Mars 2006

Chroniques

Billet, par Pascale Millot

Coup de balai

par Pascale Millot

Dans son livre Trop belles pour le Nobel, Nicolas Witkowski s’indigne de cette phrase de Montaigne: “La plus utile et la plus honorable science à une femme, c’est la science du ménage.” C’était il y a longtemps. Il s’en trouve pourtant, en 2006, pour penser que femme et science ne font pas bon… ménage, justement. Comme le président de la prestigieuse université Harvard qui, l’année dernière, affirmait que le cerveau des femmes n’était pas fait pour les matières scientifiques, en particulier pour les mathématiques. De telles déclarations contribuent à perpétuer “cette histoire truquée où les femmes sont soit des curiosités de la nature, soit des muses, soit des potiches”, poursuit Witkowski.

Bien sûr, les avancées de ladite science nous prémunissent aujourd’hui contre des inepties telles qu’en rapporte notre collaborateur Denis Goulet (voir à la page 12). S’en souvient-on?, au XIXe siècle, on croyait dur comme fer que la taille du cervelet donnait la mesure de l’appétit sexuel. Évidemment, les hommes l’avaient plus grosse (la taille du cervelet!). À l’opposé, on estimait que, chez les femmes, une vie sexuelle trop active, “par irritation de l’organe”, affectait non seulement le tempérament, mais aussi le jugement. Plus près de nous, dans les années 1960, les filles partaient avec un handicap quand elles voulaient s’inscrire dans les facultés de médecine. En d’autres termes, être née avec deux chromosomes X les pénalisait avant même d’entrer à l’université. Cela est bien fini.

Depuis 20 ans, les filles sont plus nombreuses que les gars dans les universités du Québec. Mieux: elles inves-tissent plus massivement que leurs confrères des secteurs comme les relations industrielles, l’architecture, la dentisterie, l’administration et l’agriculture. En médecine, elles constituent près des deux tiers des résidents. L’année dernière, elles représentaient 80% des inscriptions à ce programme auprès de l’Université de Montréal!

C’est bien beau, mais une fois sur le marché du travail, elles sont encore moins payées que les hommes et moins nombreuses à occuper les plus hauts postes. Pourquoi? Parce que, éternelle litanie, il demeure très difficile de concilier la vie personnelle et la vie professionnelle. Et ce sont toujours les femmes qui, malgré des progrès que personne n’oserait nier, écopent de l’essentiel des tâches ménagères et familiales, auxquelles s’ajoute de plus en plus le poids de la culpabilité. Car des voix accusatrices s’élèvent maintenant pour reprocher aux mères qui travaillent de négliger leurs enfants, et les rendre responsables de tous les maux qui affectent les jeunes.

Au fond, on dirait que personne ne sait trop quoi penser de ces “nouvelles femmes” qui travaillent tout en élevant leurs enfants dans un monde de plus en plus compétitif. Ce n’est pourtant pas si compliqué. Il faudrait que, une fois pour toutes, la société décide de s’adapter à cette réalité. Il faudrait que les employeurs répondent aux besoins des mères (et de plus en plus des pères) qui veulent marier les exigences de la vie professionnelle et de la vie familiale. Il y aurait alors sans doute plus de femmes en génie électrique ou en physique, des domaines où elles sont sous-représentées. Les chaires de recherche du Canada seraient un peu mieux partagées entre les deux sexes. Les sciences gagneraient en sensibilité et en diversité. Mais pour cela, il faudrait aussi que les hommes acceptent de faire le ménage...


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