Octobre 2007

Octobre 2007

Trous de mémoire

Quand le lait tuait (extrait)

Il devait nourrir les bébés, mais il les empoisonnait. Il y a 100 ans, le lait à Montréal était un véritable danger public.

par Sophie Doucet

À la laiterie Lamothe et frères, à Drummondville, on ne badine pas avec la salubrité. Pour y pénétrer, il faut enfiler une blouse de travail, couvrir ses cheveux d’un filet, se laver les mains et marcher dans une petite flaque de mousse blanche qui désinfecte les semelles de chaussures. Cuves, réservoirs, tableaux de commande, tuyaux qui courent du plancher au plafond, tout est en acier inoxydable et reluit de propreté.

Accrochées aux murs, dans le hall d’entrée, des photos témoignent d’un temps bien différent. Au début du XXe siècle, le lait était cueilli à la ferme dans de gros bidons métalliques puis transporté dans des voitures ou des traîneaux tirés par des chevaux, avant d’être vendu dans des bouteilles de verre.

À cette époque, il ne peut pas vraiment être qualifié d’aliment santé. Même s’il contient des nutriments nécessaires à la croissance des enfants, il a la fâcheuse habitude de leur donner des diarrhées mortelles. À Montréal, un enfant sur quatre meurt avant d’atteindre son premier anniversaire: le lait est le principal responsable de cette hécatombe. La mortalité infantile y est d’ailleurs plus élevée en 1900 qu’au XVIIIe siècle.

La faute à l’urbanisation, explique Thaïs Dubé qui, en 2004, a consacré son mémoire de maîtrise à l’histoire du lait. Jusque dans les années 1860, le lait des Montréalais était frais; il provenait du pis de la vache du voisin. Mais on commençait à manquer d’espace à Montréal. Dans les quartiers ouvriers, les gens s’entassaient avec leurs cochons et leurs vaches. Pour éviter la propagation de maladies, les animaux ont été bannis du territoire. «En faisant cela, on a éloigné la population de sa source d’approvisionnement en lait», dit Thaïs Dubé.

Pour lire la suite, abonnez-vous au magazine Québec Science ou procurez-vous votre exemplaire en kiosque!
 
.