Octobre 2008

Reportages

Le jour où l'homme a failli disparaître (extrait)

En scrutant notre ADN, les généticiens ont découvert que l’espèce humaine a bien failli s’éteindre, il y a 70 000 ans. On l’a échappé belle!

Par Joël Leblanc


C’est une journée torride dans la plaine africaine, 700 siècles avant notre ère. Au pied d’un imposant rocher, un petit groupe de chasseurs se protège du soleil plombant. Voilà bien 10 jours qu’ils ont quitté leur village. À part le gibier qu’ils parviennent à lever dans les broussailles sèches, ils n’ont pas vu âme qui vive. Seuls au monde… ou presque.

Les temps étaient durs, vraiment durs. Si ces chasseurs de l’âge de pierre avaient eu les moyens de faire un recensement mondial de l’humanité, ils n’auraient dénombré que 2 000 de leurs semblables. Autant dire que l’homme a failli disparaître. «Notre espèce semble être passée par un goulot d’étranglement, explique Theodore Schurr, professeur au département d’anthropologie moléculaire à l’université de Pennsylvanie à Philadelphie. De cette population très réduite seraient issus tous les êtres humains qui peuplent aujourd’hui le globe.» Tous!

C’est l’étonnant constat auquel est récemment arrivé un groupe international de chercheurs. L’étude, parue en mai dernier dans l’American Journal of Human Genetics, a fait grand bruit. Le plus étonnant, en fait, est surtout la manière par laquelle les scientifiques en sont venus à cette conclusion, non pas en examinant les fossiles de nos ancêtres, mais en scrutant les gènes qui se cachent au sein même de nos cellules.

L’équipe du Genographic Project, une petite armada de généticiens et d’anthro­pologues, parcourt les coins les plus reculés de la Terre pour prélever des échantillons d’ADN chez les rares populations indigènes encore existantes. Leur but est de découvrir les grandes routes migratoires empruntées par nos ancêtres pour conquérir le globe depuis la grande sortie d’Afrique, il y a plus de 60 000 ans. «Pour nous, anthropologues, c’est un peu comme partir à la conquête de la Lune», explique Theodore Schurr, directeur du Genographic Project pour l’Amérique du Nord.


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