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Julie de l'espace

Première Canadienne à avoir visité la Station spatiale internationale, Julie Payette sera la dernière à y retourner à bord de l’une des navettes.

Par Chantal Srivastava

Le compte à rebours est commencé. Si tout se déroule comme prévu, Julie Payette décollera à bord de la navette Endeavour, le samedi 13 juin, pour une mission de 15 jours à bord de la Station spatiale internationale (SSI). Presque 10 ans, jour pour jour, après son baptême de l’espace. «J’étais parmi les premières à visiter la SSI. Mais il y a tant de choses à faire cette fois-ci que je me sens encore comme une recrue!» s’exclame-t-elle.

L’astronaute aura en effet fort à faire au cours de la mission STS-127, qui livrera à la SSI un élément clé du laboratoire japonais Kibo: une plateforme de 4 tonnes, de la taille d’un autobus, permettant de déployer en simultané 10 expériences scientifiques dans le vide spatial. Les astronautes devront d’abord décharger ce mastodonte de la navette (ainsi que son module détachable de une tonne) avant d’assembler le tout. Ils installeront ensuite six imposantes batteries sur l’une des poutrelles qui soutient ce grand jeu de mécano. Puis, il leur faudra retirer de la soute de la navette pompes, antennes et autres accessoires afin de les entreposer sur des étagères comme pièces de rechange.«Je n’ai jamais rien vu d’aussi complexe à organiser, souligne Julie Payette. En tout, cinq sorties dans l’espace sont prévues, et on manipulera plusieurs bras robotisés en même temps.»

Les sept astronautes seront divisés en deux groupes: trois s’occuperont du pilotage de la navette et de la robotique, tandis que les quatre autres se concentreront sur les sorties dans l’espace. À titre d’ingénieur de vol, Julie Payette fait partie du premier groupe: «J’ai le meilleur siège à bord de la navette, entre le commandant et le pilote.» Maîtresse du cockpit arrière, elle supervisera entre autres les ordinateurs de bord dans une chorégraphie réglée au quart de tour. Elle jouera un rôle capital lors du décollage et de la mise en orbite, puis lors de l’arrimage à la SSI et, enfin, au moment du retour sur Terre. Mais tout cela, Julie Payette l’a déjà vécu, contrairement à quatre de ses collègues qui en sont à leur premier voyage dans l’espace. «Ils me posent toutes sortes de questions sur la façon idéale de répartir leur équipement dans les pochettes des combinaisons ou la meilleure manière de ranger scaphandres et casques dans les casiers. Notre mission ressemble à une grosse expédition de camping. Après le décollage, la navette devient un peu notre tente.»

À destination, Julie Payette manipulera trois bras robotisés: le Canadarm-1 de la navette avec sa perche d’inspection, le Canadarm-2 de la SSI, de même que le bras japonais attaché au laboratoire Kibo. «Au cours de la deuxième sortie, prévue au jour six de la mission, je vais même transporter mon collègue David Wolf avec de l’équipement au bout d’un bras robotisé!» Ces manœuvres, les astronautes les ont répétées à Houston dans un laboratoire de réalité virtuelle.

L’astronaute de 45 ans aura un autre défi à relever. Moins technique… mais très humain. Pour la première fois de toute son histoire, la SSI sera en effet occupée à pleine capacité par six astronautes lorsque Endeavour s’y arrimera avec sept personnes supplémentaires. Seule femme à bord, Julie Payette devra partager un espace pour le moins restreint avec 12 hommes! Dans la navette, la salle de bain – grande comme un placard – n’est isolée que par un rideau de plastique. Mais Julie en a vu d’autres. «C’est restreint, mais tout de même assez grand pour que je trouve un petit coin intime pour me changer.» Autre première: il y aura deux Canadiens à bord de la Station. Robert Thirsk, qui arrivera en mai pour un séjour de six mois, sera chargé de réaliser une expérience sur la croissance des arbres en apesanteur, que Julie lui apportera. «De plus, toutes les nations qui participent à la SSI y seront présentes en même temps pour la première fois: les États-Unis, la Russie et d’autres pays européens, le Japon et le Canada. Je suis choyée d’y être à ce moment-là.»

Et après? Julie Payette sera vraisemblablement la dernière Canadienne à voyager à bord d’une navette avant la fin de ce programme prévue pour 2010. Que feront par la suite les astronautes? «Nous pourrons toujours nous rendre à bord de la SSI en Soyouz ou participer, au sol, à l’élaboration du prochain système de transport spatial états-unien.» Quant au rôle du Canada dans les projets d’exploration futurs de la Nasa et de l’Agence spatiale européenne, le flou reste entier.

 
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