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Billet

Mathématiques électorales

par Raymond Lemieux

Ça compte, un vote! Mais son poids dépend aussi de la façon dont on le compte. Au lendemain des dernières élections québécoises, plus des deux tiers des votants ont dû constater qu’ils étaient maintenant représentés par un gouvernement qu’ils n’ont pas choisi. On est loin de l’idéal de représentation politique!

Admettons-le, l’arithmétique électorale actuelle ne parvient pas à désigner un gouvernement qui reflète la volonté populaire. Cette mathématique de la démocratie peut-elle être repensée par des férus de chiffres, de formules et de théorèmes? Pourrait-on envisager une méthode qui garantirait à la fois une représentation politique juste et un gouvernement stable?

La question de la réforme du mode de scrutin – question mathématique – revient continuellement sur le tapis. Cela dit, quand on fait le tour de la planète démocratique, des États-Unis au Liechtenstein, à peu près tous les systèmes comportent des aberrations et des injustices. C’est que tous se basent sur des calculs électoraux primaires : un vote = un choix. Des méthodes qui s’inscrivent bien dans un univers politique binaire où tout est bleu ou rouge, à droite ou à gauche. Mais la sensibilité de l’électorat n’est plus ce qu’elle était. Elle est plus nuancée. Et le système de représentation actuelle ne tient absolument pas compte de cette sensibilité.

Un mathématicien du Centre national de la recherche scientifique, en France, a conçu une méthode maintenant appliquée à Zurich, en Suisse, et qu’on expérimentera dans une municipalité française lors de la prochaine élection présidentielle. Cette innovation s’appuie sur des mathématiques fondamentales et cherche à dégager un «jugement majoritaire». En clair, elle permettrait de désigner et d’élire le candidat le plus consensuel. Pour le chercheur qui l’a imaginée, cela revient à peser équitablement chaque voix.

De quoi s’agit-il au juste? D’une sorte de grille sur laquelle chaque électeur définit un ordre préférentiel parmi les candidats. Ainsi, sur votre dernier bulletin de vote, vous auriez eu à établir cet ordre de préférence parmi les députés en lice dans votre circonscription. Devant le nom de chaque candidat, il faut cocher une case: «très bien», «bien», «assez bien», «passable», «médiocre» ou «mauvais». L’ordinateur brasse le tout et désigne ensuite le candidat qui fait le plus consensus. Le risque d’élire un mauvais député par défaut (si le vote entre deux candidats prisés se fragmente) est pour ainsi dire nul.

Il y a malheureusement bien peu de chances pour que ce système plus juste soit appliqué. Si les mathématiques sont passées à l’âge de la relativité, la politique semble condamnée au conservatisme. Et puis, il y a tout de même un petit défaut à ce système: le traitement informatique est si rapide et efficace que les citoyens perdraient le plaisir de leur soirée d’élections. Il serait un peu ennuyeux d’attendre le verdict d’un ordinateur qui, après avoir digéré en un quart de seconde l’ensemble des bulletins de votes, décréterait: «À 20 h 02, Radio-Canada prévoit que...» Plus rapide que Bernard Derome, mais pas très palpitant!