Reportages

Le bruit qui rend malade (extrait)

Si la tendance se maintient, nous deviendrons tous sourds, fous ou malades.

Par Catherine Dubé


Des paniers d’épicerie qui s’entrechoquent dans un fracas de métal. Des jappements de chien qui vrillent les tympans. Ces bruits de la vie quotidienne sont désagréables, certes, mais supportables. Sauf pour Matthieu Guérin: «Je ressens une douleur intense dans les deux oreilles, loin à l’intérieur de la tête.» Le mal met des heures à s’estomper.

Tout a commencé le 25 juillet 2005. Ce soir-là, le jeune homme de Québec assistait à des feux d’artifice au pied des chutes Montmorency. Plus la soirée avançait et plus les explosions des fusées lui étaient insupportables. À la fin de l’événement, il n’était pas devenu sourd, mais hypersensible au bruit.

Alors qu’il faut habituellement 120 à 130 décibels (dB) – l’équivalent d’un moteur d’avion ou d’un coup de fusil – pour faire mal, les oreilles de Matthieu ne pouvaient pas en supporter plus de 50 – le bruit d’une imprimante. Pendant des mois, il est resté cloîtré chez lui. «Je devais mettre des bouchons pour prendre ma douche, raconte-t-il. Entendre couler l’eau était insupportable.»

Depuis, le microbiologiste de 30 ans a pu retourner au travail, mais il ne sort pas sans ses bouchons et n’a plus remis les pieds dans une salle de cinéma.

Pas besoin de souffrir de ce mal étrange (et relativement rare) nommé hyperacousie pour se sentir agressé par le bruit. Trop fort ou incessant, il peut rendre sourd, malade ou fou n’importe qui. Il peut même tuer. C’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui le dit! L’institution a entrepris de calculer le coût social et sanitaire de la pollution sonore, comme elle l’a déjà fait pour les polluants atmosphériques. Les conclusions de ses experts, bien que préliminaires, ont de quoi inquiéter. Près de 3% des infarctus qui surviennent chaque année en Europe seraient attribuables au stress engendré par le bruit du trafic aérien, ferroviaire et routier, selon le chercheur Wolfgang Babisch, de l’Agence fédérale de l’environnement en Allemagne. Et on ne parle pas d’un vacarme assourdissant. Un bruit de fond constant de 70 dB, comme celui qu’on perçoit quand on vit au bord d’une autoroute suffit, s’il est présent 24 heures par jour.

En France, il y a des années qu’on s’en préoccupe. En 1992, on a même promulgué une loi anti-bruit. Aujourd’hui, tous les membres de l’Union européenne ont l’obligation de lutter contre cette nuisance. Mais au Québec, c’est le fouillis. Les normes sur le bruit varient énormément d’une municipalité à l’autre; certaines n’en ont pas du tout. «Notre réglementation sur le bruit en milieu de travail se classe parmi les plus mauvaises en Occident», se désole l’audiologiste Tony Leroux, chercheur au Laboratoire d’études sur l’audition de l’Université de Montréal.


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