Entrevue
Qu'est-ce qu'il a, mon accent? (extrait)
Les Québécois ne parlent pas «mal». Leur accent est aussi pur que celui qui prévalait à la cour de Louis XIV. En fait, ce sont les Français qui ont changé d’accent, affirme le phonéticien et professeur émérite à l’Université Laval Jean-Denis Gendron.
Propos recueillis par Marie-Claude Bourdon
Pourquoi publier un ouvrage sur l’origine de l’accent?
J’avais l’intention d’écrire un livre sur l’histoire de la prononciation du français au Québec. J’y ai travaillé de façon intermittente et, il y a trois ans, je me suis dit qu’il fallait commencer par le début, et le début, c’est l’origine de l’accent. Tous les témoignages des voyageurs aux XVIIe et XVIIIe siècles concordent: il n’y a pas d’accent au Canada. Bougainville (le célèbre explorateur français) le confirme en 1757: «L’accent des Canadiens est aussi pur que celui des Parisiens.» À partir de 1810, toutefois, les voyageurs trouvent le français parlé au Canada déplorable. Que s’est-il passé entre 1760 et 1810 pour que devienne différent ce qui, 50 ans auparavant, était jugé identique? Qui a changé d’accent? C’est d’abord pour résoudre cette énigme que j’ai écrit cet ouvrage.
Parmi les témoignages que vous citez, il y a celui de l’abbé Thoulier d’Olivet qui écrit, en 1736, que l’accent des Canadiens est plus proche de celui de Paris et de la cour que ne l’est celui de Bordeaux ou de Marseille. Comment expliquer cela?
L’accent des Canadiens était bien celui de Paris et de la cour, même s’il y avait des variantes. À Paris – à la cour en particulier –, l’élocution était plus gracieuse et élégante qu’en province. Probablement que, dans la haute société canadienne et en particulier à Québec où l’on était davantage en contact avec les gens venant de France qu’à Montréal, l’élocution était aussi plus raffinée. Mais, globalement, l’accent canadien était le même que celui du nord de la France. Car à l’époque, la France était divisée en deux zones linguistiques. Au nord de la Loire, on parlait comme les Parisiens, alors qu’au sud, le langage – le provençal, par exemple – était tout à fait différent. Tellement que, lorsque le dramaturge Jean Racine descend de Paris à Uzès, il affirme qu’à partir de Lyon, il ne comprend plus rien. À l’époque, les gens du nord ne saisissaient pas ce que disaient les méridionaux. Pourquoi? Parce que le latin n’a pas évolué de la même façon dans toute la Gaule. Dans le nord, la langue a été beaucoup plus influencée par les Germains. Ailleurs, le parler est resté beaucoup plus proche du latin. Or, la majorité des Canadiens viennent du nord, de toute la côte ouest jusqu’à Bordeaux.
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Propos recueillis par Marie-Claude Bourdon
Pourquoi publier un ouvrage sur l’origine de l’accent?
J’avais l’intention d’écrire un livre sur l’histoire de la prononciation du français au Québec. J’y ai travaillé de façon intermittente et, il y a trois ans, je me suis dit qu’il fallait commencer par le début, et le début, c’est l’origine de l’accent. Tous les témoignages des voyageurs aux XVIIe et XVIIIe siècles concordent: il n’y a pas d’accent au Canada. Bougainville (le célèbre explorateur français) le confirme en 1757: «L’accent des Canadiens est aussi pur que celui des Parisiens.» À partir de 1810, toutefois, les voyageurs trouvent le français parlé au Canada déplorable. Que s’est-il passé entre 1760 et 1810 pour que devienne différent ce qui, 50 ans auparavant, était jugé identique? Qui a changé d’accent? C’est d’abord pour résoudre cette énigme que j’ai écrit cet ouvrage.
Parmi les témoignages que vous citez, il y a celui de l’abbé Thoulier d’Olivet qui écrit, en 1736, que l’accent des Canadiens est plus proche de celui de Paris et de la cour que ne l’est celui de Bordeaux ou de Marseille. Comment expliquer cela?
L’accent des Canadiens était bien celui de Paris et de la cour, même s’il y avait des variantes. À Paris – à la cour en particulier –, l’élocution était plus gracieuse et élégante qu’en province. Probablement que, dans la haute société canadienne et en particulier à Québec où l’on était davantage en contact avec les gens venant de France qu’à Montréal, l’élocution était aussi plus raffinée. Mais, globalement, l’accent canadien était le même que celui du nord de la France. Car à l’époque, la France était divisée en deux zones linguistiques. Au nord de la Loire, on parlait comme les Parisiens, alors qu’au sud, le langage – le provençal, par exemple – était tout à fait différent. Tellement que, lorsque le dramaturge Jean Racine descend de Paris à Uzès, il affirme qu’à partir de Lyon, il ne comprend plus rien. À l’époque, les gens du nord ne saisissaient pas ce que disaient les méridionaux. Pourquoi? Parce que le latin n’a pas évolué de la même façon dans toute la Gaule. Dans le nord, la langue a été beaucoup plus influencée par les Germains. Ailleurs, le parler est resté beaucoup plus proche du latin. Or, la majorité des Canadiens viennent du nord, de toute la côte ouest jusqu’à Bordeaux.
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