Chroniques
Billet
Le bonheur national brut
par Raymond Lemieux
Repentigny est une ville du Bhoutan, si l’on en croit la géographie du bonheur. En fait, on le sait, Repentigny est située dans la banlieue est de Montréal et le Bhoutan est un petit royaume perché sur la chaîne de l’Himalaya, entre la Chine et l’Inde. Pour les nuls en bonheur, précisons que, selon l’IRB (l’indice relatif du bonheur établi par un consultant en marketing québécois1), les gens de Repentigny s’estiment être les plus heureux au Québec. Le roi du Bhoutan qui a, de son côté, décrété que «le bonheur national brut est plus important que le produit national brut» apprécierait sûrement.
Dans son dernier ouvrage (De chair et d’âme, Odile Jacob), le populaire neuropsychiatre Boris Cyrulnik prend un malin plaisir à faire la description chimique du sentiment de bonheur. Il démontre que nous sommes tous neurologiquement aptes à bénéficier de cette cascade de dopamine dans l’hémisphère droit qui nous procure la sensation de bien-être. Bref, nous sommes à peu près tous égaux devant le bonheur. Cela dit, il y a des conditions sociales et culturelles qui peuvent lui être plus propices. Force est d’admettre que du Québec à l’Inde, des banlieues de Montréal aux faubourgs de Delhi, de Bogota ou de Timphu (la capitale du Bhoutan), on ne peut pas tous également bénéficier de choses aussi simples que des soupers entre amis, le plaisir de voir jouer des enfants, des lectures passionnantes, des vacances ou un travail gratifiant.
Toutefois, rien ne garantit qu’une économie riche génère plus de bonheur, comme l’ont déjà fait remarquer bien des philosophes. De nos jours, la prospérité et le bien-être sont mesurés selon des critères purement économiques, comme le produit national brut. Mais ce baromètre n’indique pas si l’activité économique en question génère ou non un quotidien heureux pour ses citoyens.
Des coopérants canadiens œuvrent actuellement au Bhoutan, avec l’aide du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), pour «opérationnaliser le bonheur national brut» souhaité par le roi. En d’autres termes, ils cherchent à intégrer des paramètres qui prennent en considération les possibilités économiques d’être heureux. Du pelletage de nuages? Pas du tout! Cela favoriserait le développement des pays mal en point. Cela pourrait être aussi utile aux sociétés plus prospères. Comme nous le rappellent régulièrement, et avec raison, les promoteurs du développement économique, l’innovation est la clé de la richesse de demain. Or, il y a fort à parier qu’une société moins heureuse, désabusée, piégée par la torpeur, est moins créative et moins innovatrice.
C’est simple: le futur appartient aux sociétés heureuses.
Alors, on déménage à Repentigny ou au Bhoutan?
1 Pour établir son indice, le consultant Pierre Côté a compilé les résultats d’une enquête – non scientifique – qu’il a menée sur Internet en demandant aux gens de situer leur sentiment de bonheur sur une échelle de 1 à 10. Repentigny s’est retrouvée en haut du palmarès; Saint-Jérôme, une ville pourtant presque voisine, serait la ville la moins heureuse.
par Raymond Lemieux
Repentigny est une ville du Bhoutan, si l’on en croit la géographie du bonheur. En fait, on le sait, Repentigny est située dans la banlieue est de Montréal et le Bhoutan est un petit royaume perché sur la chaîne de l’Himalaya, entre la Chine et l’Inde. Pour les nuls en bonheur, précisons que, selon l’IRB (l’indice relatif du bonheur établi par un consultant en marketing québécois1), les gens de Repentigny s’estiment être les plus heureux au Québec. Le roi du Bhoutan qui a, de son côté, décrété que «le bonheur national brut est plus important que le produit national brut» apprécierait sûrement.
Dans son dernier ouvrage (De chair et d’âme, Odile Jacob), le populaire neuropsychiatre Boris Cyrulnik prend un malin plaisir à faire la description chimique du sentiment de bonheur. Il démontre que nous sommes tous neurologiquement aptes à bénéficier de cette cascade de dopamine dans l’hémisphère droit qui nous procure la sensation de bien-être. Bref, nous sommes à peu près tous égaux devant le bonheur. Cela dit, il y a des conditions sociales et culturelles qui peuvent lui être plus propices. Force est d’admettre que du Québec à l’Inde, des banlieues de Montréal aux faubourgs de Delhi, de Bogota ou de Timphu (la capitale du Bhoutan), on ne peut pas tous également bénéficier de choses aussi simples que des soupers entre amis, le plaisir de voir jouer des enfants, des lectures passionnantes, des vacances ou un travail gratifiant.
Toutefois, rien ne garantit qu’une économie riche génère plus de bonheur, comme l’ont déjà fait remarquer bien des philosophes. De nos jours, la prospérité et le bien-être sont mesurés selon des critères purement économiques, comme le produit national brut. Mais ce baromètre n’indique pas si l’activité économique en question génère ou non un quotidien heureux pour ses citoyens.
Des coopérants canadiens œuvrent actuellement au Bhoutan, avec l’aide du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), pour «opérationnaliser le bonheur national brut» souhaité par le roi. En d’autres termes, ils cherchent à intégrer des paramètres qui prennent en considération les possibilités économiques d’être heureux. Du pelletage de nuages? Pas du tout! Cela favoriserait le développement des pays mal en point. Cela pourrait être aussi utile aux sociétés plus prospères. Comme nous le rappellent régulièrement, et avec raison, les promoteurs du développement économique, l’innovation est la clé de la richesse de demain. Or, il y a fort à parier qu’une société moins heureuse, désabusée, piégée par la torpeur, est moins créative et moins innovatrice.
C’est simple: le futur appartient aux sociétés heureuses.
Alors, on déménage à Repentigny ou au Bhoutan?
1 Pour établir son indice, le consultant Pierre Côté a compilé les résultats d’une enquête – non scientifique – qu’il a menée sur Internet en demandant aux gens de situer leur sentiment de bonheur sur une échelle de 1 à 10. Repentigny s’est retrouvée en haut du palmarès; Saint-Jérôme, une ville pourtant presque voisine, serait la ville la moins heureuse.