Chroniques
L'envers des choses
Le cycle écolo
Banane costa-ricaine bio ou pomme québécoise avec pesticides? Berline hybride ou voiture à essence sous-compacte? Séchoir à mains électrique ou serviettes de papier? Tous les mois, nous examinons un objet de consommation pour mesurer les traces qu’il laisse dans l’environnement.
Par Catherine Dubé
Il n’y a plus de réponses toutes faites aux dizaines de questions «écolo-existentielles» qui envahissent maintenant notre quotidien. Tout le monde avance à tâtons et les décideurs ne font pas mieux que les simples citoyens. Un exemple? En 2002, l’Irlande a adopté une taxe sur les sacs de plastique pour en décourager l’utilisation. Un franc succès: cela a réduit de 90% le nombre de sacs en circulation. Sauf que… la vente de sacs à ordures a augmenté au fur et à mesure que les sacs d’emplettes disparaissaient!
Bref, le gouvernement irlandais a déplacé le problème plutôt que de le régler.
Heureusement, il existe aujourd’hui un outil qui permet de jauger, à l’aune écologique, à peu près n’importe quel produit ou procédé de fabrication. C’est l’«analyse du cycle de vie», ou ACV – à ne pas confondre avec «accident cérébrovasculaire»… –, qui évalue TOUS les impacts environnementaux d’un produit, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de sa vie – qu’elle se termine dans le bac vert ou au dépotoir. L’étude inclut le transport, l’emballage et l’énergie consommée durant la fabrication et l’utilisation.
L’ACV n’évalue pas seulement les gaz à effet de serre, mais aussi les rejets toxiques de toute nature, la contribution au smog, l’accumulation de déchets, l’acidification des milieux aquatiques et leur eutrophisation (étouffement causé par la prolifération des végétaux dans l’eau), etc.
Pour être valable, l’analyse du cycle de vie doit tenir compte de la manière dont le produit est utilisé. Ainsi, une peinture peut être 30% moins polluante qu’une autre, mais s’il en faut deux couches plutôt qu’une, on doit en tenir compte.
Il faut ensuite effectuer l’inventaire de tout ce qui y entre et en sort. La fabrication d’un simple kilo de PVC nécessite des dizaines d’étapes et l’utilisation d’au moins 130 éléments (matières premières, réactifs chimiques, énergie); on peut imaginer la liste pour un objet plus complexe comme un téléphone cellulaire. Les experts se servent donc de gigantesques bases de données, qui répertorient la composition des matières premières, ainsi que la nature des rejets.
Grâce à un logiciel spécialisé, on obtient ensuite les résultats tant attendus, soit une énumération claire et nette de tous les impacts environnementaux engendrés par l’objet au cours de sa vie. Pour un séchoir à main électrique, installé dans une tour à bureaux du Royaume-Uni pendant cinq ans (une étude commandée par le fabricant, AirDri), cela donne, entre autres:
La grande force de cet outil, c’est qu’il donne des réponses objectives aux décideurs et aux consommateurs. Ainsi, en faisant l’ACV d’un bateau de marchandises, l’université de Nouvelle-Écosse a démontré que son plus grand impact environnemental n’était pas la production de GES, mais plutôt la peinture recouvrant l’extérieur de la coque, très toxique pour la faune.
Le Québec peut compter sur l’un des centres universitaires les plus importants au monde dans ce domaine, le CIRAIG. Le Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services a été lancé à l’initiative de l’École polytechnique en 2001, et compte maintenant huit universités membres. C’est le seul du genre au Canada.
Plusieurs entreprises d’ici et d’ailleurs se tournent déjà vers le CIRAIG pour améliorer leur «éco-bilan». Douze d’entre elles, dont Cascades, Desjardins, Rona et les françaises Total, Veolia et EDF ont même donné 5,5 millions $ pour soutenir la création de la Chaire internationale en analyse du cycle de vie.
Grâce au CIRAIG, les compagnies auront l’assurance d’obtenir des résultats sérieux. Rien à voir avec ceux tirés d’une étude commandée par la compagnie MacDonald’s, qui concluait que la préparation des repas dans les restaurants de cette chaîne avait un moins grand impact environnemental que celle effectuée dans un resto de quartier. La firme ayant réalisé l’étude avait seulement «oublié» d’inclure dans ses calculs la préparation faite à l’extérieur du restaurant, c’est-à-dire l’essentiel, puisque les MacDo reçoivent la nourriture prête à cuire!
Pour en savoir plus
www.ciraig.org
Un aperçu des sujets qui seront traités au cours des prochains mois:
L’ampoule: Faut-il vraiment dévisser la bonne vieille ampoule et la remplacer par une fluocompacte?
Les sacs d’épicerie: Sac de papier, sac de plastique, sac oxobiodégradable? Quelle est la meilleure option?
La vaisselle: Des assiettes et des fourchettes biodégradables pour les réceptions: trop beau pour être vrai?
Le frigo: À partir de quel âge un frigo devient-il une nuisance environnementale?
Banane costa-ricaine bio ou pomme québécoise avec pesticides? Berline hybride ou voiture à essence sous-compacte? Séchoir à mains électrique ou serviettes de papier? Tous les mois, nous examinons un objet de consommation pour mesurer les traces qu’il laisse dans l’environnement.
Par Catherine Dubé
Il n’y a plus de réponses toutes faites aux dizaines de questions «écolo-existentielles» qui envahissent maintenant notre quotidien. Tout le monde avance à tâtons et les décideurs ne font pas mieux que les simples citoyens. Un exemple? En 2002, l’Irlande a adopté une taxe sur les sacs de plastique pour en décourager l’utilisation. Un franc succès: cela a réduit de 90% le nombre de sacs en circulation. Sauf que… la vente de sacs à ordures a augmenté au fur et à mesure que les sacs d’emplettes disparaissaient!
Bref, le gouvernement irlandais a déplacé le problème plutôt que de le régler.
Heureusement, il existe aujourd’hui un outil qui permet de jauger, à l’aune écologique, à peu près n’importe quel produit ou procédé de fabrication. C’est l’«analyse du cycle de vie», ou ACV – à ne pas confondre avec «accident cérébrovasculaire»… –, qui évalue TOUS les impacts environnementaux d’un produit, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de sa vie – qu’elle se termine dans le bac vert ou au dépotoir. L’étude inclut le transport, l’emballage et l’énergie consommée durant la fabrication et l’utilisation.
L’ACV n’évalue pas seulement les gaz à effet de serre, mais aussi les rejets toxiques de toute nature, la contribution au smog, l’accumulation de déchets, l’acidification des milieux aquatiques et leur eutrophisation (étouffement causé par la prolifération des végétaux dans l’eau), etc.
Pour être valable, l’analyse du cycle de vie doit tenir compte de la manière dont le produit est utilisé. Ainsi, une peinture peut être 30% moins polluante qu’une autre, mais s’il en faut deux couches plutôt qu’une, on doit en tenir compte.
Il faut ensuite effectuer l’inventaire de tout ce qui y entre et en sort. La fabrication d’un simple kilo de PVC nécessite des dizaines d’étapes et l’utilisation d’au moins 130 éléments (matières premières, réactifs chimiques, énergie); on peut imaginer la liste pour un objet plus complexe comme un téléphone cellulaire. Les experts se servent donc de gigantesques bases de données, qui répertorient la composition des matières premières, ainsi que la nature des rejets.
Grâce à un logiciel spécialisé, on obtient ensuite les résultats tant attendus, soit une énumération claire et nette de tous les impacts environnementaux engendrés par l’objet au cours de sa vie. Pour un séchoir à main électrique, installé dans une tour à bureaux du Royaume-Uni pendant cinq ans (une étude commandée par le fabricant, AirDri), cela donne, entre autres:
- Effet de serre: 1,6 tonne d’équivalent CO2
- Eutrophisation: 1,15 kg d’équivalent phosphate
- Contribution au smog: 0,36 kg d’équivalent éthylène
- Énergie consommée: 36 000 mégajoules
La grande force de cet outil, c’est qu’il donne des réponses objectives aux décideurs et aux consommateurs. Ainsi, en faisant l’ACV d’un bateau de marchandises, l’université de Nouvelle-Écosse a démontré que son plus grand impact environnemental n’était pas la production de GES, mais plutôt la peinture recouvrant l’extérieur de la coque, très toxique pour la faune.
Le Québec peut compter sur l’un des centres universitaires les plus importants au monde dans ce domaine, le CIRAIG. Le Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services a été lancé à l’initiative de l’École polytechnique en 2001, et compte maintenant huit universités membres. C’est le seul du genre au Canada.
Plusieurs entreprises d’ici et d’ailleurs se tournent déjà vers le CIRAIG pour améliorer leur «éco-bilan». Douze d’entre elles, dont Cascades, Desjardins, Rona et les françaises Total, Veolia et EDF ont même donné 5,5 millions $ pour soutenir la création de la Chaire internationale en analyse du cycle de vie.
Grâce au CIRAIG, les compagnies auront l’assurance d’obtenir des résultats sérieux. Rien à voir avec ceux tirés d’une étude commandée par la compagnie MacDonald’s, qui concluait que la préparation des repas dans les restaurants de cette chaîne avait un moins grand impact environnemental que celle effectuée dans un resto de quartier. La firme ayant réalisé l’étude avait seulement «oublié» d’inclure dans ses calculs la préparation faite à l’extérieur du restaurant, c’est-à-dire l’essentiel, puisque les MacDo reçoivent la nourriture prête à cuire!
Pour en savoir plus
www.ciraig.org
Un aperçu des sujets qui seront traités au cours des prochains mois:
L’ampoule: Faut-il vraiment dévisser la bonne vieille ampoule et la remplacer par une fluocompacte?
Les sacs d’épicerie: Sac de papier, sac de plastique, sac oxobiodégradable? Quelle est la meilleure option?
La vaisselle: Des assiettes et des fourchettes biodégradables pour les réceptions: trop beau pour être vrai?
Le frigo: À partir de quel âge un frigo devient-il une nuisance environnementale?