Juillet-Août 2006

Juillet-Août 2006

Chroniques

Billet

Tous coupables!

par Raymond Lemieux

Cet été, une équipe d’inspecteurs plus verts que vert fouilleront les poubelles que les habitants du Haut-Richelieu déposeront en bordure du chemin. Bien intentionnés, ils vérifieront si quelques rebuts recyclables n’auraient pas été jetés. Si tel est le cas, un “billet de courtoisie” sera remis aux “fautifs”. Prochaine étape: la contravention et l’amende?

Pendant qu’on y est, pourquoi ne pas nommer un vérificateur général des “vidanges” du Québec. Une sorte de “pôpa” en chef? En fait, on veut que tous retiennent la leçon: recycler ce qui est recyclable. Bien.

Le prêchi-prêcha est très tendance, en ce moment. Les avis, les conseils, les avertissements foisonnent. Ce sont des spécialistes diplômés qui nous font la leçon. Des pédiatres recommandent aux parents d’éviter les garderies pour leurs marmots de moins de 18 mois. Les traumatologues demandent aux cyclistes de porter le casque. Les médecins assurent aux plus de 50 ans qu’il est bon de se plier aux tests de dépistage du cancer. Et en ces temps de festivals de l’environnement, attendons-nous à être servis en “écoconseils”. Citoyens, citoyennes: n’arrosez pas inutilement la pelouse! Prenez votre vélo! Et tutti quanti! Comprenez: la planète repose sur vos épaules.

Jadis, c’étaient les codes de bienséance qui nous dictaient notre façon de vivre. Aujourd’hui, ce sont les médecins “éducateurs”, les “intervenants” sociaux, et
les écologistes “civiques” qui le font avec un esprit plutôt réducteur ce qui est le propre du prêchi-prêcha.

Mais reprenons: les marmots de moins de 18 mois à la maison? Et la conciliation travail-famille là-dedans? N’est-ce pas surtout aux employeurs d’y voir? Le port du casque des cyclistes? Le traumatisme crânien est la première cause de mortalité chez les cyclistes, soit; mais il l’est aussi chez les automobilistes. Devrait-on leur imposer le port du casque? Le dépistage préventif du cancer? Certains oncologues commencent à constater qu’il fait plus de mal que de bien! Le recyclage des déchets? Pourquoi pas la réduction de la consommation? N’est-il pas risible de voir, à l’épicerie, des consommateurs consciencieux remplir leurs sacs réutilisables de piments, de tomates et de charcuteries que l’on a placés dans une barquette avant de les emballer dans un kilomètre de pellicule plastique? La pelouse trop arrosée? Que dire des municipalités qui nettoient les rues à grande eau?

Dans le domaine de la santé, les sermons des nouveaux directeurs de conscience risquent d’avoir des répercussions particulièrement discriminatoires. Les artères bloquées des adeptes du fast-food seront-elles moins prioritaires que celles des végétariens? Les fumeurs seront-ils relégués à la fin des listes d’attente? Les dépressions des workaholics seront-elles moins considérées que celles des adeptes de la méditation? Comme si nous étions tous un peu les artisans de nos malheurs.

Tout ce prêchi-prêcha est en train de prendre la place de la prévention, de l’éducation, de l’art de vivre. Des choses plus difficiles à enseigner que de fouiller
dans nos poubelles.
 
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