Les racines du mal
Point de rupture (extrait)
Que se passe-t-il dans la tête pour que, du jour au lendemain, tout bascule?
par Anne-Marie Simard
«Benjamin? Benjamin?» Le jeune homme ne réagit pas. «Benjamin, tu as fait ton jogging tout à l’heure?» Toujours rien. Les questions du docteur Jean-François Bélair n’arrivent pas à percer la bulle de silence dans laquelle Benjamin s’est enfermé.
Il y a quelques jours, en pleine crise psychotique, l’adolescent a été admis d’urgence à l’Hôpital Douglas, un institut de santé mentale, à Montréal. «Il y a deux mois, il faisait du sport, avait de bonnes notes à l’école et des amis», affirme le psychiatre. Aujourd’hui, il fixe le sol de la salle de détente du pavillon Stearn. L’unité d’hospitalisation des jeunes psychotiques est située en plein milieu de l’immense terrain verdo yant de l’Hôpital. Avec ses murs aux couleurs gaies, ses ateliers de bricolage et son personnel blagueur, on se croirait plutôt dans un camp de vacances. Dans ce climat rassurant, et surtout grâce à une médication délicatement dosée, l’adolescent devrait doucement retrouver ses esprits. Peu avant notre arrivée, Benjamin est sorti prendre l’air avec une infirmière. Par la fenêtre, le docteur Bélair l’a vu courir un peu, ce qui l’a réjoui.
Depuis le début de sa carrière, Jean-François Bélair a reçu des centaines de patients en crise psychotique: «Ils sont agi tés, parfois agressifs. Leur discours est décousu, et ils tiennent des propos bizarres.» Le spectacle est toujours dérangeant. Cette perte de contact avec la réalité peut se produire très soudainement. Le généticien Michel Maziade, du Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard, à Québec, précise: «C’est un peu comme le mouvement des plaques tectoniques: elles ne bougent que d’un millimètre par année et, tout à coup, une éruption volcanique se produit.»
Sur un forum Internet de soutien pour personnes schizophrènes, «Petite salamandre» décrit une de ses bouffées délirantes: «J’entendais des voix. Je sentais qu’on me coupait avec un scalpel.» «Soleil Noir» voyait un «brouillard sexuel flotter au-dessus des gens». La moitié des malades maniacodépressifs, ou bipolaires, traversent aussi des épisodes de psychose. Certains dépressifs profonds également, comme Lise qui, en plein mois de janvier, sortait de chez elle avec, pour seul vêtement, un tapis jeté sur les épaules!
Pour lire la suite, abonnez-vous au magazine Québec Science ou procurez-vous votre exemplaire en kiosque!
par Anne-Marie Simard
«Benjamin? Benjamin?» Le jeune homme ne réagit pas. «Benjamin, tu as fait ton jogging tout à l’heure?» Toujours rien. Les questions du docteur Jean-François Bélair n’arrivent pas à percer la bulle de silence dans laquelle Benjamin s’est enfermé.
Il y a quelques jours, en pleine crise psychotique, l’adolescent a été admis d’urgence à l’Hôpital Douglas, un institut de santé mentale, à Montréal. «Il y a deux mois, il faisait du sport, avait de bonnes notes à l’école et des amis», affirme le psychiatre. Aujourd’hui, il fixe le sol de la salle de détente du pavillon Stearn. L’unité d’hospitalisation des jeunes psychotiques est située en plein milieu de l’immense terrain verdo yant de l’Hôpital. Avec ses murs aux couleurs gaies, ses ateliers de bricolage et son personnel blagueur, on se croirait plutôt dans un camp de vacances. Dans ce climat rassurant, et surtout grâce à une médication délicatement dosée, l’adolescent devrait doucement retrouver ses esprits. Peu avant notre arrivée, Benjamin est sorti prendre l’air avec une infirmière. Par la fenêtre, le docteur Bélair l’a vu courir un peu, ce qui l’a réjoui.
Depuis le début de sa carrière, Jean-François Bélair a reçu des centaines de patients en crise psychotique: «Ils sont agi tés, parfois agressifs. Leur discours est décousu, et ils tiennent des propos bizarres.» Le spectacle est toujours dérangeant. Cette perte de contact avec la réalité peut se produire très soudainement. Le généticien Michel Maziade, du Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard, à Québec, précise: «C’est un peu comme le mouvement des plaques tectoniques: elles ne bougent que d’un millimètre par année et, tout à coup, une éruption volcanique se produit.»
Sur un forum Internet de soutien pour personnes schizophrènes, «Petite salamandre» décrit une de ses bouffées délirantes: «J’entendais des voix. Je sentais qu’on me coupait avec un scalpel.» «Soleil Noir» voyait un «brouillard sexuel flotter au-dessus des gens». La moitié des malades maniacodépressifs, ou bipolaires, traversent aussi des épisodes de psychose. Certains dépressifs profonds également, comme Lise qui, en plein mois de janvier, sortait de chez elle avec, pour seul vêtement, un tapis jeté sur les épaules!
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