Les racines du mal
Chronofolie
par Raymond Lemieux
Ve siècle avant notre ère
Ça se passe dans la tête
Pythagore est intrigué par l’intelligence, cette faculté qui permet à l’espèce humaine de faire des mathématiques et de la philosophie. C’est le cerveau qui est le siège de toute cette acti vité, croit-il, en présumant que c’est aussi celui de la folie.
400 ans avant notre ère
Mauvaises humeurs
Le grand parrain des médecins élabore sa théorie des humeurs, qui déterminera la pratique médicale jusqu’au XVIIIe siècle. C’est le déséquilibre entre les quatre humeurs (sang, bile jaune, bile noire et lymphe) qui cause les problèmes de santé. Hippocrate étudie aussi l’hystérie chez les femmes, qu’il estime causée par le
déplacement de l’utérus vers la gorge.
vers 310 avant notre ère
Les débuts de la neurologie
Les médecins grecs Érasistrate et Hérophile sont les premiers à pratiquer des dissections de cada vres humains. Ils distin guent les principales structures de l’encé phale et du cervelet. Ils démontrent aussi que les nerfs convergent vers la tête en un lieu unique: que l’on appellera plus tard le système nerveux central.
Ier siècle avant notre ère
Remède d’époque
Ce n’est pas Dieu qui est la cause de la folie, mais l’homme, affirme Cicéron. C’est pourquoi, avance-t-il, seule la philosophie peut apaiser une intelligence chaotique. Mais qui, aujourd’hui, prescrirait un livre de Nietzsche, gourou des nihilistes, ou de Jean-Paul Sartre, maître à penser des existentialistes, pour soigner la dépression ou la schizophrénie?
100 avant notre ère
Sur le fil
L’équilibre, c’est la santé. Pour les déséquilibrés, un médecin grec, Asclépiade, propose l’hydrothérapie, la musique, la gymnastique et le massage. Le New Age avant l’âge!
En l’an 100
La torture contre le mal
Un spécialiste de l’extraction des flèches, le chirurgien Cornelius Celsius, développe une méthode radicale pour soigner les esprits malades. Elle est fondée sur l’usage du fouet, de l’inanition, de la terreur et de la douche froide. Dissuasif?
En l’an 200
Les dieux contre les mauvaises humeurs
Le grec Galien, médecin et gladiateur, raffine la théorie d’Hippocrate. Pour lui, les nerfs sont des tubes creux dans lesquels circulent les fluides associés aux humeurs. Cela dit, selon Galien, la cause de tous les maux est surnaturelle. Et c’est en implorant les divinités que l’on peut guérir.
XIIe siècle
Vade retro satanas!
Saint Thomas d’Aquin, aussi appelé docteur Angélique, souligne que «le diable peut arrêter complètement l’usage de la raison en troublant l’imagination et l’appétit
sensible». Cela se voit chez les possédés. Quel remède à cela? L’exorcisme.
1409
Le premier asile
Il ouvre ses portes à Valence, en Espagne. C’est une idée du père Jofré de Alencia. D’autres desamparados seront par la suite fondés à Séville et à Tolède.
1486
Les fous au bûcher
L’hérésie est pareille à la folie, décrète le Malleus Maleficarum, le guide des inquisiteurs. Déprimés, schizophrènes, autistes et malades maniacodépressifs sont traités comme les adeptes de la sorcellerie, même si, à l’époque, on ne sait évidemment pas qu’ils sont déprimés, schizophrènes, autistes ou maniacodépressifs. Tout ce qu’on remarque, c’est qu’ils ne sont pas normaux. On en déduit évidemment qu’ils sont sous l’emprise de satan.
1656
Le grand esprit
Le jésuite Paul Raguenau fait une remarquable description de la façon dont les Amérindiens traitent la déraison en Nouvelle-France. Il distingue chez les «sauvages» trois types de maladies: celle que l’on peut guérir par des moyens naturels; celle qui, déclenchée par l’âme en proie à un désir, ne peut être guérie que par la satisfaction de ce désir; celle qui est provoquée par un sortilège dont il faut libérer le malade.
1664
Cauchemar pour les castors
Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières, mentionne dans son «histoire naturelle» quelques traitements contre les problèmes «caduques». Ils sont tous inspirés de la théorie des humeurs. Il rapporte notamment que les testicules de castor broyés sont utiles dans le traitement des troubles nerveux. Ils fortifient le cerveau et sont tout indiqués contre l’épilepsie, la paralysie et la surdité. Le sabot d’orignal est aussi fort prisé. Ces remèdes font d’ailleurs l’objet d’un important commerce vers l’Europe.
1676
Le «grand renfermement»
Une mesure, adoptée en 1656, s’étend maintenant à tout le royaume et, conséquemment, à la Nouvelle-France. Le roi Louis XIV ordonne la création d’hôpitaux généraux visant à accueillir les déviants et les éléments improductifs de la société, c’est-à-dire les vagabonds, les mendiants, les pauvres, les libertins et les fous. On compte ainsi les rendre «productifs», selon l’ana ly se qu’en fera, 300 ans plus tard, le philosophe français Michel Foucault dans son Histoire de la folie.
1720
Derrière, les loges
La solitude de l’enfermement peut-elle ramener à la raison? Les administrateurs des villes de Montréal, de Québec et de Trois-Rivières sont enclins à le penser. Ce sont eux qui décident de faire interner les individus «dérangés dans leurs esprits». Les «fols et infirmes d’esprit» sont abrités dans des loges, à l’écart de l’établissement principal. À Québec, c’est le Conseil de la marine qui subventionne les religieuses de l’Hôpital géné ral pour qu’elle s’en occupent.
1770
Camisole de force
Inventée par Guilleret, un tapissier parisien, elle est aujourd’hui faite de polychlorure de vinyle, de cuir ou de latex. Elle est presque tombée en désuétude depuis la mise au point de médicaments psychotrophes.
1782
Les nerfs!
Trop lâches et affaiblis ou trop contractés, les nerfs? C’est ce qui serait à l’origine des troubles mentaux, affirme le Suisse Samuel-Auguste Tissot dans son livre Des nerfs et de leurs maladies. L’auteur y démontre que la folie a peut-être une origine biologique. Il faudra toutefois attendre encore un siècle – et surtout l’invention du microscope – pour comprendre un peu mieux le fonc tion nement du système nerveux.
1801
Le Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale
Scandalisé par la manière dont on traite les malades de l’âme – bains trop chauds ou trop froids, ligotages, saignées –, le Français Philippe Pinel veut soustraire les patients au régime de terreur auquel ils sont soumis. Pour lui, la folie n’est jamais totale. On peut donc communiquer avec le malade et le soigner. C’est ce qu’il démontre dans son traité considéré comme la pier re angulaire de la psychiatrie. L’idée centrale: le traitement moral qui pourrait permettre d’éliminer la manie,
la mélan colie, la démence et l’idiotie. Pinel classe les maladies mentales pour identifier celles qui sont curables et celles qui ne le sont pas. Cela conduira à la création des asiles.
1802
Le mot «psychiatre»
«Psych» vient du grec psukhé, qui signifie «souffle, respiration, haleine». On parle évidemment du souffle de l’âme et de la vie. Le mot apparaît en 1802, mais il entre en usage vers la fin du XIXe siècle au moment où le psychiatre se substitue à l’aliéniste. Le terme «psychiatrie» est créé en 1842. Sui vront «pédo psychiatrie» en 1920, «ethnopsychiatrie» en 1952, «zoopsychiatrie» en 1970, et finalement «antipsychiatrie», attesté en 1972.
1832
Cachez cette bosse!
On pense que les bosses du crâne renseignent sur la personnalité des individus. Le promoteur le plus acharné de cette science – la phrénologie – est l’Allemand Joseph Gall qui pense que l’esprit est intimement lié au fonctionnement du cerveau. Il divise le crâne en 36 régions, qu’il faut tâter pour avoir une idée du profil psychologique des individus. Il avait entre autres remarqué, à l’arrière de la tête, une zone occipitale plus proéminente chez les femmes et les singes. Cette région serait associée à l’amour des enfants. Le neurologue français Pierre-Paul Broca travaille un peu plus sérieusement sur l’idée selon laquelle le cerveau serait divisé en zones. Il mettra d’ailleurs en évidence une région liée au langage. Elle porte aujour d’hui son nom: l’aire de Broca.
1839
Le premier asile au Québec
Il est établi dans la prison de Montréal qui est aujourd’hui le siège social de la Société des alcools du Québec. On y enverra des malades pendant quelques années seulement. À l’initiative de trois médecins, un asile permanent sera ouvert près de Québec, en 1845: le Beauport Lunatic Asylum. C’est un hôpital privé. Coût de l’hébergement pour un patient incurable: 10 shillings par semaine.
1851
Des Canadiens mal lunés
Le recensement national révèle qu’il y a près de 3000 «lunatiques» dans le Canada-Uni. Il faudrait 15 asiles pour les héberger tous.
1873
La forteresse du délire
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les asiles accueillent surtout une population d’immigrants. Les autorités sanitaires constatent que ces établissements sont surpeuplés. On entame la construction de l’asile Saint-Jean-de-Dieu, sur l’île de Montréal. Ce sera le plus grand édifice au Canada. Il s’agit, en fait, d’une véritable ville fermée appelée Gamelin. La municipalité disposait de tous les servi ces: police, caserne de pompiers, bureau de poste, tramway et cha pelle. Les patients sont mis à contribution pour divers travaux: jardinage, couture, etc. Comme en Europe, les médecins estiment que l’oisiveté ne peut qu’accroître la démence, alors qu’une occupation du corps et de l’esprit est bénifique à la psyché.
1873
Portrait d’un neurone
Camillo Golgi, un médecin ita lien, observe pour la première fois une cellule nerveuse. Elle possède une structure arborescente qui s’étend à partir d’un noyau: l’axone. On esti me aujourd’hui à 100 milliards le nombre de neurones présents dans le cerveau de cha que Homo sapiens. Les travaux sur le systè me nerveux permettront progressivement de distinguer les pro blèmes liés à des troubles neurologiques, comme l’alzheimer ou le parkinson, des maladies mentales.
1895
L’inconscient
Sigmund Freud postule que les causes de l’hystérie résident dans un traumatisme vécu pendant l’enfance. Sa thérapie: amener ses patients à faire l’introspection de leur passé pour retrouver et comprendre ce traumatisme refoulé dans l’inconscient. À partir de cela, le père de la psychanalyse croit identifier les clés expliquant
les troubles de l’esprit.
1903
Les conditions sociales en cause
Ce n’est pas seulement dans la tête! Si l’on se fie à la toute nouvelle théorie de la dégénérescence, une partie des problèmes de santé mentale est due à l’alcoolisme, à la malnutrition, aux maladies contagieuses et aux grossesses répétées. Et ça se soigne, estime Michel Delphis Brochu qui sera le premier médecin québécois à appliquer cette théorie en prônant l’hospitalisation des malades – et non plus l’internement – afin qu’ils puissent retourner vivre en société une fois guéris.
1912
Le QI et les attardés
Alfred Binet avait imaginé une échelle de mesure pour calculer l’âge mental. L’Allemand Wilhelm Stern s’inspire de cette idée pour établir le quotient intellectuel (QI). Il impose par le fait même le concept de retard mental qui est une indication de ce qu’un enfant devrait pouvoir faire en fonction de son âge. Le QI est le calcul de l’âge chronologique divisé par l’âge mental et multiplié par 100. Une arithmétique encore controversée.
1914
Les neurotransmetteurs
Comment les neurones relayent-ils l’influx nerveux jusqu’au cerveau? Deux écoles s’affrontent: les tenants d’une transmission de type électrique et ceux d’une transmission chimique. Les expériences d’un pharmacologue allemand, Otto Loewi, vont mettre fin au débat en démontrant le rôle biochimi que de neurotransmetteurs com me l’acétylcholine et la noradréna line. En fait, on saura plus tard qu’une cinquantaine de mo lécu les sont impliquées dans la chimie du cerveau. Un grand pas pour la neurologie, mais aussi pour la pharmacologie qui cherchera à mettre au point des produits pour influencer cette communication cellulaire. Cela annonce l’ère des médicaments de l’âme.
1917
Effet secondaire
C’est en développant un traitement contre le paludisme que le neurologue autrichien Wagner von Jauregg, un ami de Freud, découvre le premier traitement efficace contre l’euphorie et les idées délirantes. Cette découverte lui vaudra le prix Nobel en 1927. En fait, on comprendra plus tard que ces symptômes, qui affectent près du tiers des hommes dans les asiles, sont des manifestations de la syphilis.
1918
Les enfants aussi
Mise sur pied du comité canadien d’hygiène mentale, l’ancêtre de la Société canadienne de santé mentale. Ses membres fondent les premières classes spécialisées pour aider les enfants qui présentent des problèmes de comportement.
1926
Délire
Ils hallucinent et ils entendent des voix. À une autre époque, ils auraient été canonisés. Le Suisse Eugène Bleuler y voit des symptômes de la schizophrénie, une maladie définie pour la première fois. Selon lui, elle n’altère pas l’intelligence.
1934
Coma sur commande
On tente de soigner les déprimés avec de l’insuline. Cela fonctionne dans près de 90% des cas. En fait, c’est le coma diabétique provoqué par l’insuline qui produit un effet calmant. Le traitement sera prescrit au Québec dès 1937.
1935
La lobotomie
Si les maladies mentales peuvent être associées à une région du cerveau, peut-on soigner le patient en enlevant une section du cortex? Oui, dit le neurologue portugais Egas Moonis (prix Nobel de médecine en 1949) qui réalise des lobotomies préfron ta les sur des schizophrènes. On observe cependant d’étranges
modifi ca tions de la personnalité chez les patients. Par exemple, des gens très polis se mettent tout à coup à jurer comme des charretiers. Au Québec, les premières psychochirurgies – com me celle subie par la chanteuse Alys Robi – consistent à sectionner les fibres nerveuses qui relient les lobes préfrontaux au thalamus.
1938
Les électrochocs
Il s’agit de déclencher une crise d’épilepsie grâce à une décharge électrique. Ça calme – ou assom me! – les déprimés et les schizo phrènes. Les électrochocs – ou «convulsothérapie» – sont plus rarement adminis trés aujourd’hui; quand ils le sont, c’est sous anesthésie. On n’est pas des barbares tout de même!
1940
La grande dérive
Les autorités de plusieurs pays ont longtemps considéré les malades mentaux comme des nuisances, mais jamais elles n’auront atteint le degré d’ignominie de l’Allemagne nazie. Classés «défectueux biologi ques», ces individus seront décrétés indésirables. Plus de 70 000 seront gazés à l’oxyde de carbone dans les camps de concentration. Et leur mort ne sera même pas évoquée lors du procès de Nuremberg, au cours duquel ont été jugés les responsables de l’exterminations des Juifs et des communistes.
1943
Exil intérieur
On décrit pour la première fois l’autisme, jusqu’alors confondu avec la schizophrénie. Aujourd’hui, on regroupe sous le diagnostic de «troubles envahissants du développement» l’autisme, le syndrome d’Asperger, le syndrome de Ret et le trouble de désintégration de l’enfance. Dans tous les cas, ils se manifestent par un repli sur soi et une coupure par rapport à la réalité environnante.
1949
Le lithium
L’Australien John Cade suggère le carbonate de lithium pour traiter certaines psychoses. C’est le premier médicament dont l’efficacité est attestée dans le traitement d’une maladie mentale. On ne comprend toutefois pas le mécanisme par lequel il atténue les troubles bipolaires.
1950
Grande noirceur
Une autre page sombre: les orphelins de Duplessis. Près de 4 000 enfants « sans parents biologiques connus» sont étiquetés « arriérés mentaux » et internés dans des orphelinats. La plupart garderont des séquelles. La DPJ n'existait pas encore.
1952
Une pilule contre la dépression
La chlorpromazine, d’abord commercialisée sous le nom de Largactil, est à l’origine d’une véritable révolution psychiatrique. Bien qu’elle ait des vertus palliatives plutôt que curatives, son usage permet d’entrevoir une diminution des hospitalisations. La pilule sera introduite au Québec par le docteur Heinz Lehman, du Verdun Protestant Hospital, devenu depuis l’Hôpital Douglas.
1952
Le DSM
Première édition de la bible des psychiatres occidentaux. On y présente 60 pathologies. Dans la deuxième édition, publiée 16 ans plus tard, il y en a 85 de plus. Dans la troisième version, on en compte 230. Enfin, le DSM-IV, publié en 1994, pré sen te 410 diagnostics. La prochaine édition est prévue pour 2011.
1956
Le lavage de cerveau
«Briser la résistance d’agents espions, combattre le communisme et vendre la démocratie.» C’était l’objectif ultime du projet Blue Bird, qui visait à déprogrammer et à reprogrammer le cer veau. Les expériences sont diri gées par le docteur Ewen Came ron, ancien colonel de l’armée états-unienne, et président de l’Association internationale des psychiatres. Elles ont lieu à l’Institut Allan Memorial de Mont réal. Les malheureux cobayes humains – près de 300 – se font administrer d’importantes doses de LSD, vivent des expé rien ces extrêmes de privation sensorielle, en plus d’être soumis à des séances d’élec trochocs. La guerre froide leur aura laissé des séquelles à jamais.
1961
L’autre refus global
Un ex-psychiatrisé, Jean-Charles Pagé, signe un livre-choc: Les fous crient au secours. Il parle au nom des 20 000 personnes vivant dans les asiles du Québec, dont 5 672 à Saint-Jean-de-Dieu, près de Montréal, et 5149 à Saint-Michel-Archange, à Québec. La postface du livre est signée par le docteur Camille Laurin. Un mois plus tard, le gouvernement ouvre une commission d’enquête sur la question.
1962
Nouvelle ère
On stoppe la construction d’un asile à Sherbrooke. Le gouvernement du Québec sonne le glas de ce type d’institutions et demande à chaque hôpital de se doter d’un service de psychiatrie, tout en encourageant le déve lop pement de services communautaires, en vue de «désins titutionnaliser» les patients. La psychiatrie au Québec connaît parallèlement un essor. Il faudra cependant attendre plus de 25 ans, en 1989, pour qu’une politique de santé mentale soit adoptée au Québec.
1985
La génétique s’en mêle
La mise au point de la technique de Polymerase Chain Reaction ou, en français, l’amplification en chaîne par polymérase, permet enfin d’entreprendre le décodage de la mystérieuse chaîne d’ADN porteuse du bagage génétique. On commence à découvrir certains gènes clés dans le développement de maladies mentales ou neurologiques.
1990
Les insolences d’une caméra
L’imagerie cérébrale permet de visualiser l’activité du cerveau et, ce faisant, ses dysfonctionnements. Chez les schizo phrènes, on remarque une suractivation des régions cérébrales associées aux représentations internes, en même temps qu’une diminution de l’activité dans la région affectée au contact extérieur.
1990
Prozac contre cafard
Une molécule, le fluoxétine, est présentée comme «la pilule du bonheur». Elle n’a pas beaucoup d’effets secondaires. Le médicament favorise la circulation de la sérotonine dans le cerveau. Or, c’est le manque de sérotonine, un neurotransmetteur qui intervient dans le mécanisme du sommeil, de l’appétit et de l’humeur, qui contribuerait à la dépression.
2001
Médecine pour pays riches?
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme qu'environ 450 millions de personnes souffrent d'une maladie mentale ou d'un trouble du comporte ment. Évidemment, note l'auguste institution dans son Rapport sur la santé dans le monde, une minorité de ces malades reçoivent des soins. «On estime que les troubles mentaux et du comportement représen tent 12% de la charge globale de morbidité. Or, la plupart des pays continuent à consacrer à la santé mentale moins de 1% du total de leurs dépenses de santé», écrit l'OMS, en précisant que plus de 40% des pays n'ont aucune politique en la matière.
2006
Têtes d’affiche
On ne comptait que 15 méde cins psychiatres en 1950; il y en avait 10 fois plus en 1962 lorsqu’on a décidé d’en finir avec les asiles. Aujourd'hui, il y aurait environ 1 000 psychiatres au Québec, selon Statistique Canada, soit un pour 7643 personnes. Il y aurait aussi plus de 6 000 psychologues.
Pour en savoir plus
CELLARD, André. Histoire de la folie au Québec de 1600 à 1850, Éditions du Boréal, 1991.
Comment, dans les premiers temps de la colonie, percevait-on la folie?
KEATING, Peter. La science du mal, Éditions du Boréal, 1993.
La psychiatrie au Québec à l’époque du «traitement moral» défini par le Français Philippe Pinel.
WALLOT, Hubert. La danse autour du fou, Éditions MNH, 1998.
L’auteur est psychiatre. Il a travaillé à peu près partout au Québec. Une histoire qui permet de comprendre les défis auxquels sont aujourd’hui confrontés les centres communautaires de santé mentale et les hôpitaux.
PAGÉ, Jean-Charles. Les fous crient au secours, Éditions du jour, 1961.
Ve siècle avant notre ère
Ça se passe dans la tête
Pythagore est intrigué par l’intelligence, cette faculté qui permet à l’espèce humaine de faire des mathématiques et de la philosophie. C’est le cerveau qui est le siège de toute cette acti vité, croit-il, en présumant que c’est aussi celui de la folie.
400 ans avant notre ère
Mauvaises humeurs
Le grand parrain des médecins élabore sa théorie des humeurs, qui déterminera la pratique médicale jusqu’au XVIIIe siècle. C’est le déséquilibre entre les quatre humeurs (sang, bile jaune, bile noire et lymphe) qui cause les problèmes de santé. Hippocrate étudie aussi l’hystérie chez les femmes, qu’il estime causée par le
déplacement de l’utérus vers la gorge.
vers 310 avant notre ère
Les débuts de la neurologie
Les médecins grecs Érasistrate et Hérophile sont les premiers à pratiquer des dissections de cada vres humains. Ils distin guent les principales structures de l’encé phale et du cervelet. Ils démontrent aussi que les nerfs convergent vers la tête en un lieu unique: que l’on appellera plus tard le système nerveux central.
Ier siècle avant notre ère
Remède d’époque
Ce n’est pas Dieu qui est la cause de la folie, mais l’homme, affirme Cicéron. C’est pourquoi, avance-t-il, seule la philosophie peut apaiser une intelligence chaotique. Mais qui, aujourd’hui, prescrirait un livre de Nietzsche, gourou des nihilistes, ou de Jean-Paul Sartre, maître à penser des existentialistes, pour soigner la dépression ou la schizophrénie?
100 avant notre ère
Sur le fil
L’équilibre, c’est la santé. Pour les déséquilibrés, un médecin grec, Asclépiade, propose l’hydrothérapie, la musique, la gymnastique et le massage. Le New Age avant l’âge!
En l’an 100
La torture contre le mal
Un spécialiste de l’extraction des flèches, le chirurgien Cornelius Celsius, développe une méthode radicale pour soigner les esprits malades. Elle est fondée sur l’usage du fouet, de l’inanition, de la terreur et de la douche froide. Dissuasif?
En l’an 200
Les dieux contre les mauvaises humeurs
Le grec Galien, médecin et gladiateur, raffine la théorie d’Hippocrate. Pour lui, les nerfs sont des tubes creux dans lesquels circulent les fluides associés aux humeurs. Cela dit, selon Galien, la cause de tous les maux est surnaturelle. Et c’est en implorant les divinités que l’on peut guérir.
XIIe siècle
Vade retro satanas!
Saint Thomas d’Aquin, aussi appelé docteur Angélique, souligne que «le diable peut arrêter complètement l’usage de la raison en troublant l’imagination et l’appétit
sensible». Cela se voit chez les possédés. Quel remède à cela? L’exorcisme.
1409
Le premier asile
Il ouvre ses portes à Valence, en Espagne. C’est une idée du père Jofré de Alencia. D’autres desamparados seront par la suite fondés à Séville et à Tolède.
1486
Les fous au bûcher
L’hérésie est pareille à la folie, décrète le Malleus Maleficarum, le guide des inquisiteurs. Déprimés, schizophrènes, autistes et malades maniacodépressifs sont traités comme les adeptes de la sorcellerie, même si, à l’époque, on ne sait évidemment pas qu’ils sont déprimés, schizophrènes, autistes ou maniacodépressifs. Tout ce qu’on remarque, c’est qu’ils ne sont pas normaux. On en déduit évidemment qu’ils sont sous l’emprise de satan.
1656
Le grand esprit
Le jésuite Paul Raguenau fait une remarquable description de la façon dont les Amérindiens traitent la déraison en Nouvelle-France. Il distingue chez les «sauvages» trois types de maladies: celle que l’on peut guérir par des moyens naturels; celle qui, déclenchée par l’âme en proie à un désir, ne peut être guérie que par la satisfaction de ce désir; celle qui est provoquée par un sortilège dont il faut libérer le malade.
1664
Cauchemar pour les castors
Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières, mentionne dans son «histoire naturelle» quelques traitements contre les problèmes «caduques». Ils sont tous inspirés de la théorie des humeurs. Il rapporte notamment que les testicules de castor broyés sont utiles dans le traitement des troubles nerveux. Ils fortifient le cerveau et sont tout indiqués contre l’épilepsie, la paralysie et la surdité. Le sabot d’orignal est aussi fort prisé. Ces remèdes font d’ailleurs l’objet d’un important commerce vers l’Europe.
1676
Le «grand renfermement»
Une mesure, adoptée en 1656, s’étend maintenant à tout le royaume et, conséquemment, à la Nouvelle-France. Le roi Louis XIV ordonne la création d’hôpitaux généraux visant à accueillir les déviants et les éléments improductifs de la société, c’est-à-dire les vagabonds, les mendiants, les pauvres, les libertins et les fous. On compte ainsi les rendre «productifs», selon l’ana ly se qu’en fera, 300 ans plus tard, le philosophe français Michel Foucault dans son Histoire de la folie.
1720
Derrière, les loges
La solitude de l’enfermement peut-elle ramener à la raison? Les administrateurs des villes de Montréal, de Québec et de Trois-Rivières sont enclins à le penser. Ce sont eux qui décident de faire interner les individus «dérangés dans leurs esprits». Les «fols et infirmes d’esprit» sont abrités dans des loges, à l’écart de l’établissement principal. À Québec, c’est le Conseil de la marine qui subventionne les religieuses de l’Hôpital géné ral pour qu’elle s’en occupent.
1770
Camisole de force
Inventée par Guilleret, un tapissier parisien, elle est aujourd’hui faite de polychlorure de vinyle, de cuir ou de latex. Elle est presque tombée en désuétude depuis la mise au point de médicaments psychotrophes.
1782
Les nerfs!
Trop lâches et affaiblis ou trop contractés, les nerfs? C’est ce qui serait à l’origine des troubles mentaux, affirme le Suisse Samuel-Auguste Tissot dans son livre Des nerfs et de leurs maladies. L’auteur y démontre que la folie a peut-être une origine biologique. Il faudra toutefois attendre encore un siècle – et surtout l’invention du microscope – pour comprendre un peu mieux le fonc tion nement du système nerveux.
1801
Le Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale
Scandalisé par la manière dont on traite les malades de l’âme – bains trop chauds ou trop froids, ligotages, saignées –, le Français Philippe Pinel veut soustraire les patients au régime de terreur auquel ils sont soumis. Pour lui, la folie n’est jamais totale. On peut donc communiquer avec le malade et le soigner. C’est ce qu’il démontre dans son traité considéré comme la pier re angulaire de la psychiatrie. L’idée centrale: le traitement moral qui pourrait permettre d’éliminer la manie,
la mélan colie, la démence et l’idiotie. Pinel classe les maladies mentales pour identifier celles qui sont curables et celles qui ne le sont pas. Cela conduira à la création des asiles.
1802
Le mot «psychiatre»
«Psych» vient du grec psukhé, qui signifie «souffle, respiration, haleine». On parle évidemment du souffle de l’âme et de la vie. Le mot apparaît en 1802, mais il entre en usage vers la fin du XIXe siècle au moment où le psychiatre se substitue à l’aliéniste. Le terme «psychiatrie» est créé en 1842. Sui vront «pédo psychiatrie» en 1920, «ethnopsychiatrie» en 1952, «zoopsychiatrie» en 1970, et finalement «antipsychiatrie», attesté en 1972.
1832
Cachez cette bosse!
On pense que les bosses du crâne renseignent sur la personnalité des individus. Le promoteur le plus acharné de cette science – la phrénologie – est l’Allemand Joseph Gall qui pense que l’esprit est intimement lié au fonctionnement du cerveau. Il divise le crâne en 36 régions, qu’il faut tâter pour avoir une idée du profil psychologique des individus. Il avait entre autres remarqué, à l’arrière de la tête, une zone occipitale plus proéminente chez les femmes et les singes. Cette région serait associée à l’amour des enfants. Le neurologue français Pierre-Paul Broca travaille un peu plus sérieusement sur l’idée selon laquelle le cerveau serait divisé en zones. Il mettra d’ailleurs en évidence une région liée au langage. Elle porte aujour d’hui son nom: l’aire de Broca.
1839
Le premier asile au Québec
Il est établi dans la prison de Montréal qui est aujourd’hui le siège social de la Société des alcools du Québec. On y enverra des malades pendant quelques années seulement. À l’initiative de trois médecins, un asile permanent sera ouvert près de Québec, en 1845: le Beauport Lunatic Asylum. C’est un hôpital privé. Coût de l’hébergement pour un patient incurable: 10 shillings par semaine.
1851
Des Canadiens mal lunés
Le recensement national révèle qu’il y a près de 3000 «lunatiques» dans le Canada-Uni. Il faudrait 15 asiles pour les héberger tous.
1873
La forteresse du délire
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les asiles accueillent surtout une population d’immigrants. Les autorités sanitaires constatent que ces établissements sont surpeuplés. On entame la construction de l’asile Saint-Jean-de-Dieu, sur l’île de Montréal. Ce sera le plus grand édifice au Canada. Il s’agit, en fait, d’une véritable ville fermée appelée Gamelin. La municipalité disposait de tous les servi ces: police, caserne de pompiers, bureau de poste, tramway et cha pelle. Les patients sont mis à contribution pour divers travaux: jardinage, couture, etc. Comme en Europe, les médecins estiment que l’oisiveté ne peut qu’accroître la démence, alors qu’une occupation du corps et de l’esprit est bénifique à la psyché.
1873
Portrait d’un neurone
Camillo Golgi, un médecin ita lien, observe pour la première fois une cellule nerveuse. Elle possède une structure arborescente qui s’étend à partir d’un noyau: l’axone. On esti me aujourd’hui à 100 milliards le nombre de neurones présents dans le cerveau de cha que Homo sapiens. Les travaux sur le systè me nerveux permettront progressivement de distinguer les pro blèmes liés à des troubles neurologiques, comme l’alzheimer ou le parkinson, des maladies mentales.
1895
L’inconscient
Sigmund Freud postule que les causes de l’hystérie résident dans un traumatisme vécu pendant l’enfance. Sa thérapie: amener ses patients à faire l’introspection de leur passé pour retrouver et comprendre ce traumatisme refoulé dans l’inconscient. À partir de cela, le père de la psychanalyse croit identifier les clés expliquant
les troubles de l’esprit.
1903
Les conditions sociales en cause
Ce n’est pas seulement dans la tête! Si l’on se fie à la toute nouvelle théorie de la dégénérescence, une partie des problèmes de santé mentale est due à l’alcoolisme, à la malnutrition, aux maladies contagieuses et aux grossesses répétées. Et ça se soigne, estime Michel Delphis Brochu qui sera le premier médecin québécois à appliquer cette théorie en prônant l’hospitalisation des malades – et non plus l’internement – afin qu’ils puissent retourner vivre en société une fois guéris.
1912
Le QI et les attardés
Alfred Binet avait imaginé une échelle de mesure pour calculer l’âge mental. L’Allemand Wilhelm Stern s’inspire de cette idée pour établir le quotient intellectuel (QI). Il impose par le fait même le concept de retard mental qui est une indication de ce qu’un enfant devrait pouvoir faire en fonction de son âge. Le QI est le calcul de l’âge chronologique divisé par l’âge mental et multiplié par 100. Une arithmétique encore controversée.
1914
Les neurotransmetteurs
Comment les neurones relayent-ils l’influx nerveux jusqu’au cerveau? Deux écoles s’affrontent: les tenants d’une transmission de type électrique et ceux d’une transmission chimique. Les expériences d’un pharmacologue allemand, Otto Loewi, vont mettre fin au débat en démontrant le rôle biochimi que de neurotransmetteurs com me l’acétylcholine et la noradréna line. En fait, on saura plus tard qu’une cinquantaine de mo lécu les sont impliquées dans la chimie du cerveau. Un grand pas pour la neurologie, mais aussi pour la pharmacologie qui cherchera à mettre au point des produits pour influencer cette communication cellulaire. Cela annonce l’ère des médicaments de l’âme.
1917
Effet secondaire
C’est en développant un traitement contre le paludisme que le neurologue autrichien Wagner von Jauregg, un ami de Freud, découvre le premier traitement efficace contre l’euphorie et les idées délirantes. Cette découverte lui vaudra le prix Nobel en 1927. En fait, on comprendra plus tard que ces symptômes, qui affectent près du tiers des hommes dans les asiles, sont des manifestations de la syphilis.
1918
Les enfants aussi
Mise sur pied du comité canadien d’hygiène mentale, l’ancêtre de la Société canadienne de santé mentale. Ses membres fondent les premières classes spécialisées pour aider les enfants qui présentent des problèmes de comportement.
1926
Délire
Ils hallucinent et ils entendent des voix. À une autre époque, ils auraient été canonisés. Le Suisse Eugène Bleuler y voit des symptômes de la schizophrénie, une maladie définie pour la première fois. Selon lui, elle n’altère pas l’intelligence.
1934
Coma sur commande
On tente de soigner les déprimés avec de l’insuline. Cela fonctionne dans près de 90% des cas. En fait, c’est le coma diabétique provoqué par l’insuline qui produit un effet calmant. Le traitement sera prescrit au Québec dès 1937.
1935
La lobotomie
Si les maladies mentales peuvent être associées à une région du cerveau, peut-on soigner le patient en enlevant une section du cortex? Oui, dit le neurologue portugais Egas Moonis (prix Nobel de médecine en 1949) qui réalise des lobotomies préfron ta les sur des schizophrènes. On observe cependant d’étranges
modifi ca tions de la personnalité chez les patients. Par exemple, des gens très polis se mettent tout à coup à jurer comme des charretiers. Au Québec, les premières psychochirurgies – com me celle subie par la chanteuse Alys Robi – consistent à sectionner les fibres nerveuses qui relient les lobes préfrontaux au thalamus.
1938
Les électrochocs
Il s’agit de déclencher une crise d’épilepsie grâce à une décharge électrique. Ça calme – ou assom me! – les déprimés et les schizo phrènes. Les électrochocs – ou «convulsothérapie» – sont plus rarement adminis trés aujourd’hui; quand ils le sont, c’est sous anesthésie. On n’est pas des barbares tout de même!
1940
La grande dérive
Les autorités de plusieurs pays ont longtemps considéré les malades mentaux comme des nuisances, mais jamais elles n’auront atteint le degré d’ignominie de l’Allemagne nazie. Classés «défectueux biologi ques», ces individus seront décrétés indésirables. Plus de 70 000 seront gazés à l’oxyde de carbone dans les camps de concentration. Et leur mort ne sera même pas évoquée lors du procès de Nuremberg, au cours duquel ont été jugés les responsables de l’exterminations des Juifs et des communistes.
1943
Exil intérieur
On décrit pour la première fois l’autisme, jusqu’alors confondu avec la schizophrénie. Aujourd’hui, on regroupe sous le diagnostic de «troubles envahissants du développement» l’autisme, le syndrome d’Asperger, le syndrome de Ret et le trouble de désintégration de l’enfance. Dans tous les cas, ils se manifestent par un repli sur soi et une coupure par rapport à la réalité environnante.
1949
Le lithium
L’Australien John Cade suggère le carbonate de lithium pour traiter certaines psychoses. C’est le premier médicament dont l’efficacité est attestée dans le traitement d’une maladie mentale. On ne comprend toutefois pas le mécanisme par lequel il atténue les troubles bipolaires.
1950
Grande noirceur
Une autre page sombre: les orphelins de Duplessis. Près de 4 000 enfants « sans parents biologiques connus» sont étiquetés « arriérés mentaux » et internés dans des orphelinats. La plupart garderont des séquelles. La DPJ n'existait pas encore.
1952
Une pilule contre la dépression
La chlorpromazine, d’abord commercialisée sous le nom de Largactil, est à l’origine d’une véritable révolution psychiatrique. Bien qu’elle ait des vertus palliatives plutôt que curatives, son usage permet d’entrevoir une diminution des hospitalisations. La pilule sera introduite au Québec par le docteur Heinz Lehman, du Verdun Protestant Hospital, devenu depuis l’Hôpital Douglas.
1952
Le DSM
Première édition de la bible des psychiatres occidentaux. On y présente 60 pathologies. Dans la deuxième édition, publiée 16 ans plus tard, il y en a 85 de plus. Dans la troisième version, on en compte 230. Enfin, le DSM-IV, publié en 1994, pré sen te 410 diagnostics. La prochaine édition est prévue pour 2011.
1956
Le lavage de cerveau
«Briser la résistance d’agents espions, combattre le communisme et vendre la démocratie.» C’était l’objectif ultime du projet Blue Bird, qui visait à déprogrammer et à reprogrammer le cer veau. Les expériences sont diri gées par le docteur Ewen Came ron, ancien colonel de l’armée états-unienne, et président de l’Association internationale des psychiatres. Elles ont lieu à l’Institut Allan Memorial de Mont réal. Les malheureux cobayes humains – près de 300 – se font administrer d’importantes doses de LSD, vivent des expé rien ces extrêmes de privation sensorielle, en plus d’être soumis à des séances d’élec trochocs. La guerre froide leur aura laissé des séquelles à jamais.
1961
L’autre refus global
Un ex-psychiatrisé, Jean-Charles Pagé, signe un livre-choc: Les fous crient au secours. Il parle au nom des 20 000 personnes vivant dans les asiles du Québec, dont 5 672 à Saint-Jean-de-Dieu, près de Montréal, et 5149 à Saint-Michel-Archange, à Québec. La postface du livre est signée par le docteur Camille Laurin. Un mois plus tard, le gouvernement ouvre une commission d’enquête sur la question.
1962
Nouvelle ère
On stoppe la construction d’un asile à Sherbrooke. Le gouvernement du Québec sonne le glas de ce type d’institutions et demande à chaque hôpital de se doter d’un service de psychiatrie, tout en encourageant le déve lop pement de services communautaires, en vue de «désins titutionnaliser» les patients. La psychiatrie au Québec connaît parallèlement un essor. Il faudra cependant attendre plus de 25 ans, en 1989, pour qu’une politique de santé mentale soit adoptée au Québec.
1985
La génétique s’en mêle
La mise au point de la technique de Polymerase Chain Reaction ou, en français, l’amplification en chaîne par polymérase, permet enfin d’entreprendre le décodage de la mystérieuse chaîne d’ADN porteuse du bagage génétique. On commence à découvrir certains gènes clés dans le développement de maladies mentales ou neurologiques.
1990
Les insolences d’une caméra
L’imagerie cérébrale permet de visualiser l’activité du cerveau et, ce faisant, ses dysfonctionnements. Chez les schizo phrènes, on remarque une suractivation des régions cérébrales associées aux représentations internes, en même temps qu’une diminution de l’activité dans la région affectée au contact extérieur.
1990
Prozac contre cafard
Une molécule, le fluoxétine, est présentée comme «la pilule du bonheur». Elle n’a pas beaucoup d’effets secondaires. Le médicament favorise la circulation de la sérotonine dans le cerveau. Or, c’est le manque de sérotonine, un neurotransmetteur qui intervient dans le mécanisme du sommeil, de l’appétit et de l’humeur, qui contribuerait à la dépression.
2001
Médecine pour pays riches?
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme qu'environ 450 millions de personnes souffrent d'une maladie mentale ou d'un trouble du comporte ment. Évidemment, note l'auguste institution dans son Rapport sur la santé dans le monde, une minorité de ces malades reçoivent des soins. «On estime que les troubles mentaux et du comportement représen tent 12% de la charge globale de morbidité. Or, la plupart des pays continuent à consacrer à la santé mentale moins de 1% du total de leurs dépenses de santé», écrit l'OMS, en précisant que plus de 40% des pays n'ont aucune politique en la matière.
2006
Têtes d’affiche
On ne comptait que 15 méde cins psychiatres en 1950; il y en avait 10 fois plus en 1962 lorsqu’on a décidé d’en finir avec les asiles. Aujourd'hui, il y aurait environ 1 000 psychiatres au Québec, selon Statistique Canada, soit un pour 7643 personnes. Il y aurait aussi plus de 6 000 psychologues.
Pour en savoir plus
CELLARD, André. Histoire de la folie au Québec de 1600 à 1850, Éditions du Boréal, 1991.
Comment, dans les premiers temps de la colonie, percevait-on la folie?
KEATING, Peter. La science du mal, Éditions du Boréal, 1993.
La psychiatrie au Québec à l’époque du «traitement moral» défini par le Français Philippe Pinel.
WALLOT, Hubert. La danse autour du fou, Éditions MNH, 1998.
L’auteur est psychiatre. Il a travaillé à peu près partout au Québec. Une histoire qui permet de comprendre les défis auxquels sont aujourd’hui confrontés les centres communautaires de santé mentale et les hôpitaux.
PAGÉ, Jean-Charles. Les fous crient au secours, Éditions du jour, 1961.