à Saint-Jérôme, au nord de Montréal.

Pas vraiment un bolide, mais toute une championne de l’économie d’énergie. “Avec huit ou neuf heures de charge dans une prise de courant domestique, continue l’ingénieur, la voiture a une autonomie d’un peu plus de 50 km. Cela revient à 2 $ d’électricité aux 100 km.” Bien plus avantageux que l’essence, et sans pollution.

Voilà près d’un an que les ingénieurs de l’ITAQ planchent sur le véhicule. Depuis l’intégration du système de propulsion électrique jusqu’au choix des composants, en passant par le positionnement des batteries, la capacité de charge, la vitesse maximale et l’accélération, tous les aspects techniques de la ZENN ont été élaborés par ce centre de transfert technologique associé au cégep de Saint-Jérôme. “Dans la région, c’est la “zennmania”, sourit Hugo Marsolais. Les gens ne parlent que de la petite voiture électrique dont les premiers exemplaires devraient commencer à sortir de l’usine dès la fin de cet été.” Il faut dire qu’en plus d’être très écolo, elle générera bien des emplois dans la région.

Aux États-Unis, plusieurs concessionnaires attendent leurs premières ZENN. On espère les vendre aux campus universitaires, aux gros complexes technologiques, aux grands studios de cinéma, etc. “Tous ces lieux sont en fait comme de petites villes, résume l’ingénieur. Aux États-Unis, il existe même des communautés “fermées” dans lesquelles seuls les déplacements à faible vitesse sont permis. C’est ce marché qu’on tentera de percer.”

Dépourvue d’embrayage, la voiture offre une conduite très agréable. Même à vitesse maximale, on ne ressent pas le besoin de changer de rapport, puisque le moteur répond très bien sans bruit ni vibration. Cette facilité d’utilisation permettra à un très grand nombre de personnes de la conduire, depuis les jeunes travailleurs d’usine sans permis jusqu’aux personnes âgées en quête d’autonomie.

À l’origine de la ZENN, on trouve Feel Good Cars, une compagnie torontoise qui se spécialise dans le développement de véhicules électriques. “Dès les débuts de l’aventure, il y a plus d’un an, se rappelle Hugo Marsolais, ils se sont adressés à nous. Depuis la fermeture de l’usine de General Motors, à Boisbriand, on trouve dans la région une main-d’œuvre qualifiée et disponible. Les Laurentides sont d’ailleurs associées depuis quelques années au transport écologique. On deviendra peut-être une petite Silicon Valley du véhicule propre!”

À Saint-Jérôme, c’est dans l’ancienne usine d’équipement de hockey Bauer que la voiture sera assemblée. “Pour l’instant, on parle d’assemblage et non de construction, explique Gilles Allard, vice-président production, car la voiture est en fait la version électrique d’un modèle au diesel qui existe déjà en Europe.” La compagnie française Microcar envoie au Québec ses voitures sans moteur, sans radiateur, sans pot d’échappement ni réservoir. À l’usine de Saint-Jérôme, on installe le moteur, le chargeur, le contrôleur électrique, la transmission, etc. Les batteries, des modèles au plomb comme ceux des voitures régulières, sont au nombre de six; elles sont dissimulées sous le capot et à la place du réservoir à essence. Elles fournissent un total de 72 V.

“Plus tard, explique Gilles Allard, on espère pouvoir faire l’assemblage complet au Québec, ce qui réduirait les frais de transport, puisqu’on recevrait des pièces détachées plutôt que des voitures en partie montées. Mieux encore, on aimerait que des fournisseurs québécois fabriquent ici même les sièges, les moulures internes, les roues, et – pourquoi pas? – tout le véhicule!”

Verra-t-on la petite ZENN bientôt sur nos routes? “Dès que le Québec aura légiféré sur ce type de véhicule, prédit Gilles Allard. Pour l’instant, la majorité des États l’autorisent sur les routes et dans les villes. Au Canada, la Colombie-Britannique permet déjà la circulation de tels véhicules et les autres provinces devraient emboîter le pas d’ici un ou deux ans. J’ai bien hâte de conduire la mienne dans les rues de Saint-Jérôme.”
 
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