Septembre 2008

Reportages

Des synapses et des lettres (extrait)

Les enfants apprennent difficilement à lire? Peut-être que les méthodes d’enseignement ne conviennent pas à leur cerveau!

Par Catherine Dubé


Pour Thomas, un élève de 1re année, les textes les plus simples se révèlent aussi énigmatiques qu’une série d’hiéroglyphes. Deux mois après le début de l’année scolaire, il n’avait toujours pas compris le code secret de l’alphabet. Quand l’orthopé­dagogue Andrée Jolicœur reçoit des enfants comme lui, elle commence par leur poser cette question: «Est-ce que tu sais que ces petits “barbots-là”, ce sont des lettres et que chacune équi­vaut à un son?» Quelques-uns la regardent tout surpris. Des lettres qui donnent des sons, des syllabes qui donnent des mots… Comment se fait-il que des enfants ne comprennent pas ce principe élémentaire, deux mois après leur entrée à l’école?

Leur enseignante leur a sûrement expliqué. Mais si elle utilise le matériel didactique approuvé par le ministère de l’Éducation du Québec, elle ne l’a peut-être pas fait assez tôt, ou n’a pas insisté suf­fisamment sur ces notions. Dans ces manuels, le décodage – décomposer les mots en sons et en syllabes pour pouvoir les lire – ne constitue qu’une méthode de dépannage. On invite plutôt les enfants à deviner les mots selon le contexte et en les «photographiant» dans leur tête. Le but visé: augmenter leur «sentiment de compétence» en les faisant devenir rapidement de petits experts qui reconnaissent les mots en un seul coup d’œil.

En septembre, l’élève de 1re année fait la connaissance de Mélissa et ses amis, d’Astuce et compagnie ou d’autres personnages attachants, selon le matériel pédagogique choisi par l’école. Dès les premiers jours, l’enfant apprend à reconnaître globa­lement des mots simples, liés à sa vie quotidienne: «école», «sac», «ami», «chien» ou «chat». On lui enseignera aussi progressivement à décoder les sons, mais pas systématiquement, et le plus souvent de façon aléatoire. On apprend par exemple le son «on» ou «eau» parce qu’on vient de le rencontrer dans un texte, alors que les consonnes n’ont pas encore été présentées. En début d’année, on demande aux enfants de s’entraîner à mémoriser leurs mots-étiquettes, des cartons ou des autocollants où figure le mot à apprendre, accompagné d’un dessin qui le représente.

Professeure de didactique du français à l’Université de Montréal, Régine Pierre a consacré sa carrière à décortiquer les métho­des d’enseignement de la lecture d’ici et d’ailleurs. Dans sa collection de manuels scolaires, les livres les plus récents côtoient de véritables trésors, comme cette édition de La quadrille des enfans (sic) ou Système nouveau de lecture, datant de 1777 et rédigé en vieux français. «Cette méthode a beaucoup d’écueils», commente-t-elle en tournant les pages jaunies.

À l’entendre, les méthodes que nous utilisons 200 ans plus tard sont à peine meilleures. Et elle ne mâche pas ses mots: la façon dont on apprend à lire aux petits Québécois depuis le «renouveau pédagogique» des années 1980 est directement responsable de leurs piètres performances en lecture par rapport aux élèves d’autres pays. En 2006, lors de la dernière évaluation du Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS), à laquelle ont participé 45 pays et provinces, le Québec s’est classé 23e, loin derrière la Russie (1re), Hong Kong (2e), l’Alberta (3e), la Hongrie (9e) et la Bulgarie (14e).

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