Ces mystères qui font rêver
L'île engloutie
L’Atlantide, l’île merveilleuse noyée en une nuit par la colère des dieux, a-t-elle réellement existé?
par Joël Leblanc
Une île abritant un empire grand et merveilleux, habitée par un peuple à la technologie avancée… C’est ainsi que Platon décrit pour la première fois l’Atlantide dans ses dialogues, le Timée et le Critias. La cité mère était dominée par une acropole et entourée de canaux concentriques. Les Atlantes cultivaient de grandes plaines fertiles et exploitaient différents minerais. Située au-delà des “colonnes d’Hercule”, l’île aurait été engloutie en 24 heures par Zeus, pour punir les Atlantes de leur mode de vie corrompu et décadent.
Platon prétendait avoir reçu cette histoire des descendants du législateur Solon, un des pères de la démocratie athénienne, qui, 200 ans plus tôt, l’avait lui-même entendue de grands prêtres lors d’un voyage en Égypte. Reste à savoir si les Égyptiens l’avaient eux-mêmes inventée ou s’il s’agissait de la mémoire d’une catastrophe réelle. La disparition de l’île, telle que racontée par Platon, remonterait à plus de 11 000 ans avant aujourd’hui, c’est-à-dire à la fin de la dernière ère glaciaire. À ce moment, les glaciers sont en train de fondre et le niveau des mers monte graduellement, faisant reculer les côtes et disparaître de nombreuses îles. La croûte terrestre s’élève ou s’abaisse à certains endroits, puis reprend doucement sa forme à mesure que le poids des glaces diminue.
“Malgré la lenteur de ces phénomènes, affirme John Hughes Clarke, il est possible que, dans certains coins du monde, de brusques remontées d’eau se soient produites à la suite de la libération soudaine d’immenses poches aqueuses emprisonnées sous des glaciers. On a des preuves que ce type d’événement est survenu ailleurs.” Directeur du groupe de cartographie océanique de l’Université du Nouveau-Brunswick, à Fredericton, le géologue était à bord du brise-glace Amundsen l’an dernier. “Grâce à un sonar, j’ai pu “voir” dans le fond du détroit d’Hudson un large couloir en ligne droite “nettoyé”, c’est-à-dire sans boue ni sédiments. Cela s’expliquerait par une arrivée massive d’eau du continent lors de la fonte des glaciers, il y a 10 000 ans. À mon avis, des remontées subites de 2 m à 3 m du niveau de la mer ont été fréquentes durant toute la déglaciation.”
Si un tel événement est survenu dans une zone habitée et inondable, il a forcément marqué les esprits pour longtemps.
Certains se sont donc mis en tête de retrouver la légendaire île engloutie. Premier problème: situer le lieu. Les “colonnes d’Hercule” désignent aujourd’hui le détroit de Gibraltar. On a ainsi commencé à chercher l’île dans l’Atlantique, aux Açores ainsi que près de l’Espagne et du Maroc.
Mais au temps de Platon, les Grecs étant à l’autre bout de la Méditerranée, le toponyme désignait peut-être le détroit de Messine, entre l’Italie et la Sicile, ou le détroit du Bosphore, en Turquie. Quelques spécialistes, dont le commandant Jacques-Yves Cousteau, ont cru que l’Atlantide était peut-être l’île grecque de Santorin, autrefois partiellement engloutie par une forte éruption volcanique. D’autres encore la situent en Crète ou même à Cuba, ou en mer de Chine. Dans tous les cas, on n’a jamais déniché de preuve tangible, jamais de photo sous-marine, pas même une tuile ou une brique antique.
En 2004, un architecte, qui s’est improvisé archéologue sous-marin, a relancé le débat. Robert Sarmast aurait découvert les restes de la ville engloutie en scrutant au sonar l’extrême est de la Méditerranée, entre l’île de Chypre et la Syrie. Ses images tridimensionnelles montrent une colline: l’acropole de la ville, selon lui, entourée de murs de 3 km de long. Sise à 1 600 m sous la surface, la structure présenterait des lignes trop droites pour être naturelles.
Des forages sous-marins ont bel et bien confirmé que ce secteur avait déjà été exposé à l’air libre et qu’il a constitué une partie habitable du continent. Il y a bien longtemps, estime Sarmast, un tremblement de terre aurait ouvert le détroit de Gibraltar et les eaux de l’Atlantique auraient envahi la Méditerranée, engloutissant l’île de Chypre. Ce qu’il en reste aujourd’hui ne serait que la partie la plus haute. Mais tant qu’on ne remontera pas les restes oxydés d’un quelconque bouclier ou le peigne abîmé d’une jeune Atlante, les spéculations continueront d’aller bon train.
par Joël Leblanc
Une île abritant un empire grand et merveilleux, habitée par un peuple à la technologie avancée… C’est ainsi que Platon décrit pour la première fois l’Atlantide dans ses dialogues, le Timée et le Critias. La cité mère était dominée par une acropole et entourée de canaux concentriques. Les Atlantes cultivaient de grandes plaines fertiles et exploitaient différents minerais. Située au-delà des “colonnes d’Hercule”, l’île aurait été engloutie en 24 heures par Zeus, pour punir les Atlantes de leur mode de vie corrompu et décadent.
Platon prétendait avoir reçu cette histoire des descendants du législateur Solon, un des pères de la démocratie athénienne, qui, 200 ans plus tôt, l’avait lui-même entendue de grands prêtres lors d’un voyage en Égypte. Reste à savoir si les Égyptiens l’avaient eux-mêmes inventée ou s’il s’agissait de la mémoire d’une catastrophe réelle. La disparition de l’île, telle que racontée par Platon, remonterait à plus de 11 000 ans avant aujourd’hui, c’est-à-dire à la fin de la dernière ère glaciaire. À ce moment, les glaciers sont en train de fondre et le niveau des mers monte graduellement, faisant reculer les côtes et disparaître de nombreuses îles. La croûte terrestre s’élève ou s’abaisse à certains endroits, puis reprend doucement sa forme à mesure que le poids des glaces diminue.
“Malgré la lenteur de ces phénomènes, affirme John Hughes Clarke, il est possible que, dans certains coins du monde, de brusques remontées d’eau se soient produites à la suite de la libération soudaine d’immenses poches aqueuses emprisonnées sous des glaciers. On a des preuves que ce type d’événement est survenu ailleurs.” Directeur du groupe de cartographie océanique de l’Université du Nouveau-Brunswick, à Fredericton, le géologue était à bord du brise-glace Amundsen l’an dernier. “Grâce à un sonar, j’ai pu “voir” dans le fond du détroit d’Hudson un large couloir en ligne droite “nettoyé”, c’est-à-dire sans boue ni sédiments. Cela s’expliquerait par une arrivée massive d’eau du continent lors de la fonte des glaciers, il y a 10 000 ans. À mon avis, des remontées subites de 2 m à 3 m du niveau de la mer ont été fréquentes durant toute la déglaciation.”
Si un tel événement est survenu dans une zone habitée et inondable, il a forcément marqué les esprits pour longtemps.
Certains se sont donc mis en tête de retrouver la légendaire île engloutie. Premier problème: situer le lieu. Les “colonnes d’Hercule” désignent aujourd’hui le détroit de Gibraltar. On a ainsi commencé à chercher l’île dans l’Atlantique, aux Açores ainsi que près de l’Espagne et du Maroc.
Mais au temps de Platon, les Grecs étant à l’autre bout de la Méditerranée, le toponyme désignait peut-être le détroit de Messine, entre l’Italie et la Sicile, ou le détroit du Bosphore, en Turquie. Quelques spécialistes, dont le commandant Jacques-Yves Cousteau, ont cru que l’Atlantide était peut-être l’île grecque de Santorin, autrefois partiellement engloutie par une forte éruption volcanique. D’autres encore la situent en Crète ou même à Cuba, ou en mer de Chine. Dans tous les cas, on n’a jamais déniché de preuve tangible, jamais de photo sous-marine, pas même une tuile ou une brique antique.
En 2004, un architecte, qui s’est improvisé archéologue sous-marin, a relancé le débat. Robert Sarmast aurait découvert les restes de la ville engloutie en scrutant au sonar l’extrême est de la Méditerranée, entre l’île de Chypre et la Syrie. Ses images tridimensionnelles montrent une colline: l’acropole de la ville, selon lui, entourée de murs de 3 km de long. Sise à 1 600 m sous la surface, la structure présenterait des lignes trop droites pour être naturelles.
Des forages sous-marins ont bel et bien confirmé que ce secteur avait déjà été exposé à l’air libre et qu’il a constitué une partie habitable du continent. Il y a bien longtemps, estime Sarmast, un tremblement de terre aurait ouvert le détroit de Gibraltar et les eaux de l’Atlantique auraient envahi la Méditerranée, engloutissant l’île de Chypre. Ce qu’il en reste aujourd’hui ne serait que la partie la plus haute. Mais tant qu’on ne remontera pas les restes oxydés d’un quelconque bouclier ou le peigne abîmé d’une jeune Atlante, les spéculations continueront d’aller bon train.