Médecine et santé

Pourquoi doit-on s'inquiéter du facteur Rhésus pendant une grossesse?

Une question de Guilloux

par Philippe Chartier

Toute personne appartient à l’un ou l’autre des quatre groupes sanguins connus: A, B, AB ou O. Son groupe sanguin est déterminé par la présence de certaines substances – ou «facteurs» – à la surface des globules rouges. Le facteur Rhésus est un autre facteur déterminant pour classifier les globules rouges. Environ 85% des individus sont porteurs du facteur Rhésus (Rh+) et 15% ne le sont pas (Rh-). Lorsque des globules rouges Rh+ sont introduits dans le sang d’un individu Rh-, ceux-ci sont identifiés comme des corps étrangers et l’organisme se met à produire des anticorps pour les détruire. (Par contre, les globules rouges Rh- sont inoffensifs autant pour les individus Rh– que Rh+, car les globes rouges Rh- ne comportent pas le facteur Rh.) C’est pourquoi, en plus du groupe sanguin proprement dit, la détermination du facteur Rh est importante lors des transfusions sanguines.

Le facteur Rh est également à surveiller lors de la grossesse. Si la mère est Rh- et le père est Rh+, ce qui représente 13% des couples, le bébé peut être, suivant les lois de l’hérédité, Rh- ou Rh+. Dans le cas où le bébé est Rh+, il peut se produire ce que les médecins appellent une «allo-immunisation fœto-maternelle» ou «grossesse conflictaire». Lors de l’accouchement, des globules sanguins du bébé peuvent franchir le placenta et pénétrer dans la circulation sanguine de la mère. En présence de ces globules Rh+, le système immunitaire de la mère se met alors à fabriquer des anticorps. Lors du premier accouchement, cela ne posera pas de problème, puisque le sang du bébé ne passe pas dans la circulation sanguine de la mère. Par contre, lors des grossesses ultérieures, les anticorps anti-Rh présents dans le sang de la mère peuvent traverser la barrière placentaire et détruire les globules rouges Rh+ du bébé. Cela provoque alors une maladie hémolytique (anémie, ictère). Dans les cas extrêmes, cela peut même entraîner le décès du fœtus in utero.

Pour éviter les complications, l’une des thérapies consiste à remplacer le sang du nouveau-né Rh+ par du sang Rh-, insensible aux anticorps de la mère. Par la suite, le nouveau-né pourra refaire progressivement son sang. Des transfusions peuvent également se faire durant la grossesse. Une autre méthode consiste à injecter durant la grossesse des «immunoglobulines anti-Rh» à la mère. Ce sont des anticorps qui détruisent les globules rouges Rh+ du bébé qui passent dans le sang de la mère au moment de la naissance. Comme ils sont immédiatement détruits, le système immunitaire de la mère ne fabrique pas ses propres anticorps et il n’y a pas alors de réaction d’immunisation.